Les grandes villes du monde : lieu des inégalités de richesses. L’exemple du Caire et de New York.

Les grandes métropoles mondiales sont les lieux où les inégalités de richesses s’expriment le plus nettement. Le constat est particulièrement vrai pour les pays du Sud : sur un espace urbain de quelques dizaines de kilomètres carrés, quartiers de bidonvilles et gratte-ciels modernes ne sont parfois guère éloignés. Dans les rues, sur les trottoirs, l’élégance des hommes d’affaires vêtus d’un costume de bonne coupe contraste avec la simplicité des tenues de ceux qui n’ont rien et vivent parfois de mendicité ou de petits métiers.

En Occident, la situation s’observe également, de manière plus atténuée toutefois. Même une ville comme New York, vitrine de la puissance américaine et de la réussite d’une nation cache assez mal les poches de pauvreté que sont le Bronx ou Harlem. Et pourtant, la prestigieuse Manhattan ne dresse ses hautes tours de verre et d’acier qu’une ou deux avenues plus loin.

Il faut donc le souligner : quel que soit le continent envisagé, les plus puissantes agglomérations de la planète rassemblent sur leur territoire des populations aux conditions de vie fort différentes.

 

UNE GRANDE VILLE DU MONDE MUSULMAN : LE CAIRE.

Le Caire est l’une des grandes capitales du monde musulman. Située en bordure du Nil, a proximité du plateau de Gizeh, elle fût fondée en 969 par la puissante dynastie des Fatimides. Elle réunit tous les caractères (Organisation, architecture...) propres aux métropoles des régions passées depuis longtemps sous contrôle de l’Islam.

C’est avant tout la principale ville d’un pays en voie de développement : aux quartiers résidentiels qui alignent le long de leurs trottoirs de prestigieux hôtels touristiques s’opposent l’ancienne médina, partie la plus ancienne du Caire, et des zones de constructions anarchiques, repoussées sur les terrains les moins favorables. Ici plus qu’ailleurs, les inégalités de richesses sont visibles.

- Les quartiers de la médina. Voici le cœur médiéval de la ville, entouré de ses murailles traditionnelles, plus ou moins entretenues. Bien qu’ancienne, cette portion de l’espace urbain n’a pas perdu du dynamisme qui était le sien autrefois. Les souks conservent une animation quotidienne et attirent sur place une population nombreuse où se mêlent touristes de passage à la recherche de dépaysement et habitants venus se ravitailler.

La médina n’est pas uniquement le centre commercial du Caire. C’est aussi un lieu où les densités de peuplement atteignent des niveaux élevés. L’étroitesse des ruelles, le mauvais état de la voierie, les murs dégradés ne doivent pas tromper : l’intérieur des habitations surprend souvent par la propreté qui y règne. On aborde là un fait culturel propre à la civilisation de l’Islam. Les Musulmans sont peu attentifs à l’aspect extérieur de leurs demeures. (Celui qui traverse Le Caire éprouve le sentiment que la ville est inachevée). Cela ne signifie pas pour autant que les familles vivent dans d’infâmes taudis.

- La prolifération des quartiers de bidonville. A l’exemple de nombreuses métropoles des pays du Sud, Le Caire doit gérer et organiser un puissant exode rural qui ne se ralentit pas. Des populations paysannes chassées de leurs campagnes par la sécheresse ou la pauvreté viennent s’installer dans la capitale égyptienne. Hommes, femmes et enfants y espèrent un avenir meilleur. Malheureusement, les richesses promises ne sont pas au rendez-vous. Chaque année, des milliers de ruraux n’ont d’autre solution que celle d’une installation dans les tristes abris d’un bidonville sans confort. Les autorités municipales sont confrontées à d’insolubles problèmes d’urbanisme : la multiplication des habitats précaires se réalise dans une totale anarchie. Les occupants y vivent dans des conditions difficiles : exclus des distributions d’eau et d’électricité, soumis à un manque d’hygiène constant, beaucoup ne sont pas en mesure de produire les titres de propriété légaux donnant accès à la possession du sol. La demande en logements est telle que les entrepreneurs, profitent d’une situation immobilière particulièrement favorable et construisent des centaines de maisons sans autorisation préalable, au mépris des normes de sécurité les plus élémentaires, sur des terrains dangereux et en principe impropres à tout principe d’urbanisme. Les bidonvilles du Caire atteignent une superficie démesurée et couvrent l’essentiel du plateau de Gizeh. Des siècles durant, les fameuses pyramides de l’Antiquité ont pu préserver l’isolement nécessaire à leur valeur historique. Aujourd’hui, les prestigieux monuments sont rejoints par les quartiers les plus misérables de la métropole.

