Collège Robert Doisneau
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4 mars 2007

Nazis et collaborateurs devant leurs juges.

Quand, le 8 Mai 1945, les derniers défenseurs de Berlin acceptent le choix réaliste d’une reddition sans condition, il reste aux Européens à gérer l’immédiate après- guerre. Partout sur le continent, des millions de familles vivent le deuil de ceux qui ne sont par revenus du front ou de la déportation. Des villes sont entièrement à reconstruire, des centaines de villages ont subi la férocité sauvage des troupes nazies. Sans-abris, déracinés, réfugiés errent sur les routes de l’exode, à la recherche d’un foyer improbable. Se nourrir, se chauffer, soigner ses plaies, autant physiques que morales, voici la seule préoccupation de ceux qui ont survécu. Le conflit se poursuit sur les étendues infinies du Pacifique, le Japon, à genoux, et au bord de l’épuisement, offre aux Américains une résistance autant acharnée que désespérée, Allemands, Français, Belges, Italiens, Polonais, Britanniques, Hongrois, Grecs ont à l’esprit d’autres inquiétudes que les nouvelles parvenues d’Orient.

Là où les combats ont été les plus violents, partout où les opérations militaires ont précipité dans le feu et le sang des populations entières, l’heure est aux règlements de compte. Affamés, incertains quant à l’avenir, brisés d’amertume, ceux qui ont ressenti jusque dans leur chair la barbarie fasciste ne songent qu’à la vengeance. A l’Ouest, à l’Est, la Libération s’accompagne d’exactions terrifiantes. En France, l’approche des troupes anglo-américaines, le reflux des armées du Reich produisent leur corollaire meurtrier : malheur aux collaborateurs ! Des milliers de personnes, convaincues, parfois à tord il faut le souligner, de compromission avec l’ennemi, sont passées par les armes ou plus simplement assassinées. Parfois, quand elle est prise d’un brusque mouvement d’hystérie, la foule procède elle-même au châtiment suprême : des condamnés désignés sont extirpés de leurs cachots et lynchés sur place. Le sombre souvenir de ce que les historiens appellent « l’épuration sauvage » hante encore les mémoires d’aujourd’hui. Néanmoins, l’installation du Gouvernement Provisoire de la République Française enraye assez vite le cycle des brutalités incontrôlées. Revenu de son exil londonien, De Gaulle ne peut tolérer plus longtemps le climat d’anarchie dans lequel ont sombré plusieurs départements du pays. Certes, la restauration de la cohésion nationale réclame la condamnation des principaux responsables de Vichy. Mais, celle-ci doit être prononcée dans le cadre de tribunaux légaux et reconnus compétents. A l’été 1945, des centaines d’accusés (dont Pétain et Laval sont les plus médiatisés) comparaissent à la barre et justifient leur choix passés. Certains périssent au pied d’un simple poteau d’exécution mais la modération des magistrats souligne en fin de compte combien le Gouvernement Provisoire souhaite refermer au plus vite la période des déchirements.

En Allemagne, que les Alliés occupent au lendemain de la défaite, les dignitaires du Reich vivent des heures difficiles. Ceux qui n’ont pas voulu, comme Gobels, suivre le Führer dans la mort se cachent où ils le peuvent. Plusieurs d’entre eux (Goering, Ribentropp, Hesse, Donitz, Keitel…) tombent aux mains des Américains. L’immense évènement judiciaire du procès de Nuremberg (Novembre 1945- Septembre 1946) offre au tribunal international des vainqueurs l’occasion de juger puis de punir les collaborateurs d’Hitler. Les témoignages des rescapés des camps de concentration et d’extermination jettent sur les agissements nazis une lumière effroyable. Les réquisitoires puis les verdicts prononcés (trop cléments pour les Soviétiques qui souhaitaient la condamnation de Hesse à la peine capitale) s’appuient sur une notion inédite : celle de « crime contre l’Humanité ».
Néanmoins, ce procès unique (dont la médiatisation doit beaucoup aux moyens de la diffusion cinématographique) s’accompagne de procédures tout aussi importantes, conduites en parallèle à l’encontre de personnalités plus secondaires et pourtant responsables de terribles massacres en Europe. Tandis que les Britanniques infligent à quelques gardiens SS un châtiment exemplaire pour prix d’ exactions commises dans le cadre de leurs fonctions à Auschwitz, Ravensbrück ou Dachau, les cours militaires américaines, également installées à Nuremberg, punissent des personnes impliquées dans les atrocités de l’Occupation : « médecins » responsables des programmes d’expérimentation sur des détenus, des malades mentaux ou des handicapés, officiers des Einzatsgruppen coupables d’affreuses tueries sur le front de l’Est…..
L’organisation des procès de l’après- guerre accentuent les rivalités entre Etats- Unis et URSS. A Nuremberg, les tensions sont déjà palpables et annoncent les crises internationales des années 1950- 1960. Staline critique l’indulgence des juges occidentaux et le « blanchiment » d’éléments nazis en Allemagne de l’Ouest.
Bien que très sérieusement recherchés, des criminels chanceux réussissent le pari incertain d’une fuite à l’étranger. Avant même la chute de Berlin, le Reich a pris ses précautions : des filières d’évasions, remarquablement conçues, garantissent aux plus compromis un refuge en Espagne ou en Amérique Latine. Mengele, Eichmann, et d’autres encore, munis de faux papiers d’identité s’embarquent pour l’hémisphère Sud. Seul Eichmann en reviendra, il faut dire malgré lui, enlevé par les services secrets israéliens. Son voyage de retour se terminera à Jérusalem devant ses juges. 
 
En Italie, l’effondrement du fascisme s’accompagne, comme en France, d’une épuration très violente. La fin horrible de Mussolini, exécuté par des partisans avec sa compagne puis exposé aux insultes de la population, annonce le sort que l’on réserve aux sympathisants du Duce. La répression organisée à travers le pays (des centaines de condamnations sont prononcées puis appliquées) atteint un degré de sévérité particulièrement élevé.
En Norvège, même constat. L’occupation allemande se clôt sur l’élimination des collaborateurs passés à l’ennemi. Quissling, responsable d’un gouvernement compromis avec le Reich, est passé par les armes. L’impopularité du dirigeant est telle que son nom même devient l’expression courante que l’on emploie quand on veut désigner un traître.
En Roumanie, le général Antonescu paye lui aussi de sa vie ses choix politiques : engagé auprès d’Hitler, l’homme fournit à la Wehrmacht plusieurs divisions. Des centaines de Roumains partent se battre en Union Soviétique contre les forces communistes.
En Belgique, où la présence nazie a été très longue et douloureuse, les dossiers d’instruction s’accumulent : les tribunaux examinent le passé obscur de centaines de personnes. Des miliciens, intégrés aux SS, sont ici aussi fusillés.
Macabre tour d’Europe que ce bilan sanglant des lendemains du conflit. Pologne, URSS, Bulgarie, Hongrie, Yougoslavie, Grèce….Des scènes identiques se rejouent, des hommes, des femmes répondent de leurs attitudes criminelles, de leurs choix devant la justice.

