Les Hébreux, le peuple de la Bible. Quelques idées pour faire le point.

Les Hébreux sont l’un des nombreux peuples installés dans les contrées du Croissant Fertile depuis, au moins, le deuxième millénaire avant notre ère. Ils forment un ensemble de tribus dispersées et vivent surtout des troupeaux qu’ils élèvent. Ils n’ont pas de territore précis et se déplacent au cours des siècles entre le Tigre et l’Euphrate. Ils établissent certainement avec les grands empires de Mésopotamie des contacts réguliers.

Les archéologues pensent que les Hébreux ont, à un moment de leur histoire, choisi de gagner les rivages orientaux de la Méditérranée, sans que l’on connaisse précisément la date de cet événement. Des sources égyptiennes paraissent suggérer leur présence dans le Delta du Nil aux environs du XIV° siècle avant Jésus- Christ sans beaucoup plus de précision. Mais les scribes les distinguent mal des autres populations du Proche- Orient.

Les Hébreux se fixent finalement au Nord de l’Egypte, à l’Ouest de la Mer Morte et du Jourdain peut-être plus tôt que ne le dit la Bible. Ils se mêlent aux peuples de la région puis, semble-t-il, finissent par s’imposer. Ils fondent un royaume à la tête duquel se portent des rois dont l’existence est aujourd’hui démontrée : David, Salomon....

Après le X° siècle, Israël entre dans une période de divisions politiques. L’unité des tribus ne se maintient pas. Les querelles aboutissent à l’apparition de deux états rivaux : au Nord Israël, au Sud Juda. Les empires voisins profitent de la situation. Tandis que les Assyriens s’emparent d’Israël dont ils annexent le territoire (VIII° siècle avant Jésus- Christ), Babylone met la main sur Juda (VI° siècle avant Jésus- Christ) et contraint une part de la population à la déportation.

D’autres envahisseurs surgissent pendant les derniers temps de l’Antiquité : les Perses, les Grecs, les Romains. Au Moyen Age, les armées de l’Islam prennent aux Byzantins le contrôle de la région. Les occupations successives que subissent les Juifs conduisent beaucoup d’entre eux à se répandre tout autour de la Méditérranée d’abord puis à travers l’Europe.

1)La Bible : entre histoire et religion.

Les Hébreux ont laissé peu de traces de leur passé. Les historiens disposent pour mieux les connaître de quelques ruines archéologiques, d’inscriptions épigraphiques ou d’allusions imprécises. Les écrits bibliques fournissent en revanche beaucoup d’informations que les spécialistes ont examiné avec grand soin.

La Bible (En grec, cela signifie « bibliothèque ») est le livre sacré des Hébreux. Le terme souligne que la Bible est un ensemble de textes disparates, réalisés à des époques différentes et quelques fois issus de traditions très antérieures.
L’ancien Testament rassemble, entre autres, les épisodes de la Génèse, de l’Exode, des Juges, de Josué, des rois....Il rapporte l’Alliance (Testament) que les Hébreux ont passé avec le dieu d’Abraham et leur long voyage pour le Pays de Cannan où ils finissent par s’installer et fonder un royaume.
Le Nouveau Testament réunit pour sa part les évangiles (Mais pas seulement) et rappelle l’existence de Jésus. Il n’intéresse cependant que la seule foi chrétienne et ne concerne pas les croyances juives.

La Bible n’est pas un document historique parce qu’elle ne cherche pas à restituer des faits dans toute leur vérité. Elle offre seulement un enseignement religieux aux Hébreux.
Néanmoins, les spécialistes actuels pensent qu’il est possible de trouver parmi certains passages de l’Ancien Testament le souvenir plus ou moins reconstruit d’évènements réels. D’autres écrits s’inspirent de traditions anciennes surgies parfois des mythologies mésopotamienne.

2)Les personnages bibliques : entre légende et histoire.

De nombreux personnages peuplent les pages bibliques. Les historiens ont voulu savoir s’ils avaient vraiment existé et ont recherché des traces de leur vécu.