Des milliers de déracinés survivent comme ils le peuvent au cœur d’un espace urbain marqué d’une tragique pauvreté. L’exercice d’un petit métier apporte les maigres ressources qui ne suffisent pas toujours à nourrir une famille nombreuse. Une économie souterraine, aux marges de la légalité, développe tout un réseau complexe de relations individuelles et collectives à travers les rues des bidonvilles.

C’est aussi dans la misère des lieux que les organisations islamistes recrutent les jeunes adolescents dont elles ont besoin pour mener leurs combats religieux. En Mai 2005, les attentats qui ont ensanglanté Le Caire étaient le fait de personnes originaires des quartiers populaires de la ville.

- Les quartiers les plus riches du Caire. A la pauvreté choquante des bidonvilles s’oppose une opulence surprenante que déploient les grands ensembles résidentiels de l’agglomération. En ces lieux s’étirent les façades de prestigieux hôtels touristiques. Jardins fleuris, voieries bien entretenues, architecture moderne des bâtiments rappellent que Le Caire prend aussi des allures occidentales. Au cœur de la ville, les gratte-ciels en verre et en acier du centre des affaires s’imposent comme une modeste réplique aux constructions de Manhattan.

Ici vit une population aisée de personnes travaillant dans le secteur tertiaire et de ressortissants étrangers au service d’ambassades.

 

UNE VILLE NORD AMERICAINE : NEW YORK.

Grande métropole du continent nord- américain, New York est bien la vitrine de la puissance mondiale des Etats-Unis. Elle est aussi le symbole de la réussite occidentale. Ce statut particulier lui a coûté très cher le 11 Septembre 2001. C’est au cœur de Manhattan que les organisations d’Al-Qaïda ont choisi de frapper le géant.

L’opulence que les gratte-ciels du quartier des affaires étalent fièrement ne doit pas tromper. New York ne peut dissimuler complètement la pauvreté qui marque certains espaces de son territoire. A côté de ceux que l’on appelle par habitude les Businessmen, élégamment vêtus et occupés toute la journée, survivent des populations démunies, rejetées dans des zones de non droit, oubliées des autorités municipales.

Dans les pays du Nord, la ville est aussi un lieu où les contrastes sociaux s’affichent. (Plus discrètement toutefois que dans les agglomérations du Sud).

Si l’on tente une comparaison avec les métropoles les plus anciennes du globe, New York est relativement récente.

Son passé remonte au 2 Février 1625. Ce jour-là, de courageux colons hollandais, protestants, abordent les rivages méridionaux de l’actuelle île de Manhattan. Ils y rencontrent une tribu indienne de passage qui accepte finalement de quitter l’endroit en échange de perles et de 24 dollars. Les nouveaux- venus investissent les lieux et bâtissent un village d’une trentaine de familles, baptisé Nouvelle- Amsterdam, que protège un fort élevé à la hâte.

Les débuts sont incertains. La petite communauté doit régulièrement affronter la convoitise de voisins indigènes et livrer des combats parfois meurtriers.

Une cinquantaine d’années plus tard, à l’issue d’un traité signé avec les Hollandais, les Britanniques prennent possession des lieux auxquelles ils donnent un nouveau nom : New- York.

La modeste colonie anglo-saxonne se transforme au cours du XVIII° siècle. Chaque année, des milliers d’immigrants venus principalement d’Angleterre, rejoignent le site. Manhattan ne peut bientôt plus accueillir une population en constante croissance : la ville franchit la baie de l’Hudson et étend ses nouveaux quartiers sur les rivages du continent.

Aux environs de 1850, l’arrivée massive d’Européens, qui ne sont plus seulement d’origine britannique, alimente l’extension urbaine. (Irlandais chassés par les grandes famines de leur pays, Italiens fuyant la misère des campagnes...). En 1900, New- York est devenue la grande métropole du Nord de l’Amérique.

