Le XXème siècle tumultueux de l’Asie.

L’Asie a douloureusement ressenti les tragédies humaines du XX° siècle. Les évènements sanglants de la Seconde Guerre mondiale, les troubles issus de l’affrontement Est- Ouest, les étapes heurtés de la décolonisation ont longtemps marqué les régions d’Extrême- Orient. Tandis que la Chine se déchire dans les luttes fratricides qui précèdent la victoire du communiste Mao Zedong et subit les conséquences dramatiques des expérimentations économiques de ce dernier, le Japon paie d’un bombardement atomique (Hiroshima et Nagasaki) et de l’occupation américaine ses rêves de grandeur militaire à travers le Pacifique. Libérée de la tutelle britannique, l’Inde s’enfonce dans le chaos meurtrier d’une impossible partition quand naît le Pakistan. L’Indochine, engagée sur le chemin de l’indépendance, supporte le bilan meurtrier d’un conflit colonial avec la France. L’ultime succès de Dien Bien Phu place entre les mains du nationaliste Hô Chi Minh la destinée du pays. Mais l’heure de la paix n’est pas encore venue. Les progrès du Marxisme au delà des océans produisent en Asie une instabilité politique dont personne ne peut prévoir de quelle manière elle s’achèvera. Les Etats-Unis et l’URSS proposent, parées de leurs aspects les plus séduisants, deux idéologies inconciliables. Le continent doit choisir : la démocratie libérale l’emportera-t-elle sur le Communisme ? Moscou aura-t-elle raison de la Maison Blanche ? La protection du « Grand Frère soviétique » vaut-elle mieux que le soutien financier et militaire de l’Oncle Sam ?

Le dilemme est immense, il conduit l’Asie aux divisions les plus absurdes, aux excès les plus violents. Dès 1950, le peuple coréen s’égare dans une guerre civile de trois ans. Les combats entre le Nord (soutenu par Staline) et le Sud (aidé de quelques troupes de Marines) s’achèvent sur un statut quo et la partition encore d’actualité d’un territoire brisé en deux. Le Cambodge, le Vietnam et le Laos, nés des ruines de l’Indochine française, espéraient la paix nécessaire à leur reconstruction une fois les Européens partis. Les tensions du monde bipolaire en décident tout autrement : l’audience grandissante de Moscou en Orient déclenche l’intervention militaire du géant américain au Vietnam. Sept années de guérilla au cœur de la jungle ont finalement raison des efforts de Washington : la chute de Saïgon en 1975 marque la victoire définitive des forces communistes. De l’autre côté de la frontière, le Cambodge fait lui aussi le choix du Marxisme. Tandis que la Maison Blanche organise le rappel des derniers régiments stationnés en Asie, les Khmers Rouges installent à Phnom-Penh l’une des plus atroces dictatures du monde contemporain. Les dirigeants au pouvoir conçoivent avec froideur et méthode le génocide de leur propre peuple.

Certes la disparition brutale du Bloc Est en 1991 apaise les tensions régionales : plusieurs pays du Pacifique poursuivent une libéralisation politique entreprise depuis une dizaine d’années maintenant. Mais les ombres du passé resurgissent à l’occasion : des rescapés cambodgiens à la recherche d’explications et de justice aux étudiants Chinois révoltés par les propos maladroits d’un manuel scolaire japonais au sujet des massacres de Shanghai en 1937, les peuples orientaux ont encore du mal à clore le chapitre écrit dans les incertitudes d’un XX° siècle tumultueux....

LA CHINE : DE L’EMPIRE MILENAIRE AU GRAND TIMONIER.

Au commencement du siècle dernier, la Chine est à la recherche d’un souffle nouveau. De puissants blocages économiques, politiques et sociaux font du géant de l’Asie un pays en retard. La population est essentiellement rurale : dans les campagnes, des millions d’hommes, analphabètes, aux limites de la pauvreté, s’épuisent à entretenir de modestes rizières aménagés sur les flancs de montagnes escarpées. Les moyens agricoles sont médiocres et ne permettent pas d’espérer beaucoup. Les famines, qui ont si souvent frappé par le passé, surgissent de manière récurrente et provoquent la disparition de milliers de malheureux. Au spectre de la disette s’ajoutent les caprices de la Nature. Si les vastes fleuves du territoire (Le Fleuve Jaune, le Changjiang...) apportent l’eau nécessaire aux champs, ils peuvent aussi à l’occasion se déchaîner. Depuis les débuts de la civilisation chinoise, les communautés agraires ont appris à se protéger des crues imprévisibles et meurtrières : les digues et les barrages contrôlent les flots tumultueux mais réclament un entretien constant. Quand ils ne travaillent pas les rizières, les paysans s’engagent sur les chantiers de l’Etat d’où surgissent d’immenses ouvrages hydrauliques.

Si dans les provinces intérieures les Chinois conservent l’existence que menaient leurs ancêtres et observent des coutumes millénaires, de puissantes influences extérieures forcent néanmoins les littoraux. Les vieilles cités du pays (Shanghai, Pékin, Nankin, Canton...) découvrent l’Occident et ses mœurs. A l’issue de deux guerres perdues et des traités qui les ont suivies, en 1842 et 1860, la Chine tolère sous la contrainte une présence européenne pesante. Certains quartiers des villes les plus importantes passent aux mains des Français, des Anglais, des Allemands....Les colons y appliquent leurs lois, y font régner l’ordre et y contrôlent les activités commerciales. Le peuple vit la situation comme une douloureuse humiliation. Etudiants, élites éclairées de la bourgeoisie, intellectuels, instruits parfois dans les meilleures universités d’Europe animent des mouvements de contestation sporadiques mais violents.

A la tête d’un territoire grand comme une vingtaine de fois la France, la dynastie des Qing, descendante d’envahisseurs Mandchous, installée à Pékin depuis 1644. A l’aube du XX° siècle, le souverain est un enfant d’une dizaine d’années, enfermé dans son palais de la Cité Interdite. Cloîtrée entre les murs d’une prison dorée, la Cour évalue mal la situation du pays et son désir grandissant de changement. En 1911, l’organisation politique du Guomindang réunit les partisans de profondes réformes institutionnelles et sociales en Chine. Bien soutenu et appuyé, le mouvement renverse la Monarchie millénaire et installe à sa place une république. Sun Yat Sen, le meneur de la Révolution, prend le titre de président, jusqu’à sa mort (1925).

L’abdication du dernier empereur laisse un vide politique dangereux et annonce d’inquiétantes incertitudes. Le jeune gouvernement, très inexpérimenté, contrôle la seule région de Canton. Pékin et le Nord du territoire lui échappent à peu près totalement. Dans les zones isolées du Centre et de l’Ouest difficiles d’accès (La Chine est un pays très montagneux), la réalité du pouvoir est assumée par de puissants personnages, les Seigneurs de la Guerre. Issus de prestigieuses lignées, ces derniers dirigent en toute indépendance les principautés qu’ils sont parvenus à rassembler entre leurs mains. Maîtres de la justice, ils appliquent une législation personnelle et lèvent pour eux les impôts.

