Un tableau célèbre du XIX° siècle : « La Liberté guidant le peuple »


SOMMAIRE.

I. Quelques informations sur ce tableau et son auteur.

II. Le sujet du tableau.

III. Ce qu’il faut savoir repérer dans ce tableau.


I. QUELQUES INFORMATIONS SUR CE TABLEAU ET SON AUTEUR.

C’est en 1830 qu’Eugène Delacroix réalise ce tableau aux dimensions très particulières. (2,60 mètres de hauteur, 3,25 mètres de longueur.). Cette œuvre magistrale est de nos jours visible dans l’une des nombreuses galeries du palais du Louvre.

Delacroix est né en 1798. Il serait (Rien n’a jamais été clairement prouvé) le fils naturel de Talleyrand, un homme politique de premier plan du XIX° siècle. Il accomplit ses études au lycée Louis-Le-Grand, l’un des établissements scolaires les plus prestigieux de Paris. Il est de bonne heure attiré par la peinture. Il réalise au cours de sa vie de très nombreux chefs- d’œuvres que le Louvre expose depuis fort longtemps maintenant. Certaines des compositions de l’artiste ont parfois profondément choqué la société de l’époque par leurs mises en scène osées. Mais, de nos jours, chacun s’accorde pour reconnaître l’immense talent de l’homme. Delacroix est mort en 1863 dans son atelier parisien, usé par le travail.

II. LE SUJET DU TABLEAU.

Delacroix réalise ce tableau au cours d’une période profondément troublée par les incertitudes politiques du pays. En 1830, Charles X, le frère du malheureux Louis XVI, sent son pouvoir lui échapper. Le souverain, par sa volonté de rétablir au plus vite la Monarchie Absolue telle qu’elle existait à la veille de la Révolution, fait preuve d’une coupable maladresse. Le peuple parisien, attaché au souvenir de 1789, s’agite et, quand, en Juillet 1830, les autorités suspendent les grandes libertés contenues dans la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, la révolte se déchaîne. A l’issue de trois journées d’insurrection dans les rues de la capitale, durant lesquelles le sang coule sur les pavés, le roi s’enfuit à l’étranger. (27, 28 et 29 Juillet 1830).

Delacroix est un peintre engagé, c’est-à-dire qu’il a des convictions politiques bien affirmées. Comme la plupart de ses compatriotes, il garde en mémoire le souvenir glorieux de la Révolution Française et défend les idées nouvelles que celle-ci a apportées au pays.

Soucieux d’exprimer tout le soutien qu’il peut porter aux insurgés de 1830, il choisit de mettre son art au service de leur cause. Il représente donc à travers cette toile un épisode des combats qui opposent les Parisiens aux troupes royales.

III. CE QU’IL FAUT SAVOIR REPERER DANS LE TABLEAU.

L’œuvre n’a pas seulement une fonction esthétique. A travers elle, Delacroix veut aussi faire passer un message, ses choix politiques. Il aurait pu choisir pour cela d’utiliser la plume. Il préfère se servir de ses pinceaux qu’il manie avec bien plus de talent. Les personnages que l’on découvre sur le tableau n’ont pas été peints par hasard. Ils sont là pour une raison bien précise. Chacun est à lui seul le symbole d’une idée, d’un comportement, d’une manière d’envisager la société de l’époque.

-LA FEMME BRANDISSANT LE DRAPEAU TRICOLORE.

C’est le personnage le plus important de la composition. Il est au centre de la scène, légèrement surélevé par rapport aux autres figures, largement éclairé d’une étrange lumière. Cette femme, comme le suggère la tenue vestimentaire très simple qu’elle porte, vient sans doute des milieux les plus modestes de la capitale. (Artisans, ouvriers). Elle est en fait le produit de l’imagination de Delacroix. Sous les traits de cette Parisienne, un peu vulgaire, c’est la Liberté qu’il faut reconnaître. Comment représenter en peinture une notion aussi abstraite si ce n’est sous l’apparence d’un corps féminin ? Le petit bonnet rouge qui recouvre la chevelure du personnage, pareil à celui dont se coiffaient les esclaves de l’Antiquité une fois affranchis, indique qu’en soutenant cette singulière insurgée qui brandit le drapeau, le peuple ne suit rien d’autre que la Liberté pour laquelle il se bat.

-LE JEUNE GARCON ARME.