- Manhattan aujourd’hui. L’île originelle de l’agglomération s’est transformée. C’est ici que s’affiche désormais le cœur de la puissance économique des Etats-Unis. D’immenses gratte-ciels aux allures modernes (Acier, verre...) se partagent un espace saturé.

Dans les bureaux des hautes tours s’élaborent des décisions de portée internationale : les dirigeants des plus puissantes sociétés mondiales contrôlent de leurs fauteuils des usines installées parfois à des milliers de kilomètres, au-delà des espaces océaniques ou continentaux.

La bourse de Wall Street impose le cours des actions que des financiers spécialisés s’échangent sur un simple coup de fil.

L’aisance marque profondément les avenues de Manhattan : magasins de luxe que fréquentent hommes d’affaires et employés le temps d’une pause, ambassades et consulats étrangers isolés par de hautes grilles de sécurité, entretien méticuleux de la voierie....

Un vaste espace vert, Central Park, rompt la monotonie urbaine. Chaque jour, des centaines de personnes flânent le long de ses allées fleuries à la recherche d’apaisement et de sérénité.

- Le Bronx, Harlem quartiers délaissés. A quelques rues des prestigieux gratte-ciels du centre new-yorkais, le Bronx et Harlem Ici s’achève la réussite américaine. Ici s’étale la misère de groupes sociaux exclus de la prospérité. Bâtiments rongés, abandonnés ou occupés par des communautés démunis de Squatters, carcasses de véhicules détruits ou démontés rappellent aux Etats-Unis qu’une puissance mondiale doit, au même titre que d’autres pays, gérer les effets d’une pauvreté parfois ancienne.

Pourtant, le Bronx ou Harlem ont eu aussi leur heure de gloire. Dans les années 1920, les lieux rassemblaient les classes moyennes de la ville : commerçants et fonctionnaires aisés...Mais, au fil du temps, s’est lentement dessiné un phénomène de migration vers des banlieues plus lointaines. Les prix des loyers ont chuté, les propriétaires des immeubles, ruinés et découragés, ont cessé d’entretenir façades et équipements de leurs biens immobiliers. Les minorités ethniques les plus défavorisés ont investi les quartiers centraux de l’agglomération.

La situation s’est dégradée à un point tel qu’à présent le Bronx ou Harlem font figure de zones de non droit où même les forces de police hésitent à intervenir. Ces espaces du territoire urbain sont pratiquement mis à l’écart de la gestion municipale : transports en commun défaillants, fuite des commerces, des services, mauvaise intégration aux réseaux de distribution en eau et en électricité...

A travers les rues, le chômage, la précarité, le désespoir en l’avenir entretiennent une violence sans fin et malheureusement banalisée. Des bandes rivales se partagent les quartiers et maîtrisent les circuits d’une économie souterraine aux limites de la légalité : trafic de drogue, d’armes...Les affrontements sont fréquents et dégénèrent parfois en de véritables émeutes urbaines dont les autorités contrôlent mal les débordements. Les statistiques révèlent que chaque année plusieurs dizaines de jeunes tombent sous les balles d’un gang adverse.

Il arrive souvent que les collèges et les lycées (Les fameuses High School) deviennent les lieux où se règle un contentieux financier. Plusieurs élèves ont déjà perdu la vie dans une cour de récréation pour une sombre affaire de stupéfiant. Certaines écoles ont d’ailleurs installé à leurs portes un détecteur d’armes auquel chacun se soumet en arrivant.

- Les grandes banlieues résidentielles. Les classes aisées de la société new-yorkaise se sont maintenant déplacées vers les périphéries de l’agglomération. D’immenses banlieues résidentielles s’étendant à plusieurs kilomètres du centre. L’extension du réseau des moyens de transport permet le développement rapide d’un nouveau tissu urbain. Pavillons bien entretenus entourés de leur jardin proprement aménagés soulignent la réussite professionnelle de leurs occupants.

New- York, symbole de la richesse américaine, oui. Pourtant, les autorités municipales doivent relever le redoutable défi de l’intégration des quartiers dévastés par la crise économique des années 70- 80. Aujourd’hui, le maire de l’agglomération et son équipe ne peuvent ignorer plus longtemps qu’une partie de leurs administrés survivent comme ils le peuvent dans ce qu’il est convenu d’appeler des ghettos. Le succès de la ville passe nécessairement par la rénovation des espaces urbains isolés de la prospérité économique. Ceci n’est pas une mince affaire...