Le Guomindang affronte donc une situation extrêmement délicate : pour s’imposer le gouvernement de Canton recherche les appuis nécessaires à sa lutte. Une toute jeune organisation politique s’engage aux côtés de Sun Yat Sen : les Communistes. Les idées marxistes, fruit de la dictature bolchévique, ont pénétré la Chine et rallié autour d’elles quelques convaincus (1921). Certes, les autorités républicaines, partisanes des principes libéraux, se méfient de leurs alliés dont ils ne partagent pas les utopies collectivistes. Mais la gravité de la situation interdit de négliger les bonnes volontés. Une fois les Seigneurs de la Guerre vaincus, il sera toujours temps de régler ses comptes. Pour le moment, l’heure est à l’union.

Plusieurs années de combats sont nécessaires au successeur de Sun Yat Sen pour l’emporter : à la fin des années 1920, les dernières troupes des grands féodaux déposent les armes, Tchang Kai Tchek transfère le gouvernement à Shanghai et impose son autorité aux provinces du Nord. La victoire du Guomindang annonce néanmoins d’autres divisions politiques. Les derniers potentats locaux vaincus, le régime n’a plus besoin du soutien communiste. Mis hors la loi, le parti subit les violentes persécutions de la République : les principaux meneurs sont arrêtés, emprisonnés puis exécutés. Les survivants de la répression trouvent refuge dans les vallées les plus isolées du territoire, à l’abri de chaînes montagneuses difficiles d’accès. Contraint à la clandestinité, l’un des chefs les plus résolus, Mao Zedong, organise ses rangs. Son talent d’orateur et le programme idéologique qu’il expose aux masses rurales séduisent le monde paysan. Des villages entiers acceptent le dangereux pari de l’illégalité et se rangent aux côtés de celui en qui chacun dépose ses espoirs. Les Communistes livrent aux troupes gouvernementales une guérilla meurtrière et sans fin. Profitant de ses appuis au cœur des campagnes, Mao poursuit la lutte et conduit une résistance efficace. En 1935, encerclé dans les régions du Sud, il remonte vers le Nord, suivi de quelques milliers d’hommes. Les fugitifs franchissent des centaines de kilomètres, dans les pires conditions : le froid insoutenable de l’hiver, les dangers de la montagne, les privations alimentaires, l’épuisement emportent une partie considérable des troupes. Mais l’expédition, dont on se souvient sous le nom de « Grande Marche », s’achève sur un beau succès : Mao se met à l’abri et consolide les bases du parti.

Tandis que le pays sombre dans les déchirements fratricides de la guerre civile, le Japon prépare une intervention militaire en Mandchourie. Les riches provinces agricoles du Nord Est chinois attisent les convoitises de Tokyo. A l’étroit sur un territoire insulaire pauvre en ressources de première nécessité, l’Empire du Soleil Levant est en quête de nouvelles terres à conquérir. A l’Automne 1931, prenant prétexte d’un attentat ferroviaire qu’ils ont eux même provoqué, les premiers régiments japonais débarquent en Mandchourie dont ils prennent le contrôle. Les Chinois offrent aux envahisseurs une résistance aussi courageuse que désespérée : mal organisée, mal équipée, l’armée de Tchang Kai Tchek subit de sanglants revers. Tokyo impose son protectorat sur la région et y installe au pouvoir le jeune empereur renversé par la Révolution de 1911. L’adolescent n’est dans la réalité des faits qu’une faible marionnette dont l’occupant tire librement les ficelles.

Les agressions japonaises n’entraînent sur le moment qu’une vague protestation de la communauté internationale. Six ans plus tard, en 1937, une fusillade sur le pont Marco Polo de Pékin menée par un groupe de Chinois déclenche les représailles de Tokyo : le souverain Hiro Hito envoie sur place une immense armée d’invasion. En quelques semaines, les troupes impériales s’emparent des grandes villes du pays. Les bombardements de l’aviation frappent particulièrement les populations civiles. Les Japonais marquent les esprits par l’organisation systématique de massacres. En Décembre 1937, la prise de Nankin s’accompagne des plus atroces tueries. En un week-end, des milliers de personnes sont assassinées dans les pires conditions : exécutions sommaires, tortures, viols....

La situation est particulièrement grave, l’heure est venue de taire les divisions politiques. Tchang Kai Tchek se résout à une alliance de circonstance avec son rival, Mao Zedong. Les frères ennemis poursuivent pendant huit ans la lutte contre l’agresseur. Les forces de la résistance, bien qu’inférieures à leurs adversaires, ont pour elles l’avantage de connaître le terrain sur lequel se livre une guérilla sans merci. Réfugiés dans les régions les plus reculées, les maquisards entretiennent un climat constant d’insécurité et s’attaquent aux arrières de l’armée japonaise. Engagé sur d’autres fronts du Pacifique, l’Empire du Soleil Levant ne peut contrôler totalement les immensités du territoire chinois. En 1945, la défaite ultime de Tokyo annonce l’heure de la délivrance : les Japonais évacuent le pays.

A travers le monde, les belligérants de la Seconde Guerre mondiale pansent leurs plaies, la paix revenue. Bien qu’épuisée et meurtrie, la Chine n’en finit pourtant plus de sombrer dans les violences. La lutte entre Tchang Kai Tchek et les Communistes reprend. Quatre années supplémentaires d’une lutte acharnée s’achèvent par la victoire de Mao. Le 1er Octobre 1949, ce dernier entre triomphant dans Pékin. Le pays bascule du côté de l’URSS, les vaincus du Guomindang s’exilent sur l’île de Taiwan.

L’application des principes marxistes, avec la bénédiction du "Grand Frère Soviétique", annonce les heures les plus sombres de l’histoire chinoise. Les particularismes ethniques et religieux sont réduits au silence. Mao développe l’idée d’une société nouvelle, d’un homme nourri des principes du Socialisme. Le régime pénètre brutalement jusqu’à la plus stricte intimité de chacun et contrôle les comportements individuels. Les Chinois découvrent l’embrigadement, la mobilisation forcée au service de la dictature : les immenses défilés de Pékin, les mises en scène impeccablement ordonnées rappellent les démonstrations de force que les totalitarismes de l’Entre- Deux- Guerres savaient parfaitement instrumentaliser à leur profit.

Dès ses débuts, le vainqueur du Guomindang emploie les méthodes les plus brutales pour éliminer la dissidence du Tibet. Cette province installée sur les premiers contreforts de l’Himalaya, aux confins du pays, a su profiter des difficultés du pouvoir central pour retrouver une indépendance perdue depuis quelques siècles. A la tête d’un territoire essentiellement montagneux, creusé de profondes vallées, une personnalité religieuse influente : le Dalaï -Lama. Il est le chef spirituel de millions de bouddhistes et conduit du monastère de Lhassa affaires politiques et religieuses. En 1950, Mao réclame le rattachement du Tibet au reste de la Chine. Des troupes sont envoyées sur place et s’assure facilement de la région. La résistance de la population est dérisoire mais courageuse. Les affrontements tournent pourtant à l’avantage des Chinois. Pékin ne témoigne d’aucune mansuétude à l’égard des vaincus : moines massacrés, temples détruits, culte interdit....Le Parti entend raser des siècles de tradition incompatibles aux principes du Marxisme. Le Dalaï-lama s’enfuit en Inde tandis que des milliers de colons, encouragés par le pouvoir central, s’installent au Tibet et imposent les comportements sociaux imaginés du régime. Les coutumes tibétaines ont maintenant presque disparu, l’œuvre de sinisation entreprise par les cadres du Parti a en fin de compte réussi.