Auprès de la Liberté, un enfant d’une dizaine d’années porte deux pistolets. L’artiste n’a rien laissé au hasard : la présence de ce petit garçon qui rappelle beaucoup le Gavroche de Victor Hugo dans les Misérables est également symbolique. Delacroix met l’accent sur l’idée que l’insurrection de 1830 rassemble les Parisiens au-delà des générations. Pendant les combats sur les barricades, les plus jeunes sont employés à des tâches souvent périlleuses : bravant la fusillade, beaucoup récupèrent sur les morts ou les blessés armes et munitions qui permettent de poursuivre la lutte.

D’autre part, l’enfant du tableau est également le symbole de Paris. Dans les rues de la capitale, ils sont des milliers comme lui, souvent sans famille, vivant d’un petit métier ou de vols. Au XIX° siècle, la population parisienne est beaucoup plus jeune qu’elle ne l’est actuellement.

-L’ ETUDIANT ARME D’UN FUSIL.

Derrière la Liberté, un homme coiffé d’un haut chapeau et habillé de manière plus élégante que ses compagnons, tient dans ses mains un fusil. Il peut faire songer à un bourgeois mais Delacroix a voulu représenter sous ses traits le monde étudiant. Paris est à l’époque une ville où l’on vient s’instruire. Des milliers d’adolescents fréquentent les bancs de l’Université ou des écoles les plus prestigieuses. Beaucoup d’entre eux sont hostiles au régime réactionnaire de Charles X et nourrissent l’espoir d’un retour rapide de la République. Ils sont donc des centaines à défendre les barricades. En peignant ce personnage un peu singulier, l’auteur rappelle la participation active du monde étudiant aux affrontements.

-L’ OUVRIER AU SABRE.

Derrière l’étudiant, un ouvrier que l’on reconnaît à sa tenue très modeste brandit un sabre. La réalisation de ce personnage suggère que le monde artisanal et industriel participe aussi à la révolte. Delacroix souligne par ce procédé que Paris est en 1830 une ville en pleine croissance économique. Les quartiers populaires du Nord de la capitale attirent de plus en plus d’hommes et de femmes venus des campagnes cherchant à s’employer dans les usines.

-LE PAYSAN BLESSE.

Les combats se déroulent essentiellement dans un cadre urbain. Les évènements parisiens trouvent finalement assez peu d’échos dans les campagnes. Mais l’artiste intègre le monde rural à cette aspiration nouvelle de liberté. Il représente donc un paysan que l’on reconnaît au foulard qu’il a noué autour de sa tête (pour se protéger du soleil quand vient le temps des récoltes). Mais l’homme, à terre, est blessé. Il contemple la Liberté avec admiration comme le montre son attitude.

La structure générale du tableau, la position des protagonistes de la scène les uns par rapports aux autres ne sont pas le fruit du hasard. Imaginons un instant que l’on trace à travers la toile une ligne horizontale frôlant le pied gauche de la Liberté. On remarque alors que les personnages situés en dessous de cette ligne ont tous succombé. (Un soldat de l’armée royale, un insurgé dévêtu...). Le teint blafard des visages, les membres décharnés évoquent le thème de la mort. En revanche au dessus de cette ligne de partage, se trouve le monde des vivants : des hommes debout qui poursuivent la lutte, en mouvement.

L’attitude du paysan blessé est particulière. La partie supérieure de son corps appartient encore au monde des vivants. Mais, ses jambes, elles, ont déjà disparu dans la partie inférieure du tableau. Il semble happé inexorablement par la mort et s’apprête à rejoindre ceux qui ont perdu la vie.

Deux autres symboles ne peuvent passer inaperçus sur cette toile.

-En arrière-plan, dissimulée par les fumées de la fusillade, Notre- Dame- De- Paris souligne que la révolution de 1830 a pour cadre les rues pavées de la capitale.

- Le drapeau tricolore que brandit la Liberté symbolise tous les acquis de la Révolution de 1789 et l’espérance du peuple parisien qui se rassemble derrière les trois couleurs traditionnelles du pays.

A travers ce tableau (qui lors de sa première exposition a fait scandale parce que la société de l’époque a mal accepté que la Liberté puisse être symbolisée par une femme à l’allure plutôt vulgaire, dont la robe ne dissimule pas la poitrine), Delacroix a voulu mettre en scène l’union des Français, quelles que soient leurs origines sociales, derrière les grands principes de 1789 et l’aspiration générale à la Liberté qui est la leur. L’artiste veut éveiller chez ceux qui contemplent son oeuvre le patriotisme qui a largement animé la révolution de Juillet 1830.