Massacre de Katyn : pour une fois, les Nazis n’étaient pas les coupables.

L’URSS n’a pas été de tout temps l’ennemie acharnée du Nazisme. Certes, à partir de 1941, quand les armées du Reich pénètrent en Union Soviétique, Staline se range naturellement aux côtés des Anglo-américains. Mais les positions du dirigeant slave n’ont pas toujours été aussi claires. En août 1939, à quelques jours de l’invasion de la Pologne, il accepte l’alliance contre-nature que lui propose Hitler. En échange d’une neutralité bienveillante une fois les troupes du führer engagées à l’Est, il obtient la possibilité d’annexer les régions orientales du territoire polonais. Le 3 Septembre, sans déclaration de guerre, les Allemands franchissent la frontière et marchent sur Varsovie. Le 17 Septembre, l’armée Rouge entre à son tour en action et occupe les zones que les Nazis lui ont laissées.

Quelques années plus tard, le vent a tourné. L’URSS est encore en guerre mais cette fois, l’enjeu n’est plus le même. L’allié de la veille est devenu l’envahisseur qui marche à travers les plaines d’Ukraine et de Russie. Du coup, les régions orientales de la Pologne, sous contrôle soviétique deux ans auparavant, sont passées aux mains du Reich.

Le 13 Avril 1943, la radio de Berlin annonce la découverte par les soldats allemands d’un immense charnier dans la forêt de Katyn. Les militaires mettent à jour une fosse de plusieurs mètres de profondeur contenant les corps de 4500 officiers polonais, tous exécutés d’une balle dans la nuque. Hitler envoie sur place une commission d’enquête qui conclue que la responsabilité du massacre revient aux Soviétiques. Bien évidemment, le régime nazi récupère l’affaire pour en tirer tout le profit nécessaire à des fins de propagande. L’occasion est trop belle de mettre en valeur à travers l’évènement la barbarie stalinienne. Immédiatement, Moscou réfute les accusations de l’adversaire et parle d’une sordide machination destinée à faire endosser au régime les crimes perpétrés par la Wehrmacht.

Au moment de la libération de la Pologne, Staline envoie à son tour une commission d’enquête chargée de faire toute la lumière possible sur le massacre. Ses conclusions sont formelles : la culpabilité des Nazis ne fait aucun doute. Les Occidentaux s’intéressent également aux assassinats de Katyn. Une troisième équipe d’experts, américains ceux-là, se rend sur place. Les examens menés montrent que les Soviétiques sont bel et bien à l’origine du tragique charnier. Pour une fois, les Nazis sont totalement étrangers aux tueries. Mais l’URSS s’acharne à démentir toute implication et campe sur ses positions : l’armée Rouge est au dessus de tout soupçon....

Lors du procès international de Nuremberg, le juge soviétique manœuvre pour rajouter dans la liste des chefs d’accusations qui pèsent sur les dirigeants nazis le massacre des officiers polonais. Mais la responsabilité soviétique est tellement évidente que les Américains, les Français et les Britanniques n’ont pas de mal à faire échouer les agissements de l’URSS. Nulle mention n’est faîte des exécutions dans le verdict dressé contre les accusés. C’est pour Staline un humiliant camouflet.

Jusqu’en 1990, l’Union Soviétique garde la même ligne de conduite : officiellement, la responsabilité du massacre pèse sur les troupes de la Wehrmacht. Mais, il y a bien longtemps que la thèse élaborée par Staline ne convainc plus personne. Les détails de l’affaire sont dès le début révélés par les commissions d’enquête américaines. En 1939, des milliers de militaires polonais tombent entre les mains de l’Armée Rouge. Les simples soldats sont rapidement libérés mais les officiers, éduqués, cultivés, sont éliminés sur ordre de Staline, comme agents travaillant à la solde des puissances occidentales. Chaque jour, à partir d’Avril 1940, une centaine d’entre eux sont transférés par train jusqu’aux environs de Katyn. Conduits au cœur de la forêt, ils sont abattus d’une balle, à proximité de la fosse commune. Au bout de plusieurs mois, le nombre de victimes s’élève à 4500.

Quand l’URSS disparaît en 1991, les dirigeants soviétiques reconnaissent l’entière responsabilité de l’Armée Rouge et de Staline dans le massacre.

Les conclusions de ce tragique évènement n’enlèvent rien à la barbarie hitlérienne. Mais, il faut bien admettre que pour une fois, les Nazis ne sont pas les coupables de ce crime collectif. En revanche, les victimes de Katyn ajoutent sur le régime stalinien déjà bien sombre une touche macabre...