Dix ans après sa victoire, Mao franchit l’étape essentielle et nécessaire à la réalisation de ses projets utopiques : l’organisation d’une société bâtie sur les principes du collectivisme, aboutissement ultime du Marxisme. En 1958, le régime encadre la création des « Communes Populaires ». A travers le pays, des millions de Chinois découvrent une nouvelle façon de vivre et d’envisager leurs rapports avec le reste de la communauté à laquelle ils appartiennent. Dans les villages, les paysans se regroupent au cœur de vastes entreprises agricoles d’Etat. Les champs, confisqués par le Parti, sont désormais confiés aux soins de salariés (Souvent les anciens propriétaires spoliés). Les autorités surveillent les comportements et prévoient jusqu’aux moindres détails de l’existence quotidienne de chacun. Hommes, femmes, enfants, vieillards déjeunent dans les cantines collectives, dorment dans les dortoirs collectifs. Les différences sociales sont gommées, le profit personnel est interdit, l’enrichissement devient un délit passible de mort. Chaque Commune Populaire vit en autarcie et survient seule à ses propres besoins : les échanges commerciaux sont en principe réduits à leur plus simple expression. Néanmoins, les bouleversements économiques qu’introduisent les réformes du pouvoir central conduisent aux pires absurdités. Les dérèglements de la production agricole provoquent une atroce famine. Ce que la propagande maoïste qualifie de « Grand Bon en avant » aboutit en fin de compte à une catastrophe sans précédent. L’insuffisance et la mauvaise gestion des récoltes condamnent en quelques années des millions de personnes à une mort certaine. La gravité de la situation atteint un degré tel que le Parti finit par admettre la nécessité du retour à un libéralisme modéré.

L’échec des expériences économiques du régime s’accompagne d’une brutale dégradation des relations entre Pékin et Moscou. La crise de Cuba (Octobre 1962) à l’issue de laquelle le « Grand Frère soviétique » doit finalement accepter les exigences américaines conduit Mao à critiquer l’attitude de son allié Khrouchtchev. Le dirigeant chinois se pose en défenseur du monde communiste et accuse le Kremlin de s’éloigner de l’orthodoxie marxiste. La rupture diplomatique entre les deux pays précède de peu les premiers accrochages militaires le long de la frontière et porte un coup violent à la cohésion du Bloc Est.

La période de « La révolution Culturelle » marque les dernières années du Grand Timonier. C’est sans doute l’une des plus sombres de l’ère maoïste. Entre 1965 et 1968, le Parti opère dans ses rangs de vastes purges : des personnalités politiques les plus en vue aux simples fonctionnaires régionaux, des milliers de personnes sont arrêtés, exécutés ou déportés dans les camps de travail des provinces de l’Ouest. Leur crime : une parole, un geste contraire aux principes du Marxisme. Dans l’esprit du maître de Pékin, il est plus que temps de revenir à un Communisme épuré de ses déviances et de ses erreurs. Sur les trottoirs de la rue, les interpellations se multiplient. Des centaines de dissidents terminent leur existence dans les fonds obscur d’une geôle, sur les chantiers brûlants ou glacés d’un goulag ou sous les balles d’un peloton. La jeunesse est mobilisée au service de la Révolution : enfants, adolescents reçoivent l’éducation que les enseignants, relais zélés de la propagande officielle, délivrent. Le bilan est très lourd : des centaines de milliers de victimes disparues ou assassinées dans d’atroces conditions.

Quand Mao meurt le 9 Septembre 1976, il laisse après lui un pays épuisé. Les expérimentations économiques du pouvoir ont ruiné les campagnes et entraîné la mort de millions de personnes. Le successeur du dirigeant défunt, Deng Xiaoping, accepte les réformes nécessaires à l’assouplissement du régime. Le retour de méthodes libérales profite essentiellement aux provinces côtières du pays : Pékin, Shanghai se transforment, attirent les investissements étrangers et découvrent les effets avantageux d’une prospérité encore impensable il y a seulement quelques années. Cependant les premiers pas de la Chine sur la voie du capitalisme ne font pas oublier que le pays demeure acquis au Communisme. Les changements politiques n’ont pas suivi la croissance économique. La brutalité de la dictature suscite régulièrement les critiques de la communauté internationale. Aujourd’hui, des dizaines d’opposants chinois croupissent entre les quatre murs d’une cellule pour un article, un reportage, un discours dénonçant les pratiques autoritaires du gouvernement. Le massacre des étudiants de Pékin en Juin 1989 sur la place Tian An Men souligne d’une façon tragique que le respect des Droits fondamentaux de la personne n’est pas encore à l’ordre du jour. Malgré les difficultés qu’éprouvent les journalistes à se procurer des chiffres fiables, il est à peu près certain que la Chine est de loin la triste championne des exécutions, bien avant les Etats-Unis ou l’Iran. On estime que chaque années des centaines de personnes sont abattues pour divers crimes ou délits : meurtres, vol, fraudes financières, détournements de fonds, piratage informatique, trafic de drogues....

En 2008, Pékin accueillera les Jeux Olympiques. L’occasion peut être pour le géant d’Asie de réaliser les quelques pas supplémentaires sur la longue route de la Démocratie que ses partenaires attendent de lui....

LE JAPON : DE L’ERE MEIJI A LA DEFAITE DE 1945.

Dans la seconde moitié du XIX° siècle, le Japon vit encore à l’heure féodale. A la tête d’un archipel de superficie réduite, l’empereur, véritable dieu vivant, règne mais ne gouverne pas. La réalité du pouvoir est aux mains du Shogun, personnalité politique d’importance puisqu’il assume les fonctions d’un premier ministre et transmet sa charge aux membres de sa propre famille. De puissants seigneurs issus des grands lignages aristocratiques, les Daymos, se partagent de vastes principautés territoriales qu’ils administrent au nom du souverain. Quand ils ne résident pas à Edo, la capitale du pays, auprès de leur maître, les princes mènent dans leurs forteresses une existence exclusivement consacrée aux arts militaires. Chacun s’entoure de vassaux qui, en échange d’une récompense, apportent aide et soutien lors des conflits intérieurs. Ce sont les Samouraïs, redoutables guerriers, particulièrement agiles au maniement du sabre traditionnel et soucieux de respecter les enseignements reçus des ancêtres. L’honneur est le principe moral sur lequel repose l’ensemble de la société du Japon féodal : seule la mort, que l’on se donne au cours d’un rituel très codifié, peut laver l’humiliation d’une défaite au combat. Ce comportement, qui suscite l’incompréhension de la culture occidentale, est profondément enraciné dans la conscience collective japonaise. Il surgit brutalement au moment de la capitulation de 1945 : des milliers de personnes, du général gradé au civil anonyme, choisissent le suicide quand l’empereur annonce la fin des hostilités.