Abraham apparaît dès les premiers moments de l’Ancien Testament. Les traditions lui offrent un rôle essentiel. Il aurait reçu de son dieu la responsabilité de conduire les Hébreux au Pays de Canaan. Juifs, Chrétiens et Musulmans vouent à sa mémoire une profonde vénération. Les archéologues ne possèdent aucun indice de sa vie en Mésopotamie. L’épisode du sacrifice d’Isaac (Sacrifice interrompu à l’instant ultime), même s’il est très compliqué d’en évaluer l’historicité, évoque sans doute parmi les peuples cananéens la pratique de cérémonies religieuses au cours desquelles on immolait une victime humaine. Le texte porte aux Hébreux un enseignement (Seule la chaire animale pourra être servie comme offrande). Il permet à l’historien de cerner une évolution majeure des rites cultuels au Proche- Orient.

Moïse est l’autre figure incontournable de l’Ancien Testament. La Bible rapporte son abandon quelques jours après qu’il soit venu au monde. Livré aux eaux du Nil dans une fragile corbeille, il est finalement receuilli par la fille de pharaon. Les spécialistes ont montré que le récit reprenait probablement un mythe très antérieur (Sargon, le roi d’une vieille cité mésopotamienne avait lui aussi été déposé dans un panier à l’époque de ses premières heures. L’ embarcation avait parcouru les flots du fleuve avant qu’un homme charitable ne la découvre et n’en secourt le petit passager).
Les archéologues n’ont découvert en Egypte aucune mention claire de Moïse. Toutefois, la Bible aurait pu s’appuyer sur l’existence réelle d’un prêtre prêchant le monothéisme quelques décennies après Aménophis IV (Ce pharaon, dont les successeurs ont voulu effacer jusqu’au souvenir, porte la responsabilité d’une violente révolution religieuse sur les bords du Nil). On retrouve dans le nom même du patriarche biblique les traces d’une évidente influence égyptienne.

David et Salomon sont en revanche des personnages historiques confirmés. Ils ont vraissemblablement régné sur un royaume unifié. Néanmoins, les historiens éprouvent toujours du mal à cerner les aspects essentiels de leur personnalité et le contexte politique dans lequel ils vécurent. La Bible décrit Salomon comme un souverain d’une puissance sans égale. Il apparaît finalement que le monarque n’a été qu’un roitelet local aux pouvoirs beaucoup plus modestes qu’on ne le crût longtemps.

3)Les faits bibliques : entre histoire, croyances et religion.

Plusieurs épisodes bibliques sont aujourd’hui encore l’objet d’études scientifiques très précises. Les archéologues cherchent à en déterminer le degré d’authenticité.

Le déluge. Le livre de la Génèse consacre à l’évènement une part importante de ses pages. Le récit évoque le cataclysme dont Dieu porte la responsabilité pour punir les hommes. La Bible rapporte que les pluies se prolongèrent plusieurs mois et que les eaux finirent par recouvrir la Terre entière.
Les fouilles entreprises au Proche- Orient ont apporté leurs conclusions : rien ne semble indiquer que, par le passé, se soit produite une catastrophe d’une ampleur comparable à celle de la Génèse. En revanche, le passage pourrait rappeler le souvenir d’innondations dramatiques après des crues anormalement élevées dans les régions du Tigre et de l’Euphrate. Le thème du déluge est d’autre part commun à plusieurs civilisations. On le retrouve en Mésopotamie à travers la légende Gilgamesh, en Grèce, en Inde et même dans certaines cultures précolombiennes.