Dans la lointaine Asie, le moment est aussi venu de châtier ceux qui ont trahi. L’occupant japonais laisse après son départ un souvenir tout aussi tragique que les Allemands en Europe. Pour les criminels, nulle pitié. A Tokyo, les Américains organisent sur le modèle de Nuremberg les procès des dirigeants du régime impérial. La potence conclue, comme en Occident, les réquisitoires prononcés à l’encontre des responsables militaires.

Soixante ans plus tard, les comptes ne sont pas encore soldés. Des Nazis ont échappé à la justice. Des associations engagent à partir des années 1950 recherches et procédures devant aboutir à l’inculpation de ceux qui, jusqu’à présent, n’avaient jamais été inquiétés. En France, les affaires Barbie, Touvier ou Papon montrent, s’il fallait s’en convaincre, que la sombre période de Vichy n’est pas encore refermée.

 

LE PROCES DE NUREMBERG : UN EVENEMENT JUDICIAIRE SANS PRECEDENT.

Les Alliés n’ont pas attendu la fin de la guerre pour se soucier du sort des responsables nazis. Dès 1943, Américains et Britanniques réfléchissent à une liste indiquant les noms de ceux qui, une fois la paix revenue, auraient à répondre de leurs crimes. La conférence de Postdam, en Juillet 1945, réaffirme le principe d’un tribunal international devant instruire le procès des principaux dirigeants du Reich.
Il est convenu que la cour de justice siègera à Nuremberg avant la fin de l’année. Le choix n’est pas innocent : c’est dans la ville où retentirent jadis les clameurs d’un régime promis à durer mille ans (Selon l’expression d’Hitler) que les vainqueurs souhaitent exposer aux regards du monde la défaite définitive du fascisme.

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Une séance du procès de Nuremberg

Jamais procès n’aura autant fait coulé d’encre que celui des collaborateurs du Führer. Les organisateurs ont vu grand : une salle est spécialement apprêtée pour la tenue des débats. Des dizaines d’ouvriers, en général prisonniers de guerre, aménagent les lieux. On prévoit des centaines de participants : les accusés d’une part, les juges, les avocats et les greffiers mais aussi des témoins, rescapés des camps de la mort. Les séances seront publiques : une foule de journalistes, venue des quatre coins du monde, rendra compte des débats, des déclarations, des discours et des réquisitoires. Un local est même dressé pour les équipes de tournage. Fait inédit, les images de l’évènement seront diffusées à travers la planète. Rien ne doit être caché des agissements puis du châtiment des coupables.

La première séance s’ouvre le 20 Novembre 1945. Un à un, à l’appel de leur nom, les prévenus pénètrent dans le box installé pour eux :

-Goering, maréchal du Reich et responsable de la Luftwaffe
- Ribbentrop, ministre des Affaires Etrangères, organisateur des plans d’agression contre plusieurs pays européens.
- Hesse, adjoint de Hitler jusqu’en 1941 puis capturé par les Britanniques.
- Kaltenbrunner, chef du RSHA.
- Rosenberg, théoricien et idéologue du Nazisme, ministre des Territoires occupés de l’Est.
- Franck, gouverneur général de Pologne.
- Sauckel, commissaire général de la main d’œuvre, responsable de la déportation de milliers d’ouvriers européens en Allemagne.
- Speer, ministre de l’Armement et de la Production de guerre.
- Funk, ministre de l’économie.
- Schacht, ministre de l’Economie jusqu’en 1937.
- Von Papen, ex-chancelier du Reich.
- Neurath, ministre des Affaires Etrangères jusqu’en 1938.
- Schirach, chef des Jeunesses Hitlériennes.
- Seyss- Inquart, commissaires du Reich pour les Pays- Bas.
- Streicher, directeur de presse, auteur d’articles violemment antisémites.
- Keitel, chef du Haut- Commandement des Forces armées.
- Jodl, chef de l’Etat- Major.
- Raeder, commandant de la Marine jusqu’en 1943.
- Donitz, commandant de la Marine et successeur officiel du Führer après son suicide.
- Fritzsche, responsable de la radio au ministère de la Propagande.
 
L’audience d’ouverture est consacrée à la lecture minutieuse de l’acte d’accusation. Une lecture de cinq heures complètes, ralentie par les nécessités de la traduction. Les juges américains, britanniques, français et soviétiques se relayent au long de la journée.
Le lendemain, chacun des inculpés plaide non coupables des charges retenues contre lui.

Les premières semaines de débats s’attachent à l’interminable description des faits. Une succession de témoins, revenus de déportation ou survivants de massacres organisés, défilent un à un devant les magistrats et répondent à des dizaines de questions. Fin Novembre, les images filmées par les Américains au moment de la libération des camps sont diffusées dans l’enceinte du tribunal : cadavres de détenus abandonnés, fours crématoires, chambres à gaz, victimes des expérimentations médicales, rien n’est dissimulé au public, tout est révélé. Les accusés réagissent comme s’ils découvraient l’affreuse réalité du génocide. A l’issue de la projection, un climat de tension extrême est tombé sur la salle. Hans Franck, mais il est le seul parmi ses compagnons, déclare se sentir « terriblement coupable » des exactions commises en Pologne, sous son autorité.

Le lent déroulement des séances fournit aux juges l’occasion de mieux apprécier la personnalité des accusés. Les témoignages postérieurs des acteurs du procès soulignent l’accablement, l’agitation et la passivité des coupables. Si les désordres nerveux dont souffre Hesse s’aggravent à mesure qu’approche l’échéance du verdict, Ribbentrop ne fournit qu’une défense évasive et maladroite.
Goering se démarque néanmoins singulièrement de ses compagnons. L’ancien chef de la Luftwaffe utilise la meilleure arme qu’il ait à sa disposition : ses talents d’orateur. Jusqu’au bout, il se défend, soulève les incohérences de la procédure, intervient sur chaque dossier même quand il n’est pas directement concerné. Son premier passage à la barre se prolonge six heures entières ! Il y retrace ses années de jeunesse, explique son rôle dans le gouvernement du Reich. La ligne de défense qu’il suit est en fin de compte celle des autres accusés (Keitel mis à part. L’homme assume plus volontiers ses décisions à l’Etat- Major) : il n’a jamais été que le simple exécutant des ordres du Führer. Il n’a pris aucune résolution, n’a décidé de rien. Assurément, il l’affirme aux magistrats, il ne se sent pas responsable des crimes pour lesquels on le juge.

Après les plaidoiries, les réquisitoires et les dernières interventions des accusés, arrive l’heure des délibérations. Les accrochages réguliers entre juges américains et soviétiques reflètent le climat de tensions internationales que produit la rivalité grandissante entre l’Est et l’Ouest. Le cas de Hesse produit beaucoup de discussions passionnées. Si les magistrats dépêchés par Staline souhaitent l’exécution de l’ancien collaborateur d’Hitler, les Anglo-Saxons obtiennent finalement son emprisonnement à perpétuité.