A l’abri des quatre grandes îles de son archipel, le pays vit dans un isolement séculaire. Replié, méfiant des influences venues de l’extérieur, le peuple considère assez mal l’installation des européens en Chine à la fin du XIX° siècle. Respectueux des coutumes féodales à une époque où les transformations industrielles portent la responsabilité de la disparition des héritages anciens, les Japonais vivent un temps révolu depuis longtemps en Occident.

En 1868, un jeune empereur, admirateurs des réussites de l’Europe bouscule l’immobilisme dans lequel se complaisent ses sujets. Les réformes politiques, économiques et sociales dont il surveille l’application achèvent une longue période de l’histoire du pays et annoncent un avenir nouveau. Ce sera l’ère Meiji. Cinquante ans après la Grande Bretagne ou la France, le Japon découvre les effets que les transformations industrielles ont introduits. De nouvelles sociétés soutenues d’un système bancaire en pleine construction investissent de nombreux capitaux pour la construction d’usines. Dans les villes du littoral, les effectifs de la population ouvrière progressent : les ateliers ont besoin de main d’œuvre et embauchent ceux qui ont quitté leurs campagnes. L’Empire du Soleil Levant s’ouvre sur l’extérieur et recherche sa place dans le concert mondial des nations. Le pays, sans grande tradition commerciale, affronte les anciennes puissances occidentales à la tête des principaux marchés de la planète. La compétition économique est difficile, parfois inégale, mais le Japon y conquiert ses lettres de noblesse et s’impose à ses partenaires. Désormais, il faudra compter sur lui.

Les contacts nouveaux avec le reste du monde affectent profondément la vie quotidienne des Japonais. Les modes et les usages européens pénètrent le territoire à la faveur des échanges. La vieille société féodale disparaît à mesure que les coutumes étrangères imprègnent les mœurs. Les lignées de samouraïs s’éteignent, à l’abri de leurs châteaux et emportent avec elles une culture incapable de résister au progrès de la modernisation. La fin des guerriers du Moyen Age n’est pas un processus lisse et silencieux. Des mouvements de refus éclatent parfois au cœur d’une province montagneuse. En 1877, celle de Takamori, l’un des derniers grands féodaux du pays, s’achève par la victoire du pouvoir central, à la tête d’une armée disciplinée, bien équipée et entraînée. Sur le champ de bataille de Kagoshima, au-delà des forces engagées, deux époques s’affrontent : le présent a finalement raison du passé. Néanmoins, si la caste très fermée des Samouraïs succombe sous les bombardements de l’artillerie impériale, les valeurs que ses membres ont protégées au cours des siècles survivent. En 1944, lorsque les Kamikazes jettent sur les bâtiments de guerre américains leurs appareils, beaucoup ont eu le soin de nouer au front le bandeau traditionnel des guerriers d’autrefois.

De profondes transformations politiques accompagnent les évolutions de la société japonaise. L’Empereur garde encore le prestige que la tradition lui conserve. Néanmoins, les institutions ne prévoient pour Hiro Hito (monté sur le trône en 1926) qu’un rôle effacé. L’essentiel du pouvoir revient désormais à un conseil de ministres, issus ou protégés de l’armée et du monde des finances. Le souverain assiste certes aux débats mais il n’intervient jamais pour donner son opinion : ses origines divines (il est considéré comme le fils du soleil) l’isolent de ses sujets. Il ne se départit jamais de son silence habituel : au Japon, nul n’est assez pur pour entendre le son de sa voix.....

En 1889, le pays se dote d’une constitution monarchique : à la tête de l’Etat, l’empereur nomme le Premier Ministre du gouvernement. Une assemblée de députés élue au suffrage universel masculin partage ses attributions avec un Sénat composé des membres de la noblesse de cour. Deux partis politiques se disputent l’essentiel des sièges et s’affrontent lors des rendez vous électoraux. D’un côté, ceux que l’on pourrait qualifier de conservateurs, soutenus des milieux militaires, méfiants des influences occidentales. De l’autre, les Progressistes favorables au renforcement des règles du jeu parlementaire et moins attachés à l’essence divine de la personne impériale. Une organisation communiste, fondée en 1921, mène une politique autonome. Mais la faiblesse de ses effectifs et de son audience à travers le pays lui interdit d’espérer de peser sur les décisions de l’Assemblée.

Dans les années 1930, la situation intérieure du Japon se dégrade. Les querelles de l’Assemblée, l’implication scandaleuse de parlementaires dans plusieurs affaires de corruption indispose l’opinion publique.

L’armée accepte mal l’application d’un libéralisme politique imité des vieilles démocraties occidentales. Les militaires disposent du prestige dont leurs récentes victoires remportées en Asie les ont crédités. En 1905, les troupes impériales réussissent l’exploit de remporter sur la Russie une courte guerre. Le triomphe de Tokyo a un immense retentissement en Europe : pour la première fois, un peuple asiatique, que les Européens jugent inférieur, inflige au puissant Tsar une humiliante défaite. En 1931, l’annexion de la Mandchourie au détriment de la Chine renforce les positions de l’armée. Auréolés de leurs succès, les généraux japonais exercent une pression croissante sur la société et les institutions du régime. En Février 1936, un groupe d’officiers inquiétés par la récente victoire électorale des Libéraux risquent le pari incertain d’un coup d’Etat à Tokyo. Les conjurés assassinent quelques ministres et députés influents mais désavoués de l’empereur lui-même, ils subissent en fin de compte un sanglant échec : arrêtés, les meneurs sont emprisonnés ou exécutés. Néanmoins, profitant du rôle croissant que la conduite des opérations militaires au cours de la Seconde Guerre mondiale leur prête, les dirigeants de l’armée s’emparent des postes les plus importants du gouvernement. Comme beaucoup de pays impliqués dans le conflit, le Japon retire aux civils l’essentiel du pouvoir qu’il confie aux cercles militaires.

La terrible crise économique de 1930 frappe l’archipel de plein fouet : l’effondrement des cours mondiaux pénalise l’industrie. Les exportations japonaises se heurtent à la fermeture des marchés nationaux et l’instauration de quotas commerciaux. Les faillites s’enchaînent, le chômage atteint des niveaux dramatiques, la pauvreté gagne les trottoirs de Tokyo. Comme en Allemagne et en Italie à la même époque, les difficultés et le désespoir préparent le lit d’une idéologie agressive que la propagande du régime diffuse abondamment par les voies de la radio ou de la presse. Les dirigeants militaires ne cachent pas la violence verbale que l’on discerne nettement à travers les discours prononcés : parce qu’ils imaginent être le peuple supérieur d’Asie, les Japonais s’arrogent le droit de soumettre leurs voisins.

Néanmoins, la dictature autoritaire des généraux n’est pas la réplique fidèle du nazisme ou du fascisme italien. L’entourage de l’Empereur n’a jamais eu de projets comparables à ceux d’Hitler : si certains officiers affichent sans complexe leurs opinions racistes, nul n’a l’ambition de façonner l’Homme Nouveau dont rêvent les totalitarismes européens. Certes, l’Etat surveille de près la population et lui ôte tous les moyens classiques d’expression, mais il n’intervient pas dans la vie quotidienne et familiale. L’encadrement de la société n’atteint pas le degré extrême de ce qui existe en Allemagne ou en URSS à la même époque.