Le séjour des Hébreux en Egypte. La Bible raconte les temps difficiles du peuple Hébreux lorsque celui-ci se trouve en Egypte. Les pages de l’Ancien Testament décrivent les corvées imposées par le pharaon, les travaux épuisants sur les chantiers de construction. Pourtant, les scribes paraissent étrangement silencieux quant à la présence des Hébreux sur les rives du Nil. Si des tribus nomades sont certainement venues se fixer dans les régions fertiles du Delta, elles étaient sans doute bien moins importantes que la Bible ne le suggère. D’autres part, elles n’ont sûrement pas été réduites en esclavage comme les textes veulent le montrer. Les ouvriers employés à l’édification des palais ou des tombeaux pharaoniques étaient des hommes libres (Artisans, paysans au moment de la crue....). L’esclavage est une donnée économique appararmment absente de l’Egypte ancienne.

Le passage de la Mer Rouge. Le récit ne repose sur aucune réalité historique démontrée. Des scientifiques ont néanmoins cherché à découvrir les explications pouvant laisser supposer qu’à un moment de l’histoire la Mer Rouge se soit brutalement retirée. Certains avancent l’hypothèse de phénomènes géologiques suffisamment puissants pour boulverser les équilibres naturels de la région. Les débats ne sont pas sur le point de se clore.
Quoi qu’il en soit, l’épisode offre aux Hébreux un enseignement religieux essentiel car il rappelle l’alliance que le peuple de Moïse passe avec son dieu (Alliance inscrite sur les Tables de la Loi).

L’installation à Canaan. Selon les traditions bibliques, les Hébreux seraient venus s’installer massivement à Canaan après la mort de Moïse. Les douze tribus auraient traversé le Jourdain puis occupé les territoires de la Mer Morte. Les historiens ont montré que les descrptions du livre des Juges ou de Josué ne correspondent pas aux réalités de l’époque. Aucune migration comparable à celles données dans l’Exode ne s’est produite sur les rives orientales de la Méditérranée. A l’époque (XIII°-XII° siècles avnt Jésus- Christ), les pharaons contrôlent le pays et en surveillent l’accès. Si des groupes de nomades venus du Sud sont parvenus à s’infiltrer discrètement, ils ont rapidement fusionné avec d’autres tribus déjà présentes sur place. Il est d’après les spécialistes à peu près certain que les premiers Juifs étaient cananéens depuis bien plus longtemps qu’on ne l’a suggéré.

La prise de Jéricho. Les conquêtes foudroyantes de Josué, dont la Bible rapporte toutes les péripéties, sont aujourd’hui contestées. La destruction célèbre de Jéricho (au son des seules trompettes) relève bien davantage du mythe que d’un vécu historique. Les travaux archéologiques réalisés montrent qu’à l’époque des faits, la cité fortifiée n’est qu’un site très modeste dépourvu de murailles défensives. Sans doute l’assaut du récit biblique se résume-t-il à un affrontement limité. Des destructions mentionnées, les scientifiques n’ont décelé aucun signe. Il semble que la région n’ait pas subi de boulversement politique au temps où le livre des Juges place l’évènement.

Le combat de David contre Goliath. Goliath marque profondément les esprits. Sa taille extraordinairement élevée laisse penser que ce personnage relèverait d’un récit légendaire. Les archéologues n’ont retrouvé aucune trace de son existence. Pourtant des experts modernes ont pu prouver qu’une malformation génétique située dans les régions cérébrales pouvait affecter ceux qui en étaient victimes d’une croissance anormale. Les textes de l’antiquité évoquent souvent la présence de géants. Goliath, bien qu’il soit aujourd’hui très difficile de montrer son historicité, rappelerait le souvenir d’hommes (et de femmes) immenses. Souvenir que des découvertes archéologiques récentes paraîssent confirmer.
La description du duel entre le guerrier philistin et David offre aux Hébreux un enseignement religieux et évoque l’Alliance que ceux-ci ont passé avec leur dieu.

La Bible est avant tout le livre d’une société monothéiste, patiemment élaboré pour ses besoins spirituels. Les textes qu’elle contient proposent non pas le témoignage du passé hébreux mais une suite d’enseignements religieux à conserver comme autant d’exemples. Néanmoins, l’Ancien Testament peut éclairer les historiens quand ils cherchent à découvrir ce que furent les premiers ancêtres du peuple juif.