Le verdict est rendu le 30 Septembre : dix accusés sont condamnés à la potence (Goering- mais il se suicide peu avant l’application de la sentence- Ribbentrop, Franck, Rosenberg, Streicher, Sauckel, Jodl, Seyss- Inquart, Keitel et Kaltenbruner), trois finissent leurs jours en prison (Funk, Raeder et Hesse), quatre à divers peines d’enferment (Speer, Donitz, Schirach et Neurath), trois obtiennent un non-lieu (Schacht, Von Papen et Fritzsche).

Depuis l’Automne 1946, soixante ans se sont écoulés. Néanmoins, le procès de Nuremberg n’a toujours pas fini d’entretenir les débats qui divisent entre eux les historiens parce qu’à l’heure du génocide rwandais ou bosniaque, il reste plus que jamais d’actualité. Les spécialistes s’accordent certes à dire que le tribunal des Alliés constitue un évènement sans précédent, de portée mondiale, un modèle à poursuivre pour les générations futures. Mais beaucoup en soulignent les incohérences.
Américains, Britanniques, Français et Soviétiques ont-ils rendu la justice qu’un vainqueur exerce à l’encontre du vaincu ? Certains le pensent volontiers et regrettent que les débats n’aient pas été menés par des magistrats issus de pays moins directement impliqués dans le conflit. Y a-t-on perdu en impartialité ? Peut-être. En tous les cas, la très violente polémique née autour du massacre de Katyn (Staline souhaitait rajouter aux charges pesant contre les Nazis la responsabilité d’une tuerie perpétrée sur son ordre personnel) montre à quel point les intérêts nationaux ont compliqué les travaux de la Cour.

Les juristes soulèvent aussi un point particulier de la procédure : pouvait-on, à posteriori, juger des hommes, quelle que soit la responsabilité de chacun dans les atrocités commises en Europe, pour un crime qui, au moment des faits, n’avait pas encore été défini ? (Celui de crime contre l’humanité). Valait-il mieux juger les dirigeants du Reich selon la législation en vigueur dans l’Allemagne des années 1930 ? Que la réponse soit positive ou négative, cela aurait sans doute simplifié le déroulement d’un procès dans lequel chaque magistrat travaillait selon les lois juridiques de son pays. 

Le procès de Nuremberg, tel qu’il a été conduit, n’est peut-être pas un exemple de perfection. Mais, à l’aube de notre siècle, il montre toujours la voie que les peuples du futur auront à bâtir : celle d’une justice internationale pensée et imaginée pour châtier les crimes les plus graves et poursuivre, par delà les frontières, les coupables les plus recherchés.

 

LES AUTRES PROCES NAZIS DE L’APRES GUERRE.

Si Nuremberg marque les archives judiciaires de son souvenir, de nombreux autres coupables, capturés au moment de la capitulation du 8 Mai, comparaissent devant leurs juges. Ils n’ont certes pas l’envergure d’un Hermann Goering ou d’un Rudolf Hesse. Ils n’ont pas non plus été les décisionnaires du Reich. Mais ils ont activement participé aux exactions de l’armée allemande dans les pays occupés : SS affectés à la surveillance des camps de la mort, membres des Einsatsgruppen, les funestes divisions envoyées sur le front soviétique derrière les troupes de première ligne pour nettoyer les maquis et éliminer les éléments judéo- communistes, médecins responsables des pires expériences médicales….

Des interminables listes de condamnés surgissent les visages et les noms de personnalités dont la seule évocation, aujourd’hui encore, ranime dans la mémoire de ceux qui ont survécu les plus sombres souvenirs. Rien ne prédisposait ces hommes et femmes au destin de tortionnaire qui fut le leur. Ils venaient souvent de familles modestes, sans grande richesse et ils menèrent une jeunesse des plus ordinaires. Jusqu’à ce que le Nazisme et ses idées monstrueuses ne les aient finalement subjugués.

Josef Kramer (1906- 1945). De ce bourreau impitoyable reste une photographie noire et blanc prise lors de son procès. Les yeux enfoncés dans les orbites, le regard assombri d’une ligne de sourcils épais, la mâchoire crispée et puissante, tout chez ce personnage peu commun reflète la haine et le mépris.
Originaire de Munich, Kramer s’engage très tôt au service de l’Etat hitlérien. En 1934, il est simple garde à Dachau. Repéré de ses supérieurs et bien noté, il gravit ensuite tous les échelons de la profession qu’il s’est choisi et qu’il accomplit avec enthousiasme : titulaire d’un poste important à Mauthausen, il obtient en 1940 la responsabilité d’assister le commandant en chef d’Auschwitz. Affecté au fonctionnement des chambres à gaz du complexe, il est bientôt muté à Bergen- Belsen où l’attend un grade de commandant général. C’est à ce titre qu’il commet les crimes pour lesquels il sera jugé. Son terrible surnom, « la bête de Bergen » en dit beaucoup de sa cruauté. Des milliers de personnes succombent sous son autorité.
L’arrivée des Alliés en Allemagne clôture sa triste carrière : arrêté parmi d’autres, il comparaît devant un tribunal britannique. Le procès s’ouvre en Septembre 1945. Deux mois de débats suffisent à le condamner. Le 13 Décembre, il est pendu dans une prison de Hamelin.

Des femmes ont également pris une part active aux atrocités de la guerre. L’une d’elles est Irma Grese, adolescente d’allure élégante (Elle n’a guère davantage qu’une vingtaine de printemps) mais affreusement cruelle. Née en 1923 dans une famille d’agriculteurs, celle qui sera la plus jeune des tortionnaires nazis condamnés, abandonne très tôt les études. Pour gagner sa vie, elle exerce plusieurs petits métiers successifs : domestique dans une ferme, vendeuse, infirmière. Séduite par la personnalité d’Hitler, elle adhère au NSDAP et s’engage chez les SS. Envoyée à Auschwitz comme téléphoniste, elle reçoit pour prix de son enthousiasme le poste de surveillante en chef. Ce grade place sous sa responsabilité et son autorité 30000 détenus. Les témoignages recueillis lors du procès soulignent son sadisme et le plaisir qu’elle éprouve à la vue des souffrances humaines. Les dépositions des rescapés décrivent la longue et affreuse litanie de ses forfaits : très habile au fouet, elle sélectionne elle-même les candidats à la chambre à gaz, abat de son revolver des centaines de personnes, inflige tous les sévices, toutes les humiliations, que son esprit tourmenté conçoit.
Affectée à Bergen- Belsen, elle n’échappe pas aux Alliés. Un tribunal britannique la condamne à mort : elle est exécutée en même temps que Kramer, le 13 Décembre 1945.