Malgré tout, l’agressivité que déploient les cadres de l’armée provoque, comme en Occident quand la Wehrmacht envahit la Pologne, une guerre sans merci sur les immensités du Pacifique. En 1937, la Chine succombe sous les coups de l’Empire du Soleil Levant : l’occupation nippone s’accompagne des plus atroces exactions, dont le souvenir hante encore la mémoire des survivants : massacres systématiques des civils (Comme à Nankin ou Shanghai....), expérimentations médicales de scientifiques japonais sur les prisonniers (En Mandchourie, l’installation de camps de concentration rappelle le drame que vivent les communautés juives ou tziganes d’Europe orientale....).

Rien ne semble pouvoir enrayer la dynamique victorieuse des troupes de Tokyo : Birmanie, Indochine, Indonésie tombent sous le joug de l’envahisseur. En quelques mois, la bannière japonaise flotte sur l’Extrême Orient. L’attaque inattendue sur Pearl Harbor précipite les Etats-Unis dans le conflit du Pacifique : la destruction en quelques heures à peine de la base navale américaine surprend le géant. Pourtant, malgré ce succès initial, le Japon vient de commettre l’erreur dont il ne se relèvera pas. Le potentiel humain et économique du pays de l’Oncle Sam produit ses premiers effets à partir de 1942 : les désastres de Midway et de Guadalcanal brisent les reins de la flotte japonaise.

Les populations payent au prix fort les ambitions insensées de leurs dirigeants. Aux bombardements meurtriers de Tokyo, Kobe, Osaka s’ajoutent les lourdes pertes militaires subies au cours de la conquête méthodique des îles du Pacifique. Certes, le suicide systématique de régiments japonais entiers pour échapper au déshonneur de la capture effraye particulièrement les Américains quand ceux-ci se préparent à débarquer sur l’archipel. Mais, en 1945, le Japon est détruit. L’explosion des deux bombes atomiques à Hiroshima et Nagasaki alourdissent un bilan déjà terrifiant : deux millions de Japonais, civils et soldats confondus, ont perdu la vie depuis 1937. Le pays se place au troisième rang des nations les plus meurtries par la Seconde Guerre mondiale, après l’URSS et l’Allemagne.

A la capitulation décrétée par l’Empereur répond la terrible détresse d’un peuple entier. Les troupes américaines s’installent sur le sol national, les Etats-Unis imposent leur tutelle au souverain Hiro Hito. A Washington, la crainte d’un déferlement soviétique sur l’Extrême Orient consécutif à la défaite du Japon hante les consciences. Avec à l’esprit beaucoup d’arrières pensées politiques, le gouvernement de la Maison Blanche finance la reconstruction économique de l’ennemi d’hier. Tandis que les principaux responsables de la dictature militaire payent de leur tête les exactions commises dans les pays occupés (En 1948, les procès de Tokyo, réplique de ceux tenus à Nuremberg, condamnent à la pendaison plusieurs dirigeants du régime), le souverain Hiro Hito se maintient de peu sur le trône. Néanmoins, il renonce au caractère sacré de sa personne, principe inconciliable à ceux de la démocratie.

Les très belles réussites économiques du Japon au lendemain de la défaite n’apaisent pourtant pas les tensions du Pacifique. Le souvenir des heures tragiques du passé ne disparaît pas facilement. Pendant quatre décennies entières, le vaincu de 1945 doit accepter la mise en quarantaine que la méfiance compréhensible de ses voisins lui impose. Comme en Europe à l’égard des Allemands, les Japonais subissent les flambées d’hostilité des victimes de l’occupation.

Aujourd’hui, les choses ont évolué, le temps a fini par guérir les plaies. Le Japon est devenu le principal partenaire commercial des nations d’Extrême Orient. Ses investissements à l’étranger animent l’économie du Pacifique et entretiennent la croissance nouvelle dont profite l’Asie du Sud Est. Pourtant, à l’occasion, les évènements de l’actualité rappellent que les blessures issues des traumatismes de la guerre peuvent encore s’ouvrir. En Chine, les anciens n’ont pas oublié le souvenir des armées impériales défilant à Shanghai ou à Pékin. La maladresse coupable des auteurs d’un manuel japonais passant sous silence les tueries de Nankin de 1937 a déclenché de violentes réactions à travers l’Asie. Les excuses officielles adressées par Tokyo pour les souffrances infligées aux populations occupées pendant le conflit sont nécessaires. Mais il faudra sans doute plus que cela pour apaiser les passions.

L’INDOCHINE : D’UNE GUERRE A L’AUTRE (1946-1975).

En 1940, emportées par leurs succès militaires, les troupes japonaises franchissent les frontières méridionales de la Chine qu’elles occupent dès 1937 et pénètrent en Indochine. Le pays est depuis le milieu du XIX° siècle l’un des plus beaux joyaux de l’empire français d’outre mer. Abandonnée de la métropole, alors menacée d’invasion par les armées nazies, les autorités coloniales n’ont à leur disposition que de faibles moyens pour s’opposer aux conquérants. Tokyo se contente d’installer sur le territoire quelques garnisons mais laisse aux Européens le soin d’en assurer, comme par le passé, l’administration politique.

Au mois de Mars 1945, la situation évolue brutalement : battues sur tous les fronts du Pacifique, repoussées vers les côtes de l’archipel du Soleil Levant, les forces japonaises choisissent de se retrancher au cœur des jungles indochinoises : quelques semaines de combats ont raison de la résistance française. Les bataillons envoyés sur place par le gouvernement provisoire de la République acceptent la reddition que les vainqueurs imposent. Près de 3000 soldats meurent au cours des opérations, des centaines de civils sont emmenés en captivité, le général Emile Lemonnier, commandant d’une brigade est même décapité au sabre pour avoir, à deux reprise, refusé de signer la capitulation. Le terrible désastre, bien que peu médiatisé en métropole où les populations sont davantage préoccupées par les difficultés de la reconstruction une fois la Libération achevée, marque néanmoins l’expulsion des Français d’un pays d’Asie qu’il contrôlaient depuis une centaine d’année.

Le 2 Septembre 1945, le Japon dépose enfin les armes et reconnaît la victoire des Etats-Unis. En Indochine, la fin de l’occupation profite au nationaliste Hô Chi Minh. L’homme, issu d’une famille aisée, cultivé et instruit (Il a étudié le Droit en France) milite depuis longtemps pour l’indépendance de son pays. Très tôt séduit par l’idéologie marxiste, il participe avec les Communistes au Congrès de Tours en 1920. Sa lutte résolue contre les Japonais et les autorités coloniales fait de lui un leader populaire. Profitant des troubles et des incertitudes qui suivent la défaite de l’empire du Soleil Levant, il proclame la République du Vietnam.

