Naître femme au temps de l’Antiquité.

S’il est une valeur à laquelle sont étrangers les hommes de l’Antiquité, c’est bien l’égalité. Notre civilisation occidentale a fait de ce mot un principe fondamental que la loi protège jalousement : égalité devant la justice, égalité devant l’impôt, égalité à l’école, dans l’entreprise où l’on travaille. Qu’un patron fasse des différences trop marquées entre ses employés, qu’un restaurateur refuse l’entrée de son établissement à une personne plutôt qu’à une autre, les voilà tous deux passibles de poursuites judiciaires devant les tribunaux.

En cela, l’attitude des populations anciennes est très éloignée de la notre. A l’époque des pharaons, ou même de l’empire romain, nul ne peut envisager que les hommes soient égaux entre eux. L’inégalité est tolérée, elle est même nécessaire. L’esclave est forcément inférieur à son maître parce qu’il n’est pas libre de ses mouvements. L’étranger venu s’installer dans une cité grecque ne peut prétendre aux mêmes droits que le citoyen qui y est né : il vient d’ailleurs, il est différent.

Cette inégalité se retrouve également entre les hommes et les femmes, même quand ils sont libres, citoyens ou de prestigieuse naissance. Etre femme dans le monde antique, c’est admettre que la gente masculine soit supérieure à soi. C’est mener l’existence d’une éternelle soumise.
Dès les premiers jours de sa vie, la petite fille subit l’autorité de son père. Devenue jeune mariée, elle quitte le foyer familial. Elle ne se libère de la domination paternelle que pour accepter celle de son mari. Tout au long de son existence, une femme doit tolérer la présence d’un homme au dessus d’elle, qu’il soit son père, son mari, son oncle ou son frère.

Dans ces conditions, un mariage n’est pas affaire de sentiments, la jeune fille ne choisit pas son conjoint. Elle accepte l’époux que son père lui désigne. En Mésopotamie, 3000 ans avant Jésus-Christ, les unions interviennent généralement dans les toutes premières années de l’adolescence, vers 12 ans. Le futur mari rencontre le père de sa promise et lui offre, en échange de sa main, une somme d’argent, quelques biens...Puis, le mariage prononcé, il emmène chez lui son épouse.
En Grèce ancienne, les noces ne se déroulent pas avant le quatorzième anniversaire de la jeune mariée. Mais, ici aussi, c’est le père qui impose à sa fille son conjoint, sans que celle-ci ne puisse, à un moment ou un autre, donner son avis.

La vie d’une femme est tracée dès sa naissance : la tâche qu’on lui assigne est de procréer et d’entretenir le logis familial. Il est donc plutôt rare qu’une maîtresse de maison quitte son foyer pour flâner dehors, surtout si elle n’est pas accompagnée de son époux. En Grèce ancienne, une femme parcourant seule les rues de la cité fait scandale. Seules les prostituées ont droit à ce privilège. A Athènes, les citoyennes participent très rarement aux fêtes religieuses de la ville. L’entrée du théâtre leur est interdite. Les femmes ne sont pas autorisées à jouer la comédie. Quand il faut tenir le rôle d’une mère, d’une adolescente, d’une vieillarde, les acteurs masculins n’hésitent pas à revêtir une robe pour l’occasion et se poudrer le visage.

Les lois antiques sont généralement plus sévères pour les femmes. En Mésopotamie, que l’une d’elle soit surprise en compagnie de son amant, elle est noyée avec celui-ci. A moins que le mari trompé n’accorde sa grâce au dernier moment, ce qui est plutôt rare. Qu’une mère soit découverte en train de nouer des relations contre-nature avec son fils (Ce qui est parfaitement immoral mais qui a dû parfois se produire puisqu’une loi a été rédigée pour condamner ce type de pratique), elle est brûlée vive. En revanche, si un père est convaincu d’avoir commis des actes incestueux avec sa fille, il est seulement banni de la ville.

En Grèce, quand un mari trouve son épouse en compagnie d’un autre homme, il est autorisé à les tuer tous les deux sur l’instant. En revanche, si l’inverse se produit, l’épouse trompée ne peut que réclamer le divorce.
Les Athéniennes n’ont pas le droit d’avoir de relation conjugale en dehors de celles qu’elles partagent habituellement avec leur époux. En revanche, un homme marié a le droit de fréquenter une esclave ou une autre citoyenne, à la condition que celle-ci ne soit pas la conjointe d’un autre Athénien.

En matière d’héritage, là encore, l’inégalité prévaut. Généralement, les femmes sont moins bien loties. Elles ne peuvent pas toujours disposer librement de ce dont elles ont hérité parce que la loi impose qu’elles remettent la part reçue à leurs enfants.
Une étrange coutume athénienne veut que si, au moment de sa mort, un homme n’a qu’une fille unique, celle-ci récupère l’ensemble des biens paternels. Mais elle est alors contrainte à épouser un membre de sa famille (oncle, cousin...) pour que l’héritage ne tombe pas en des mains étrangères.

Certaines femmes de l’Antiquité sont pourtant parvenues, malgré les préjugés, les attitudes fortement enracinées, à accomplir des fonctions qui, en temps normal, étaient dévolues aux hommes. En Egypte, la politique est depuis les débuts de l’Etat pharaonique une affaire d’homme. Pourtant, au XV° siècle avant Jésus-Christ, c’est une reine qui assume la réalité du pouvoir. Pendant plusieurs années, Hatchepsout conduit le pays d’une main de fer. A l’époque, le peuple n’y voit rien qui puisse prêter au scandale. Au contraire. Dans la mémoire populaire, le règne de la souveraine reste l’un des plus prestigieux. Hatchepsout remplit son rôle de chef d’état aussi bien, voire mieux, que n’aurait pu le faire son père ou son frère. Consciente que la charge dont elle porte la responsabilité demeure par tradition destinée à un homme, elle accepte de se parer d’attributs masculins (Dont la barbe postiche.)

L’exemple d’Hatchepsout n’est pas unique dans l’histoire de l’Egypte ancienne. D’autres reines, ont joué au moment où les circonstances l’exigeaient, un rôle politique de premier plan. Déjà, à l’époque de l’Ancien Empire, après le long règne de Pépi II, la reine Nitocris assume la régence. Bien des siècles plus tard, au moment où les armées romaines s’emparent du pays, c’est encore une femme qui tente de préserver ce qu’il reste de la civilisation des pyramides : Cléopâtre.

La femme de l’Antiquité mène une vie difficile dans laquelle elle n’a jamais qu’un rôle de personne discrète et obéissante. Au Moyen- Age, la condition féminine ne s’améliore guère. La Révolution de 1789 demeure essentiellement une affaire masculine. Si une période de notre histoire doit être retenue quand on étudie les changements intervenus dans la vie quotidienne des femmes, c’est bien le XX° siècle : entrée dans la vie active, droit de vote, ouverture de certaines professions traditionnellement masculines, les femmes ne sont plus les éternelles soumises de l’Antiquité. Et c’est tant mieux....