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Josef Kramer et Irma Grese au cours de leur procès

A Nuremberg, le procès des principaux dignitaires du Reich s’achève à peine que de nouvelles procédures s’engagent. Cette fois, les accusés ne sont plus les collaborateurs directs d’Hitler. Mais, ils ont à leur manière participé aux atrocités de la guerre.
Un premier groupe de criminels comparait à la barre du tribunal : ce sont les officiers des Einsatzgruppen, ces divisons de l’armée allemande spécialisées dans le nettoyage des régions à l’arrière du front, en Union Soviétique. Les détachements affectés à l’élimination des populations juives ou des prisonniers russes portent la culpabilité d’une longue suite de massacres, d’exécutions sommaires et de déportations.
Parmi les prévenus, Otto Ohlendorf se détache de ses compagnons. Ce fils de fermier rejoint le parti nazi en 1925 puis la SS. Ses études de droits accomplies, il s’élève dans la hiérarchie militaire. Quand la Wehrmacht envahit l’URSS, il reçoit le commandement des unités du Einsatzgruppen D. A ce titre, il organise sur le front de l’Est de vastes tueries. Près de 90000 personnes périssent sur ses ordres.
En 1943, il obtient un poste au ministère de l’économie et travaille sur un projet de reconstruction de l’économie allemande après la guerre.
Capturé par les Alliés au moment de la Libération, il est traduit avec d’autres Nazis devant la Haute Cour internationale de Nuremberg. Son attitude joue clairement en sa défaveur. Le regard méprisant et ironique, l’homme n’exprime aucun regret. Condamné à être pendu, il est exécuté en Juin 1951. Trois de ses compagnons partagent ce sort peu enviable.

Sont également poursuivis les quelques « médecins » nazis, responsables des programmes d’expérimentations scientifiques sur les prisonniers des camps. Mobilisés au service du Reich, les scientifiques travaillent à démontrer l’exactitude des principes biologiques énoncés par la doctrine officielle. Mesures, analyses, observations minutieuses, le monde médical s’investit dans la recherche des critères distinctifs d’une prétendue race aryenne.
Derrière les portes closes des blocs chirurgicaux d’Auschwitz ou d’ailleurs, des milliers de déportés périssent dans d’effroyables conditions. Aux injections de virus mortels, aux manipulations génétiques, aux opérations aussi absurdes que meurtrières s’ajoutent les études du comportement de prisonniers soumis à des conditions extrêmes : froid, chaud, déshydratation, baisse brutale de la pression atmosphérique…..
La finalité des expérimentations ne varie pas : découvrir les solutions permettant de soigner les souffrances de soldats allemands engagés sur les différents fronts du conflit, élaborer les vaccins offrant au peuple « des Seigneurs » (Selon l’expression d’Hitler) une protection efficace contre la maladie et les épidémies.

Au lendemain de la guerre, les grands biologistes et scientifiques du Reich sont jugés à Nuremberg. Les procédures s’achèvent sur plusieurs condamnations à mort dont celle de Karl Brandt, médecin personnel d’Hitler et responsable de programmes d’expérimentations. Néanmoins, Josef Mengele, l’un des plus impliqués, échappe aux poursuites. Il est le grand absent du procès mais les témoignages des victimes rescapées raniment son ombre angoissante. 

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Karl Brandt, médecin de Hitler.

Au total, la justice des Alliés en Allemagne n’est pas spécialement meurtrière. Si quelques dizaines de personnes finissent leurs jours sur l’échafaud de la potence, les peines infligées témoignent malgré tout d’une certaines mansuétude : bien des coupables payent leurs comportements criminels d’un séjour plus ou moins long dans la cellule d’une prison. D’autres obtiennent leur acquittement pour non-lieu. Les plus habiles, les plus discrets réussissent à fuir hors d’Europe ou à se mêler un temps au flot incontrôlable des réfugiés. Les étapes de la dénazification, conçues par les vainqueurs, si elles ont eu le mérite d’exister n’ont pourtant pas été complètes : jusqu’à nos jours, des personnalités, de plus ou moins grande envergure- industriels, députés, simples particuliers- sont parvenus à dissimuler les traces d’une carrière criminelle au service du Reich.
A l’occasion, un journaliste curieux, une association de victimes du Nazisme dévoilent le passé trouble d’un responsable politique ou d’une figure médiatique.

 

CES NAZIS QUI ONT SURVECU….

Au milieu du chaos et de la désolation consécutive à la défaite de leur pays, des dizaines de Nazis espèrent échapper au sort que les Alliés ont réservé pour eux. Dissimulés dans le flot continu des réfugiés qui se répandent le long des routes, abrités au creux des ruines laissées par la guerre, vêtus comme les milliers de prisonniers allemands tombés aux mains des Américains ou des Soviétiques, les coupables attendent la venue de jours meilleurs. Certains, accompagnés de leurs familles, profitent des filières d’évasion que le Reich avait conçue lorsqu’il apparaissait que la victoire n’était plus possible. Munis de faux papiers, conduits par des passeurs qu’il a fallu payer très cher, de nombreuses personnes passent les frontières en toute clandestinité. Les destinations sont multiples : l’Espagne franquiste ou les pays d’Amérique latine.

L’Argentine accueille volontiers les exilés. Le dictateur Juan Peron offre d’autant plus volontiers son aide aux anciens SS que son régime s’inspire en partie des principes du fascisme : une utilisation habile des médias à des fins de propagande, un développement prononcé du culte de la personnalité, une adhésion populaire, que de nombreux plébiscites soulignent régulièrement, autour du président et de sa femme. A leur arrivée sur place, les fugitifs disposent des liquidités nécessaires à leur installation : une part du trésor amassé par la Wehrmacht a été transférée dans les grandes banques de Buenos- Aires.
C’est à des milliers de kilomètres de leur patrie que les réfugiés coulent une retraite, somme toute, paisible. Les investigations et les enquêtes des Services Secrets américains ou israéliens conduisent quelques uns d’entre eux à changer de domicile, de nom ou de pays. Mais, Eichmann mis à part, les anciens criminels nazis installés dans les régions sud- américaines ne seront pas retrouvés.

Parmi eux, Josef Mengele, celui que les survivants de la déportation appelaient « l’Ange de la Mort ». Le nom de cet abominable « médecin » affecté aux programmes d’expérimentations menés sur les détenus est cité à de nombreuses reprises lors des procès de Nuremberg. L’homme, originaire de Bavière, (Il est né en 1906), diplômé d’université, contribue activement à la disparition de centaines de patients. Après sa mobilisation en 1940 et sa blessure reçue sur le front soviétique en 1942, Mengele est envoyé à Auschwitz. Ses connaissances scientifiques lui offrent la charge de diriger plusieurs expériences sur des prisonniers choisis. Ses recherches, absurdes et sans aucune éthique, s’appuient sur de sanglantes opérations chirurgicales ou d’affreuses manipulations génétiques. Les mystères de la gémellité exercent sur lui une étrange fascination : beaucoup de malheureux périssent de sa passion. (Parmi ses tentatives autant inutiles que meurtrières, celle d’avoir voulu créer artificiellement deux frères siamois…..On laisse deviner le tragique résultat de cet essai.)

Quand les Alliés arrivent en Allemagne, Mengele a eu le temps de fuir. Déguisé en simple soldat de la Wehrmacht, il tombe entre les mains des Américains et passe un court séjour de détention dans la région de Nuremberg. L’absence sur son bras du tatouage réglementaire que portait en principe chaque membre de la SS le sauve. Il n’est pas reconnu, ses geôliers le libèrent un peu plus tard. Sans aucune illusion sur le sort que les vainqueurs lui réservent, il se cache dans une ferme de Haute- Bavière. En 1949, il obtient son billet pour l’Argentine

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Josef Mengele.