A l’Elysée, la nouvelle est fort mal reçue. Le Général De Gaulle, alors à la tête du gouvernement provisoire né au lendemain de l’occupation allemande, entend bien restaurer l’autorité républicaine sur les possessions françaises d’Extrême Orient. Le prestigieux résistant défend le principe d’une fédération associant les protectorats et colonies contrôlés de la France. Le 23 Septembre 1945, un premier contingent militaire envoyé sur place sous les ordres du général Leclerc, reprend le contrôle de Saigon, dans le Sud du Vietnam. Néanmoins, malgré le succès remporté, l’homme comprend rapidement la nécessité d’accorder à l’Indochine l’indépendance que Ho Chi Minh réclame. A Paris, nombreux sont ceux qui partagent une opinion identique : la démission de De Gaulle, le 20 Janvier 1946, conforte les partisans de négociations avec les nationalistes. En contrepartie d’une autonomie pleine et entière, le pays accepterait d’adhérer à une fédération coloniale conduite par la France. Hô Chi Minh est d’autant plus favorable à la solution proposée qu’il craint le voisinage encombrant de la Chine. L’organisation d’une rencontre diplomatique à Fontainebleau laisse espérer un règlement pacifique de la question indochinoise mais les débats traînent en longueur.

Un évènement imprévu brise brutalement les résultats obtenus par les voies de la négociation : le 19 Novembre 1946, une sanglante fusillade se produit dans le port d’Haïphong entre une patrouille française et une jonque transportant quelques partisans nationalistes. Le bilan de l’accrochage est très lourd puisque l’on relève 24 morts dont un officier. L’incident a-t-il été provoqué par ceux qui n’acceptent pas la perte programmée de l’Indochine ? En tous les cas, le drame sert particulièrement bien le gouverneur nommé à la tête du pays : résolu à conserver le territoire dont il a la charge au sein de la République, l’amiral d’Argenlieu répond par la fermeté. Le 23 Novembre, plusieurs bâtiments de guerre bombardent Haïphong en guise de représailles.

La concertation et le dialogue ne sont désormais plus possibles : le 19 Décembre 1946, Hô Chi Minh organise le déclenchement d’une insurrection générale. Des centaines de partisans du Vietminh (La principale organisation indépendantiste d’orientation communiste) s’attaquent aux Européens. Les émeutes sont particulièrement sanglantes à Hanoi, au Nord. Les magasins étrangers sont attaqués, pillés. Près de 400 personnes périssent au cours de terribles massacres.

Paris envoie sur place un important contingent : les troupes rassemblent essentiellement des militaires professionnels, des éléments de la légion étrangère voire quelques Allemands nostalgiques des temps de la Wehrmacht. Peu médiatisé, le conflit ne suscite guère l’intérêt de la métropole, davantage concernée par les problèmes liés à la reconstruction. Une minorité de pacifistes critiquent néanmoins la politique brutale menée en Orient et se signalent par des coups d’éclat ponctuels : blocage de troupes s’embarquant pour l’Extrême Orient, manifestations....

Sur place, la situation se complique dangereusement : retranchés au cœur de la jungle, les maquis communistes livrent une résistance efficace et meurtrière. Les soldats s’épuisent à pacifier un territoire difficile d’accès offrant aux insurgés de multiples possibilités de refuge. En Octobre 1950, les forces coloniales, incapables de tenir le Nord du pays doivent s’écarter de la frontière chinoise. L’opération est un vrai désastre : sur les 8000 hommes engagés dans la retraite, 7000 périssent en route. Après le décès du général De Lattre de Tassigny qui commandait l’ensemble des troupes françaises, Paris confie à Salan la délicate mission de rétablir une situation déjà compromise. L’homme obtient plusieurs succès et inflige à l’ennemi une série de revers. Son astucieuse idée de bâtir au cœur des forêts un dispositif de villages fortifiés enraye la progression du Vietminh.

Malgré tout, le conflit s’enlise et il apparaît à la longue que les contingents envoyés par la métropole ne pourront jamais venir à bout d’un ennemi insaisissable et bien organisé. A Paris, l’idée fait son chemin : celle d’une rencontre diplomatique aboutissant à la reconnaissance d’une Indochine indépendante. Une conférence de paix est finalement prévue pour le mois de Mai 1954. Bien que la fin prochaine du conflit soit à présent devenue une certitude, les autorités souhaitent néanmoins emporter sur le terrain un dernier succès militaire qui leur offrirait de se présenter aux négociations en position de force.

Le successeur de Salan, rappelé par le gouvernement, le général Navarre pense pouvoir porter un coup décisif à l’adversaire par une ultime victoire. Le 20 Novembre 1953, un groupe de parachutistes sautent dans « la cuvette de Dien Bien Phû », un morceau de jungle entouré de hauteurs boisées. Le bataillon aéroporté prend facilement le contrôle du terrain dont il chasse en quelques heures une colonne du Vietminh placée là en garnison. Aussitôt, les Français organisent sur place un véritable camp retranché contre lequel, selon les espoirs du haut commandement, viendront se briser les offensives de l’adversaire. Trois fortins aux noms évocateurs, Béatrice, Gabrielle et Isabelle protègent la piste d’atterrissage qu’il a fallu aménager en hâte pour accueillir les avions de ravitaillement. Néanmoins, de profondes divisions concernant la conduite des opérations gênent l’action de l’état major. La décision du général Navarre d’installer ses troupes dans la plaine encaissée de Dien Bien Phû suscite bien des critiques. Certains officiers, plus clairvoyants que d’autres, craignent une terrible déconvenue. L’un d’eux déclare même à propos de la position tenue : « Mais c’est un pot de chambre ! On va nous pisser dessus de partout ! ».

L’expression, quoique familière, traduit l’inquiétude des pessimistes. Elle sonne aussi comme le douloureux avertissement d’une prophétie qui finit par se réaliser. La situation très dangereuse dans laquelle les troupes coloniales se sont enfermées n’échappe pas au général Giap (A la tête des armées du Vietminh). Celui-ci fait encercler Dien Bien Phû par 35000 soldats et 300 kilomètres de tranchées à partir de Janvier 1954. Les semaines suivantes, il prévoit le ravitaillement de ses régiments en nourriture et organise l’acheminement de pièces d’artillerie vers le front. Les opérations de logistique nécessitent le concours de centaines d’hommes transportant sur de simples bicyclettes le matériel utile.

Deux mois entiers s’écoulent sans que rien ne se passe mais les Français sont définitivement bloqués dans leur camp retranché Le 13 Mars 1954, le Vietminh lancent l’offensive : la surprise est totale. Les 10000 légionnaires du colonel Castries sont pris de cours. Les batteries ennemies bombardent sans un répit la piste d’atterrissage que les Français ont réalisée. Le 28 Mars, elle est à peu près inutilisable. Plus aucun avion de ravitaillement ne peut rejoindre Dien Bien Phû. Les troupes sont désormais coupés de l’extérieur, livrés à elles mêmes. Les combats les plus sanglants se prolongent quelques semaines autour des trois fortins stratégiques. Le 7 Mai 1954, l’assaut final est enfin donné : il s’achève sur la capitulation du colonel Castries aux alentours de 17h30. L’humiliante défaite marque le point final d’un conflit engagé huit ans auparavant.

Les accords de Genève, en Juillet 1954, règlent la situation : il est prévu que le Vietnam (Le nouveau nom de l’Indochine indépendante) soit temporairement partagé en deux états. Tandis que Hô Chi Minh obtient la présidence au Nord du pays, avec pour capitale Hanoi, le Sud accepte le gouvernement de l’empereur Bao Dai. Des élections générales, attendues pour Juillet 1956, doivent donner aux populations l’occasion de se prononcer sur le régime qu’elles souhaitent adopter et conduire à la réunification définitive du territoire. La France engage le rapatriement de ses troupes en métropole. La première guerre d’Indochine est officiellement achevée. Elle aura coûté très cher à Paris : 60000 soldats ont péri au cours des combats (Dont 3000 tués à Dien Bien Phû). A cela s’ajoutent les centaines de captifs transférés au cœur de la jungle, dans des camps d’où beaucoup de combattants ne reviendront pas. Marches forcées, mauvais traitements, faim, soif emportent des centaines de prisonniers. Du côté Vietnamien, le bilan est encore plus lourd (un demi million de personnes n’ont pas survécu aux évènements : civils victimes de bombardements, fantassins disparus lors des affrontements). Bien que victorieux, le pays est saigné à blanc.

Le répit est de courte durée, un autre conflit se profile. Cette fois, il concerne le géant américain. Au lendemain de la paix, le Vietnam du Sud tombe aux mains de Diem, un dictateur soutenu de Washington. Le personnage refuse d’organiser les élections comme le prévoyaient les accords de Genève et ne cache pas son hostilité à l’idée d’une réunification avec le Nord du Vietnam passé sous contrôle communiste. L’intransigeance du régime fragilise ses appuis et provoquent l’agitation des partisans d’Hô Chi Minh demeurés dans le Sud. Ces derniers s’organisent rapidement et entrent dans le maquis. Soutenus de la Chine et des Nord Vietnamiens, ils conduisent dans le cœur des forêts une guérilla incessante que les troupes de Diem s’épuisent en vain à réduire.

A Washington, les autorités craignent qu’à terme le Sud Vietnam ne finisse par basculer dans le camp soviétique. Les Etats-Unis envoient quelques conseillers militaires au service de Saigon dès 1961. Trois ans plus tard, l’agression de deux bâtiments de guerre américains dans les eaux territoriales de Hanoi précipite l’escalade des violences. Le président Jonson envoie sur place l’aviation : le 7 Février 1965, les premiers bombardements frappent le Nord Vietnam. Les opérations aériennes visent essentiellement la longue piste « Hô Chi Minh », dorsale routière stratégique empruntée pour acheminer jusqu’aux maquis les armes livrées par la Chine. Néanmoins, malgré tout le soin apporté aux raids qu’ils conduisent, les chasseurs américains ne parviennent pas à interrompre les ravitaillements militaires.

Les premières troupes de Marines arrivent sur place en Juin 1965 tandis que Hanoi subit les pires bombardements de la guerre. En dix ans de conflit, ce sont au total 500000 soldats que la Maison Blanche envoie au cœur de la jungle combattre les maquis communistes. Les pays frontaliers du Vietnam, le Laos et le Cambodge, n’évitent pas les débordements des affrontements et endurent les bombardements américains parce que les maquisards y ont installé leurs bases arrière.

En Janvier 1968, l’offensive générale du Viêt-Cong (Nom donné aux troupes communistes du Sud Vietnam) marque un tournant de la guerre. Il apparaît de plus en plus que les Etats-Unis ne pourront jamais venir à bout d’un adversaire insaisissable, très à l’aise dans les forêts équatoriales qu’il connaît bien. L’armée américaine s’épuise et subit de très lourdes pertes. Les reportages de la télévision, le retour des militaires blessés ou mutilés rendent le conflit impopulaire. Au premier rang, les étudiants mènent la contestation : les campus universitaires deviennent le théâtre de manifestations violentes et de protestations unanimes. Pressées par une opinion publique agressive et bouillonnante, Washington se résout au retrait de ses forces stationnées en Asie. L’élection de Nixon à la présidence en 1970 accélère les évènements. En 1975, les derniers régiments américains quittent le Vietnam. Le 30 Avril, Saigon tombe aux mains des Communistes.

Les accords de Paris confirment la réunification du territoire et achèvent un conflit au cours duquel près de 58000 soldats américains ont perdu la vie. La victoire du Viêt-Cong s’accompagne des plus terribles désordres : des milliers de personnes, craignant les représailles des vainqueurs, quittent le sud Vietnam à bord d’embarcations fragiles pour l’Europe ou l’Amérique. Ce sont les Boat People.

De nombreuses années sont nécessaires au pays réunifié pour panser ses plaies. Aujourd’hui, bien que timidement engagé sur la voie d’une démocratisation de son régime, le pays profite de l’ouverture récente de son économie sur l’extérieur. A l’image de ce qui se passe en Chine, les Vietnamiens les plus privilégiés découvrent les effets positifs de la prospérité.

LE MARTYR DU CAMBODGE : 1975-1979.

La première guerre d’Indochine s’achève sur la partition des territoires coloniaux repris à la France. En même temps que le Vietnam naissent deux autres états : le Laos et le Cambodge où le pouvoir politique revient au prince Norodom Sihanouk. Le nouveau gouvernement découvre une situation confuse : aux ravages du conflit (Bombardements, destructions massives...) s’ajoute la dissidence de communistes, réfugiés au cœur des jungles mais trop faibles encore pour menacer sérieusement le régime. L’intervention des Etats-Unis au Sud Vietnam à partir du milieu des années 1960 meurtrit le peuple cambodgien tout autant que ses voisins. Les combats menés par les Marines débordent les frontières parce que les Communistes vietnamiens installent au Cambodge leurs bases arrière dont ils reçoivent le matériel militaire nécessaire à la poursuite de leur lutte. L’aviation américaine conduit plusieurs raids sur les camps de l’adversaire tandis que les troupes de Sihanouk consacrent leurs efforts à éliminer les maquis ennemis réfugiés sur le territoire national.

Une crise politique vient bientôt compliquer la situation troublée du pays. En 1970, le chef du gouvernement, le général Lon Nol, destitue le monarque devenu impopulaire, installe sa propre dictature et poursuit la lutte contre les bandes communistes. L’homme dispose du soutien des Américains mais il se heurte la dissidence marquée des Khmers Rouges, une organisation d’inspiration marxiste. Conduit par un chef charismatique, Pol Pot, le mouvement s’appuie sur l’aide militaire de la Chine et des Nord Vietnamiens. En quelques années de combats au cœur des épaisses forêts équatoriales, les Khmers prennent le contrôle d’une part importante du territoire et mettent en échec les troupes gouvernementales. En Avril 1975, ils marchent sur la capitale, Phnom Penh dont l’imminence de la chute provoque une terrible panique : les ambassades occidentales évacuent à la hâte leurs ressortissants tandis qu’un vaste pont aérien rapatrie les dernières divisions que Washington a envoyées sur place.