Gérant d’un magasin de jouets puis associé d’une entreprise pharmaceutique, Mengele ne vit pas l’exil doré qu’il espérerait. Les recherches actives du Mossad ne lui laissent qu’un répit de courte durée. Repéré au moment de l’arrestation d’Eichmann, le fugitif passe au Paraguay puis au Brésil. Il y achève d’ailleurs son existence en 1979 quand il périt accidentellement en mer. Son inhumation, sous le nom d’emprunt qu’il s’était choisi, se déroule dans le plus grand secret et complique les investigations de ceux qui le traquent. Les efforts des enquêteurs américains, israéliens et allemands finissent néanmoins par révéler l’emplacement de sa tombe. Au début des années 1990, un test génétique réalisé sur les ossements retrouvés fournit la certitude de son identité.

Au cours des procès de Nuremberg, un autre nom, celui d’Adolf Eichmann revient régulièrement au cours des débats. Pendant la guerre, le personnage (Il est né en 1906) détient une place essentielle du gouvernement hitlérien. Fonctionnaire scrupuleux et appliqué, il participe en partie au terrible programme d’extermination des populations juives (La Solution Finale) et organise la déportation dans les camps de la mort. Au moment de la capitulation de son pays, il est entre les mains de l’armée américaine. Le faux nom qu’il porte, Otto Eckmann, lui garantit un temps de tranquillité. Mais conscient que les vainqueurs sont tout proches de découvrir sa véritable identité, il tente une évasion qu’il réussit. Il demeure caché plusieurs mois en Allemagne. En 1950, il passe en Italie et adopte le nouvel allias qu’il conservera jusqu’à sa capture : Ricardo Klement. La même année, bénéficiant d’un visa pour l’Argentine obtenu des services humanitaires de la Croix- Rouge, il débarque avec sa famille à Buenos Aires.
Quelques temps s’écoulent sans que le fugitif ne soit inquiété : la reconstruction en Europe et en Asie, les crispations dangereuses des relations internationales relèguent la recherche des anciens Nazis à un plan secondaire. Pourtant, des associations de déportés juifs ne se lassent pas d’enquêter et de pourchasser les tortionnaires des camps de la mort. Il semble aujourd’hui que la CIA ait repéré dès 1958 la trace d’Eichmann.
Pourtant deux ans supplémentaires sont nécessaires à l’aboutissement des investigations menées contre le criminel. Un rescapé de Dachau finit par entrer en contact avec lui (Sa fille fréquente le fils aîné d’Eichmann). Il en avertit aussitôt le gouvernement israélien : les responsables politiques de l’état juif autorisent l’organisation d’une opération d’enlèvement. Un petit groupe d’agents du Mossad se rend en Argentine et surveille, dans le secret le plus absolu, les allées et venues du Nazi. C’est finalement le 11 Mai 1960 que les hommes passent à l’action : Eichmann est enlevé en pleine rue puis séquestré quelques jours dans une villa louée pour la circonstance. Son transfert à Jérusalem s’effectue sur un vol régulier : drogué par ses ravisseurs, le prisonnier ne manifeste aucune velléité de résistance au moment de franchir la douane de l’aéroport. Le 21 Mai, les agents et leur précieux compagnon sont de retour en Israël.

L’opération, conduite au prix d’une entorse infligée aux lois internationales, soulève les protestations de l’Argentine et de plusieurs pays. Bien que niant toute implication dans l’enlèvement, l’Etat israélien s’empresse d’organiser le procès du SS que la justice recherchait depuis longtemps.
Les débats s’ouvrent à Jérusalem le 11 Avril 1961. La présence d’une foule de journalistes arrivés des quatre coins du monde offre à l’évènement une médiatisation identique à celle de Nuremberg. La diffusion d’images et de photographies donne aux acteurs des audiences une large place de l’actualité internationale du moment.
Eichmann apparaît insignifiant. Enfermé dans une cage au vitrage blindé, le collaborateur d’Hitler n’a visiblement pas le charisme que l’on a voulu lui prêter. Sa défense, plutôt malhabile et incertaine, se bâtit sur une même idée : fonctionnaire zélé, il n’a été que le simple exécutant des ordres reçus de sa hiérarchie, sans en connaître la portée véritable. Au long des interrogatoires, l’accusé ne se départit pas de cette morne image qu’il renvoie aux juges. Pourtant, les témoignages des rescapés sont accablants et ne laissent guère de doute quant aux responsabilités d’Eichmann dans le processus de « La Solution Finale ». L’opinion publique est en fin de compte déçue : le procès n’est pas celui d’une personnalité charismatique, forcée aux formules rhétoriques les plus fameuses pour sauver sa tête. L’homme est clairement dépassé par les enjeux de l’évènement.

Les plaidoiries de la défense, les réquisitoires des procureurs aboutissent à un verdict de mort le 15 Décembre 1961. Dans la nuit du 31 Mai au 1er Juin 1962, Eichmann est pendu dans la prison de Ramla. Son corps est ensuite incinéré, ses cendres dispersées dans la Méditerranée. 

 

 

ETE 1945 : REGLEMENTS DE COMPTE EN FRANCE.

La Libération s’accompagne en France des excès que pouvaient à juste titre redouter les collaborateurs. L’occupation allemande a particulièrement marqué les esprits, des régions, des villages, des villes ont subi les exactions incompréhensibles du vainqueur nazi et de la Milice. Les assassinats de Tulle, le massacre d’Oradour Sur Glane, les tueries du maquis des Glières, les déportations massives organisées et encadrées par Vichy sont dans toutes les mémoires. Les Allemands enfin chassés, l’heure du châtiment retentit. Plusieurs départements, essentiellement ceux où la Résistance a été active et décimée, sombrent dans les tourments d’une chasse à l’homme improvisée. Ce que les historiens appellent par habitude « l’épuration sauvage » ensanglante au cours de l’été 1944 une partie du territoire national. Des groupes de maquisards prennent la résolution de faire justice eux- même, avant que ne soit rétablie la légalité républicaine. Brutalités, exécutions sommaires, les violences se multiplient un peu partout. D’anciens miliciens, des anonymes qui ont trouvé profit à se lier aux intérêts de la wehrmacht, des personnalités de dimension locale (Quelques maires un peu trop complaisants pour l’ennemi) sont arrêtés et fusillés après un simulacre de procès. Ailleurs, des scènes de lynchage collectif rassemblent autour d’un coupable désigné pour son passé trouble ou ses attitudes équivoques une foule surexcitée et ivre de colère.