Le 17 Avril 1975, les troupes de Pol Pot entrent triomphalement dans la ville effrayée. Dès le lendemain, prétextant la menace d’un important bombardement américain sur Phnom Penh, une information montée de toute pièce, les vainqueurs jettent le long des routes de l’exode des milliers de citadins. Hommes, femmes et enfants, chargés de tout ce qu’ils ont pu emporter avec eux, s’engagent pour un voyage incertain dont ils ne savent rien de la destination finale. En fait, l’un des plus odieux génocides de l’histoire se prépare. Les dirigeants Khmers estiment le moment venu d’appliquer le programme auquel ils ont eu tout loisir de réfléchir pendant les années passées dans le maquis. Il s’agit pour le Cambodge d’adopter les principes ultimes du Marxisme : la destruction des classes possédantes et de leurs privilèges, la suppression des inégalités et des distinctions sociales. Les idéologues du Parti estiment que les Cambodgiens sont corrompus par les lumières brillantes de la ville et les mirages d’un enrichissement facile. Un nécessaire retour aux sources peut seul garantir le salut du peuple : désormais, ce sont des campagnes que chacun doit tirer de quoi vivre, c’est dans le travail agricole quotidien que réside le bonheur de tous. Des millions de personnes, originaires des principales agglomérations du pays, partent en déportation pour des villages où elles apprennent à entretenir les rizières. Les conditions d’existence des « nouveaux paysans » sont particulièrement affreuses : placés sous la surveillance de sentinelles zélées, beaucoup succombent aux mauvais traitements, à la faim, à la soif, aux exécutions sommaires....

Le régime recherche également ses ennemis, réels ou supposés. Ceux dont les activités professionnelles d’autrefois accusent de conspiration contre la dictature sont particulièrement visés : les cadres administratifs passés au service de Lon Nol, disparaissent au lendemain de la chute de Pnomh Penh, exécutés dans l’obscurité d’une forêt puis enterrés dans quelques fosses communes oubliées. D’autres Cambodgiens font à leur tour les frais de la politique brutale de Pol Pot : les enseignants, les médecins, les officiers de l’armée, les fonctionnaires de justice accusés de se compromettre avec l’ennemi capitaliste et dangereux pour une société où le savoir intellectuel ne trouve plus sa place. Beaucoup payent de leur existence une carrière glorieuse ou un cursus universitaire réussi. Durant tout le temps que les Khmers se maintiennent au pouvoir, les traques ne connaissent aucun répit : des enquêtes sur le passé particulier de chacun aboutissent souvent à des arrestations et des interrogatoires sanglants. L’absurdité va très loin : à la recherche de signes distinctifs permettant de confondre ceux qui tentent de dissimuler un vécu gênant, les autorités décrètent que le port de lunettes est une preuve suffisante pour soupçonner une personne d’avoir exercé un métier incompatible aux principes de l’idéologie officielle. Des centaines de personnes sont assassinées parce qu’elles portent des vers correcteurs.....

Les responsables Khmers ne chôment pas : en quatre années de règne, ils procèdent à des dizaines de milliers d’interpellations pour divers motifs : paroles ou actes hostiles au régime, attitude compromettante, dénonciations..... En général, la majorité des victimes sont conduites dans le plus grand centre de détention du pays, tristement connu sous le nom de S 21. Il s’agit d’un ancien lycée de Phnom Penh, transformé pour les besoins du régime en prison. Les classes ont été aménagées en cellules pouvant accueillir des dizaines de prisonniers. Les conditions de vie y sont atroces : les privations de tout ordre, le manque d’hygiène, les coups, les humiliations abrègent considérablement les chances de survie de chacun. Dans d’autres salles, les geôliers ont aussi monté des cloisons en briques délimitant de minuscules cellules d’à peine deux mètres carrés pour les coupables de délits plus graves. Certains y sont abandonnés des semaines sans eau ni nourriture.

Un bâtiment de l’établissement scolaire est réservé aux bureaux où se déroulent les interrogatoires. Tous les détenus de S 21 passent, à un moment ou un autre de leur séjour, par ce lieu sinistre. Au cours des séances, les tortionnaires utilisent les méthodes les plus brutales pour soutirer à leurs victimes des révélations souvent imaginaires : immersion prolongée dans une baignoire emplie d’eau, décharges électriques, brûlures de cigarettes sur tout le corps, coups, humiliations, viols.... Ceux qui passent aux aveux ne sont pas épargnés pour autant : emmenés dans quelque lieu isolé, ils finissent sous les balles d’une sentinelle et on ne les revoie jamais plus.

Le régime encadre la population jusqu’à un degré extrême. Les jeunes font l’objet de toutes les attentions du Parti. Dès leurs premières années, garçons et filles sont embrigadées au service de l’état. L’instruction intellectuelle est réduite à sa plus simple expression. L’essentiel des leçons consistent en l’apprentissage de prières, de chants à la gloire de Pol Pot. Les Khmers enseignent les attitudes qui conviennent et apprennent à leurs élèves les méthodes pour confondre les ennemis dissimulés du Marxisme. L’éducation transmise détruit les relations et les liens filiaux : respectueux des consignes reçues de leurs maîtres, les adolescents surveillent leurs parents, n’hésitant pas à dénoncer père, mère, oncle, tante pour une parole hostile au régime. Un climat de méfiance s’installe jusqu’au cœur du logis et brise littéralement le cercle familial.

Les autorités mettent aussi en scène jusque dans le plus petit village des séances collectives d’ « autocritique ». Sous la conduite d’un officier à la solde du régime, les habitants, réunis ensemble, sont invités à examiner leur conscience et faire amende honorable d’une entorse commise aux principes marxistes. La propagande officielle orchestre du début à la fin le déroulement de la cérémonie. Devant ses compagnons, le coupable se lève et reconnaît une faute. Le chef Khmer s’approche alors de lui et le prend dans ses bras, en signe de réconciliation et de pardon puis encourage les autres participants à ouvrir leur cœur de la même manière. Néanmoins, quelques jours après, les courageux repentis disparaissent dans la nuit, emmenés à la hâte par des gardiens et ne reviennent jamais plus. Des milliers de personnes périssent ainsi au coin d’un bois ou au détour d’un chemin isolé pour l’aveu d’un mauvais geste ou d’une mauvaise parole.

La dictature de Pol Pot contrôle le pays jusqu’en 1979. L’ambition du personnage précipite en fin de compte la chute de son régime : les responsables du Parti revendiquent en effet des territoires ancestraux passés sous le contrôle du Vietnam. Une tentative d’invasion rapidement avortée s’achève sur l’intervention des forces vietnamiennes au Cambodge. Mal préparés, mal encadrés, les bandes Khmers sont incapables de repousser leur adversaire et doivent évacuer en hâte Pnomh Penh (8 Janvier 1979). Le pouvoir s’effondre sans résistance sérieuse, Pol Pot et ses compagnons reprennent le chemin du maquis au cœur de la jungle où ils organisent une guérilla sanglante contre le mouvement de libération nationale.

Le bilan des quatre années de terreur est très lourd : un million et demi de Cambodgiens ont perdu la vie, assassinés dans d’affreuses conditions. D’immenses charniers restent encore à découvrir au cœur du territoire. Aujourd’hui, les principaux responsables du régime, en fuite ou réfugiés dans les maquis, n’ont toujours pas répondu de leurs crimes devant la justice. Pol Pot est mort paisiblement en 1998. L’ancien centre de détention, le S 21, transformé en musée témoigne des exactions commises jusqu’au cœur des campagnes tandis que de nombreux survivants, souvent partis en exil dans les pays occidentaux, attendent encore le jour où leurs bourreaux comparaîtront à la barre d’un tribunal...