Néanmoins, il ne s’agit pour autant de présenter le tableau d’une France entièrement livrée à l’anarchie et au chaos. Si les bilans de la période de « l’épuration sauvage » font état de 10000 personnes exécutées en dehors de tout cadre légal, le phénomène ne se prolonge pas au-delà de l’Eté 1944. A peine débarqué sur le sol national, De Gaulle consacre toute son activité à imposer l’autorité du gouvernement provisoire (En attendant la tenue prochaine d’élections). L’urgence de la situation n’échappe pas à l’Homme du 18 Juin. Le climat de guerre civile qui semble avoir pris le pays nécessite l’installation rapide d’un pouvoir régulier, capable de taire les divisions de la Libération, juger les responsables de la collaboration et clore au plus vite le malheureux chapitre de l’Occupation.
Le temps d’une « épuration légale » s’ouvre quand le Gouvernement Provisoire achève la mise en place sur le territoire de plusieurs cours de justice. Une tâche écrasante et fastidieuse accueille les magistrats à peine nommés dans leurs nouvelles fonctions : 40000 dossiers attendent d’être instruits. Dans la foule des prévenus que l’on s’apprête à entendre, des personnalités venues d’horizons très divers et poursuivis pour des faits variés : des responsables du régime de Vichy, des membres de la Milice, des industriels qui ont trouvé l’occasion de lier leurs intérêts à ceux de l’Occupant, des commerçants peu scrupuleux et profiteurs, des délateurs pensant agir en bon patriote, des femmes compromises dans le lit d’un Allemand, juges et jurys ont à se prononcer sur des affaires de nature différente. 

Les travaux de la Haute- Cour, une juridiction spéciale, sont les plus médiatisés. A la barre comparaissent le Maréchal Pétain et ses collaborateurs proches. Le procès du vieux vainqueur de Verdun s’ouvre au mois d’Août 1945. Sur ses épaules pèsent des charges suffisamment graves pour le conduire au peloton d’exécution : trahison, intelligence avec l’ennemi, complot mené contre la République. La passivité qu’il conserve au long des débats (Il a 89 ans) indique qu’il ne se sent coupable de rien. S’il admet s’être plié aux exigences de Hitler, il estime n’avoir agi que pour adoucir le sort douloureux de son pays et préparer les voies de la Libération. (Sa formule fameuse, « L Histoire dira tout ce que j’ai évité » conforte ses certitudes). Cette ligne de défense, d’autres accusés l’adoptent. Néanmoins, magistrats, résistants, parlementaires, qui occupent souvent les sièges des jurys populaires, ont du mal à tolérer de tels arguments. Les Statuts Juifs de 1940, les camps de transit pour déportés, la rafle du Vel d’hiv rappellent à chacun la nature profondément antisémite du régime de Vichy.
A l’issue des réquisitoires et des plaidoiries de la défense, Pétain est condamné à mort. Son grand âge lui épargne l’application de la sentence. Le Général De Gaulle commue la peine en détention à perpétuité : c’est sur les rivages de l’île d’Yeu que le vieillard achève son existence en 1951. 

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Pétain au cours de son procès.

Autre inculpé de marque, Pierre Laval. L’ancien ministre de Vichy a bien tenté de fuir en Allemagne puis en Espagne à la recherche d’une retraite heureuse. Mais Franco n’est guère disposé à se brouiller avec les Alliés, d’autant plus que ceux-ci semblent ne pas vouloir voir les excès sanglants de la dictature : il fait donc livrer le fugitif aux Américains. Le 1er Août 1945, Laval est enfermé dans une cellule de la prison de Fresnes. L’attente du procès ne se prolonge pas.
Quand il pénètre dans la salle d’audience, l’accusé cristallise contre lui la rancœur de ses juges et de l’opinion publique. Pour les Français, il est l’homme de main des « Boches », celui qui a parfaitement su tromper Pétain et souhaité, selon ses propres termes, « la victoire de l’Allemagne » (pour éviter que le Bolchevisme ne l’emporte partout en Europe).

Laval se sent suffisamment certain de ses capacités pour assurer lui-même sa défense. Aux juges de la Haute- Cour, il oppose une farouche défense soulignant son inlassable activité au service de la France malheureuse. Ses brillantes démonstrations, ses discours enflammés ne convainquent pas les magistrats. Le procès tourne d’ailleurs rapidement à une parodie de justice : tandis que des membres du jury, anciens résistants, s’écrient, au mépris du devoir d’impartialité qu’exige d’eux leur charge, « Salaud, douze balles dans la peau », Laval renonce à comparaître à la barre. Finalement condamné à mort, l’homme refuse de signer son recours en grâce. Le matin de son exécution (15 Octobre 1945), il réussit à avaler une pilule de cyanure. Ses geôliers le découvrent sans connaissance. Un médecin le ramène à la vie in extremis, pour un court instant. C’est dans un état lamentable, incapable de marcher par lui-même et secoué de violents vomissements qu’il est conduit devant le peloton, vers midi trente.

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Pierre Laval devant la Haute Cour de Justice

Les tribunaux de la Libération ne jugent pas seulement le personnel politique de Vichy. Journalistes et hommes de plume sont également poursuivis pour des opinions favorables à la collaboration et des écrits compromettants.
En Janvier 1945, le rédacteur du magazine, Je Suis Partout, Robert Brasillach est présenté à la Cour de Justice de Paris. Le reproche des magistrats qui ont à se prononcer sur son dossier : des articles nettement favorables aux Allemands et à la politique de Pétain. Les charges retenues sont claires : crime de haute trahison en temps de guerre, passible de la peine capitale.
Robert Brasillach se défend avec beaucoup d’énergie. Sûr de son talent à manier les mots, il a choisi d’exposer personnellement les arguments de son innocence. Ses propos le précisent : il n’a jamais fait autre chose que le métier d’un intellectuel au service de son pays. S’il a accepté le principe de la collaboration, et l’a même encouragé, il ne l’a fait que pour offrir à la France une place honorable de l’Europe nazie. Néanmoins, les juges ne l’entendent pas ainsi : Brasillach aurait dû mettre son autorité morale et médiatique au service des maquisards. Il n’en est que davantage responsable. L’intervention d’un groupe d’écrivains en sa faveur et la lettre de François Mauriac n’enraye pas le cours du procès : déclaré coupable sans circonstances atténuantes, le journaliste est fusillé au fort de Montrouge le 6 Février 1945.

Le procès de Robert Brasillach.

Le célèbre romancier Jean Giono n’échappe pas non plus aux soupçons que les comités d’épuration nourrissent à son encontre. Jeté dans l’enfer des tranchées en 1914-1918, l’homme n’a jamais caché ses opinions pacifiques et son mépris de la brutalité nazie. Malgré tout, à l’époque de l’Occupation, il commet l’erreur de publier quelques nouvelles dans le magazine, La Gerbe, partisan d’une collaboration très engagée au profit du Reich. Giono n’a pas de sympathies précises pour le régime de Vichy mais le journal est le seul à lui offrir une place pour ses publications. Les lignes de l’écrivain provençal côtoient des articles nettement antisémites.
Quand les partisans communistes délivrent Manosque à l’Eté 1944, Giono est l’un des premiers inquiétés. Dénoncé pour sa participation aux colonnes de La Gerbe, il est emprisonné plusieurs mois. Sa libération n’intervient qu’en Février 1945 sans qu’aucune charge n’ait été retenue contre lui.

L’épuration rattrape aussi les industriels. Louis Renault paye au prix fort ses relations avec l’Occupant. En partie responsable de la victoire de 1918 (Il fournit aux Alliés un matériel militaire de qualité), l’homme dirige d’une main de maître la vaste entreprise familiale pendant l’Entre- Deux- Guerre. La production des usines de Billancourt atteint des chiffres record et lui donne la possession d’un immense empire commercial. Quand éclate le conflit en 1939, c’est naturellement vers lui que se tourne le gouvernement. Renault fournit à l’armée chars et véhicules, comme vingt ans plus tôt.
La défaite de 1940 et l’entrée de la Wehrmacht à Paris n’interrompent pourtant pas les activités de l’entreprise : les Nazis ont fort bien compris le parti qu’ils peuvent tirer des ateliers de montage de Billancourt. La société passe sous gestion allemande : désormais les ouvriers assemblent les camions de transport que les troupes du Reich utiliseront sur tous les fronts de la guerre.
Louis Renault n’est plus le patron de ses usines mais, plutôt que de fuir en zone libre, il demeure sur place. S’il remplit les commandes que lui passent les Allemands, il refuse néanmoins tout contact personnel avec eux.

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Louis Renault

Quand survient l’heure de la Libération, la presse le désigne comme l’un des plus coupables de la collaboration. De violents articles se déchaînent et réclament pour lui une justice exemplaire. Les communistes en font le symbole des luttes passées contre le capitalisme et l’enrichissement de la bourgeoisie d’affaires. Les accusations pleuvent de toutes parts : Renault aurait profité du conflit pour accroître sa production et réaliser d’intolérables profits avec les Nazis.
Les dénonciations finissent par éveiller les soupçons de la justice : le Garde des Sceaux du gouvernement provisoire transmet le dossier aux magistrats. On conseille à l’industriel de fuir en Suisse, le temps que les passions s’apaisent. Il refuse, estimant ne rien avoir à se reprocher. C’est donc librement qu’il se rend à la convocation du juge. Aussi, au terme de l’entretient, est-il stupéfait quand on lui signifie son inculpation. Il a beau protester de son innocence, il est incarcéré à la prison de Fresnes le 23 Septembre 1944.

Les conditions de la détention sont épouvantables : dans les cellules surpeuplées, les gardiens font régner une indicible terreur. Malheur à ceux que l’on soupçonne de compromission avec l’Occupant. Les règlements de compte sont nombreux la nuit venue. Louis Renault révèle à son épouse les craintes qu’il nourrit à juste titre pour sa vie. Il la presse d’obtenir au plus vite sa libération.
Le 4 Octobre, on le trouve sans connaissance, la tête enveloppée d’un bandage sanglant. Un témoin affirme avoir vu des surveillants lui asséner plusieurs coups sur le crâne au cri de « Vieux salaud ». On le fait examiner : un médecin découvre les blessures d’un traumatisme crânien compliqué d’une crise aigue d’urémie. Les douleurs sont telles qu’il se débat comme un possédé. Il est transféré dans un hôpital psychiatrique puis dans une clinique. Privé de soins, il sombre dans le coma et décède quelques jours plus tard.
Aujourd’hui encore, nul ne connaît l’identité des responsables de l’agression mortelle. Les pièces qui auraient pu fournir des pistes aux enquêteurs ont disparu. Louis Renault n’a jamais été jugé ni condamné pour les faits dont on l’accusait. En 1945, son usine passe aux mains de l’Etat.
 
Les tribunaux de la libération ne jugent pas seulement des hommes. Le procès de Joseph Darnand donne aussi l’occasion aux magistrats de condamner les activités criminelles de la Milice. Cette organisation militaire fondée en 1943 rassemble 35000 adhérents. Jusqu’à sa dissolution, elle s’engage au côté de l’Occupant, participe aux opérations conduites contre la Résistance, traque et débusque aussi bien les Juifs que les Communistes. Le chef emblématique en est Darnand, ancien combattant de 14-18, décoré pour sa bravoure et son enthousiasme. Dans les années 1930, il rejoint les ligues d’Extrême-Droite. De ses opinions politiques, il ne fait aucun mystère : hostile au régime républicain, profondément nationaliste et antisémite, il a pour Pétain une admiration sincère. Quand éclate la guerre, il reprend du service et obtient son affectation dans un régiment de chasseurs alpins. Il y accomplit plusieurs missions périlleuses.
La défaite de 1940 le rend à la vie civile mais l’installation du Régime de Vichy marque un tournant essentiel de sa carrière. C’est avec conviction qu’il se rallie à la Révolution Nationale. En Août 1941, il fonde le SOL (Service d’Ordre Légionnaire), une organisation militaire ouvertement favorable aux principes de la collaboration dont les membres consacrent leur activité principale à pourchasser et livrer aux Allemands les ennemis politiques de Vichy.

Bien que proche de Pétain, Darnand hésite à rejoindre les rangs du maquis lorsque les relations entre Laval et les Nazis se tendent. Mais la fidélité absolue qu’il témoigne au Maréchal le dissuade d’abandonner la cause de la Révolution Nationale. Jusqu’au bout, il restera au service de son maître.
En Janvier 1943, il réorganise le SOL qu’il remplace par la Milice. Il en devient le chef charismatique. Les adhérents sont tenus de prononcer un serment de fidélité : l’engagement auprès de l’Occupant suppose la participation aux combats menés contre les maquisards et les communistes.
Certains spécialistes de la période estiment que les intentions politiques de Darnand sont à ce moment de sa carrière d’utiliser le mouvement pour en faire l’ossature d’un régime authentiquement totalitaire. C’est d’ailleurs au cours de la même année que l’homme entre chez les SS. Sur les insistances d’Hitler, Pétain le nomme en 1944 « secrétaire d’Etat de l’Intérieur ».

Le souvenir de la Milice hante aujourd’hui encore la mémoire de ceux qui ont vécu la seconde guerre mondiale. L’organisation se donne toute entière à la collaboration : quand les Allemands attaquent le maquis des Glières, des troupes de miliciens se joignent à eux. Tortures, assassinats et brutalités sont les méthodes employées par les officiers à l’encontre de ceux que le mouvement traque sans se lasser. Les Miliciens portent la responsabilité de plusieurs massacres de civils (à Saint-Amand-Montrond le 11 Juin 1944 où plus de 80 habitants sont exécutées). C’est également sur leurs soins que des personnalités sont supprimées, tel Georges Mandel pour ses sympathies à la Résistance.
Les miliciens viennent de tous les horizons politiques et sociaux : déçus de la République, admirateurs du Maréchal, réfractaires au STO, mais aussi repris de justice et autres délinquants qui trouvent sous l’uniforme l’occasion de se livrer en toute impunité aux exactions les plus terribles.

Quand les Alliés entrent en France, le vent tourne brusquement. Désavoué par Pétain pour les excès de ses troupes, Darnand part se battre en Italie du Nord contre les Partisans. C’est là qu’il est arrêté en Juin 1945 par les Britanniques. Son transfert en France précède de peu son procès qui s’ouvre le 3 Octobre 1945 devant la Haute- Cour de Justice. Une semaine plus tard, il est fusillé au Fort de Châtillon.

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Joseph Darnand, chef de la Milice.

L’HEURE DU CHATMENT RETENTIT AUSSI EN ASIE.

Quand les dernières troupes japonaises offrent enfin leur reddition, les Alliés doivent, comme en Europe à la même époque, gérer l’immédiate après- guerre. Les régions du Pacifique ont violemment ressenti les agressions successives de l’Empire du Soleil Levant : destructions de villes et de villages, massacres systématiques de populations, déportations, expérimentations réalisées sur des prisonniers, le Japon n’a pas davantage épargné les vaincus que les Nazis en Occident.
La libération produit des effets identiques à ceux de l’épuration en France, en Italie ou en Allemagne : les collaborateurs sont éliminés, les criminels traqués, retrouvés puis arrêtés.

Si les Etats-Unis affirment sans ambiguïté possible leur volonté de juger puis de punir les principaux tortionnaires japonais, la présence encombrante de l’empereur Hirohito soulève maintes interrogations. Doit-on, au même titre que ses ministres, poursuivre le souverain ? Est-il bon de le destituer de ses fonctions politiques et en finir avec une dynastie vieille de plusieurs siècles ? Ce serait à coup sûr bouleverser en profondeur les traditions du pays, briser des repères sans âge, désorienter un peu plus encore une population anéantie par le poids insupportable de la défaite.
Les Américains envisagent surtout l’avenir : la crispation progressive des relations avec l’URSS inquiète le président Truman. Certes, il est indispensable d’imposer au Japon une tutelle sévère pour que ne se reproduisent pas les évènements de la décennie 1940. Mais Washington saisit le danger que pourrait produire une dislocation totale des cadres politiques de l’archipel. Staline guette les évolutions de la situation en Extrême- Orient : nul doute qu’une maladresse occidentale lui offrirait l’occasion d’entraîner le Japon dans le communisme. L’exemple de la Corée du Nord hante les Etats-Unis.

Hirohito profite donc de la situation tendue en Asie au lendemain de la guerre. En échange du renoncement à l’aura divin que lui offre sa fonction, principe incompatible à la culture Occidentale, il se maintient au pouvoir. S’il apporte de solides garanties quant à la démocratisation de son régime, il détourne de lui et de son entourage proche (Souvent lourdement impliqué dans les exactions de l’armée) toute poursuite judiciaire.

En revanche, pour les principaux responsables militaires de la dictature, nulle conciliation possible. Le 19 Janvier 1946, « un tribunal international pour l’Extrême- Orient » est crée sur le modèle de Nuremberg. Les magistrats nommés sont originaires des pays vainqueurs de la Guerre du Pacifique : Etats- Unis, Grande- Bretagne, France, URSS, Chine, Inde, Australie, Canada, Nouvelle- Zélande, Pays- Bas, Philippines.
Les faits jugés sont de trois catégories distinctes : la classe C pour les crimes contre la paix, la classe B pour les crimes de guerre et la classe A pour les crimes contre l’humanité.
Au total, près de 80 personnes comparaissent à la barre. Il s’agit essentiellement de militaires ou de responsables politiques (Ministres, ambassadeurs, conseillers…).

Une séance du procès de Tokyo.

Les débats s’ouvrent à Tokyo le 3 Mai 1946. Ils s’achèvent le 12 Novembre 1948. A l’issue de la procédure, sept accusés sont condamnés à mort et pendus (23 Décembre 1948), les autres écopent de peines d’emprisonnement allant de 7 ans à la perpétuité.
Parmi les coupables exécutés, le général Tojo. Ses responsabilités ministérielles (En 1940 il obtient le portefeuille de la Guerre) lui donnent la paternité de l’alliance militaire conclue avec Hitler et Mussolini. Les défaites successives de l’armée sur le front le contraignent à présenter sa démission. Son surnom familier, Kamisori (Ce qui signifie le rasoir), indique clairement s’il en était besoin sa participation aux crimes innombrables commis dans le Pacifique. 

Le général Tojo.

Autre accusé, également pendu, Koki Hirota. Cet homme politique accomplit une longue carrière de diplomate (Il dirige l’ambassade du Japon en URSS) avant d’occuper le poste de ministre des Affaires Etrangères puis de Premier Ministre en 1936. Sous son autorité, les troupes japonaises se livrent au massacre de Nankin en 1937. L’évènement lui vaut la potence.

Les verdicts rendus au terme du procès ont fourni matière à de nombreuses critiques. Si certains regrettent que Hirohito n’ait pas eu à répondre de son implication dans les exactions du conflit, il est maintenant certain que quelques coupables ont obtenu des Alliés une indulgence évidente en échange d’informations. Ainsi, les responsables de programmes d’expérimentations sur des prisonniers de l’unité 731 (Un terrible camp installé en Mandchourie) ne sont pas inquiétés parce qu’ils remettent aux vainqueurs les rapports consignant le résultat de leurs recherches.

Les travaux judiciaires du tribunal international sont achevés depuis très longtemps. Mais, ils suscitent aujourd’hui encore de vifs débats en Asie. Les visites régulières des premiers ministres japonais au sanctuaire de Yasukuni ravivent les blessures du passé. Le temple, créé en 1869, abrite les âmes de deux millions de soldats japonais morts pour la patrie au cours de guerres livrées dans le Pacifique. La décision d’admettre dans les lieux la présence de quatorze criminels condamnés au procès de Tokyo complique à présent le débat. Bien que les responsables politiques venus en pèlerinage à Yasukuni aient à chaque fois précisé le faire à titre personnel, les déplacements sont sujets à de très vives protestations des pays voisins. Se recueillir au sanctuaire est porteur de sens ; une façon, selon les plus impliqués dans la controverse, d’exprimer ses opinions nationalistes et tout ce que cela induit. Haut lieu du révisionnisme japonais, des comportements xénophobes de quelques uns ? Il est bien délicat d’y voir clair. D’autant plus que la présence d’un musée sur la Guerre du Pacifique à proximité du temple entretient la confusion : les exactions de l’armée japonaise y sont minimisées, la politique de conquêtes vue comme un moyen de défense contre l’influence occidentale.
Les querelles, les protestations, les flambées d’indignation ne sont pas encore éteintes. Mais, il est néanmoins évident que c’est entre les murs de ce sanctuaire polémique que la cohésion de la nation japonaise prend toute sa force.

La Seconde Guerre mondiale est à juste tire considérée comme la plus grande déchirure de l’Histoire humaine. Parce qu’elle introduit des traumatismes irréversibles (Le génocide juif, la première utilisation de la bombe atomique), elle pèse très fortement sur la façon dont les sociétés envisagent l’avenir et perçoivent leur passé. Les exactions commises sont d’une ampleur telle qu’elles nécessitent la définition de nouveaux concepts juridiques et la tenue de juridictions exceptionnelles pour punir les responsables. Les magistrats de Nuremberg ou de Tokyo ont travaillé dans un cadre inédit jusqu’alors, celui d’un tribunal à dimension internationale impliquant la participation de centaines de personnes. Avocats, procureurs instruisent des milliers de dossiers, examinent des faits perpétrés à une échelle mondiale. Leurs conclusions, leurs décisions sont soixante ans après les faits un objet d’études inépuisable pour les historiens. Les procédures ont-elles été parfaitement conduites ? L’impartialité a-t-elle toujours été au rendez- vous ? A chacun ses opinions. Assurément, une guerre mondiale ne s’achève pas d’un jour à l’autre. Il faut du temps, beaucoup de temps...

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