Ce qu’il faut retenir de Clovis et des Mérovingiens.

Le dernier empereur romain d’Occident, Romulus Augustule (Surnom ironique que l’on pourrait rendre par Romulus « le petit Auguste ») est un tout jeune garçon sans pouvoir. En 476, un chef barbare installé en Italie, Odoacre, renverse le petit souverain. L’évènement est symbolique car il achève les temps de l’Antiquité gréco-latine et ouvre la période médiévale. Néanmoins, les historiens le soulignent aujourd’hui, la déchéance du prince passe inapperçue des populations de l’époque. Les barbares ont franchi les frontières de l’empire depuis longtemps et imposé leur autorité sur de nombreuses provinces du monde romain.

Tandis que les Ostrogoths contrôlent la péninsule italienne, les Wisigoths se répandent du Sud de la Gaule à l’Espagne. Les Vandales ont traversé le détroit de Gibraltar et pénètrent le Nord de l’Afrique. Les Alamans se maintiennent sur des espaces correspondant, en gros, à l ’Allemagne actuelle. Les Francs conservent la maîtrise de territoires situés autour du Rhin, entre la Gaule, la Belgique et les Pays Bas d’aujourd’hui. Comme leurs voisins, ils forment un peuple de guerriers redoutables mais ils sont divisés en clans à la tête desquels des roitelets tentent d’étendre leurs pouvoirs.

1)Qui est Clovis ?

Les débuts de Clovis sont mal connus. Son père, Childéric, règne sur la région de Tournai. Quand il meurt vers 482 (Il est très difficile d’obtenir une date plus précise), Clovis lui succède. Le nouveau souverain est jeune, il a environ 15 ans. Les traditions barbares ignorent encore la cérémonie du couronnement : grimpé sur un bouclier soutenu par deux soldats, Clovis reçoit l’ acclamation de ses troupes dont il devient, alors, le chef légitime.

Le roi est ambitieux. En quelques années, il obtient la soumission des autres tribus franques et fait exécuter ses adversaires. A la tête d’un peuple unifié, il étend ses territoires vers le Sud et l’Est.
En 486, il affronte le romain Syagrius et remporte sur lui une belle victoire à Soissons. En 496, il bouscule les Alamans à Tolbiac (Il frôle d’ailleurs la défaîte) puis repousse les puissants Wisigoths de l’autre côté des Pyrénées après son succès de Vouillé en 507. A sa disparition (Novembre 511), il laisse un royaume élargi et installé sur une large partie de la Gaule.

2)Clovis et son baptême.

Clovis est le premier roi barbare à se convertir au catholicisme. Il est baptisé à Reims par l’évêque de la ville, Rémi. La date de la cérémonie demeure incertaine (Sans doute vers 496). Les historiens ont cherché à savoir pour quelle raison le guerrier franc avait choisi de renoncer à ses idoles et embrassé la foi chrétienne.

Un écrivain célèbre de l’époque mérovingienne, Grégoire de Tours, explique dans son livre, l’histoire des Francs, que Clovis aurait promis sa conversion si « le dieu du Christ » (Selon le récit de l’auteur) lui offrait la victoire sur les Alamans, à Tolbiac.

Le fondateur de la dynastie mérovingienne recherche surtout le soutien des évêques de son royaume. La Gaule est un pays christianisé depuis les III°-IV° siècles. Les pouvoirs de l’Eglise sur la société y sont puissants. Le roi veut rallier à lui les populations catholiques de ses territoires. La cérémonie du baptême le place aussi au dessus des autres souverains barbares.
La conversion du chef franc est un moment essentiel de notre histoire car elle ouvre la voie d’une alliance entre la royauté et la religion. Les successeurs de Clovis préserveront ce rapport privilégié à l’Eglise et s’imposeront comme les protecteurs de la foi.

3)Clovis et ses pouvoirs.

Un épisode fameux révélé par Grégoire de Tours dans ses récits explique la nature du pouvoir de Clovis. Après la victoire de Soissons, le Mérovingien réclame à ses guerriers le droit de conserver un beau vase qu’il réserve pour l’évêque de Reims. Les coutumes franques prévoient que le butin remporté sur l’adversaire soit partagé de manière équitable entre le chef et ses soldats. L’un des combattants s’emporte et refuse au souverain ce qu’il demande avant de casser le magnifique objet. Une année plus tard, le roi le retrouve, à l’occasion d’une revue militaire. Il fait observer à l’homme le mauvais état de son équipement et jette ses armes à terre. Comme le guerrier se penche pour ramasser sa francisque, Clovis lui brise le crâne de sa propre lame et murmure : « Voici ce que tu fis au vase de Soissons ».

Le texte évoque un aspect important de la royauté franque : Clovis tient ses pouvoirs des guerriers qui l’ont acclamé à la disparition de Childéric. A ce titre, le peuple attend de lui qu’il respecte les coutumes anciennes et répartisse équitablement le butin saisi. Le vainqueur de Syagrius est avant tout un chef de guerre. Sa puissance repose principalement sur sa capacité à mener ses troupes au combat et à les récompenser quand la victoire est enfin acquise.

Néanmoins, les représailles exercées à l’encontre du soldat dévoile une part du caractère de Clovis. Le souverain impose par là son autorité à l’armée qui le suit lors de ses campagnes militaires. Il dispose du droit de vie et de mort sur ceux qui l’entourent et inspire à ses propres hommes un sentiment de crainte.

4)Les successeurs de Clovis : la dynastie des Mérovingiens.

Clovis meurt en 511. Il partage le royaume entre ses quatre fils, ainsi que le prévoient les usages francs (Les Mérovingiens envisagent les territoires sur lesquels ils règnent comme des biens patrimoniaux que l’on répartit entre ses héritiers). Les frères ne s’entendent pas et se livrent d’interminables guerres pour étendre leurs pouvoirs. Le dernier d’entre eux, Clotaire, profite de la mort de ses ainés pour contrôler l’ensemble de la Gaule. A sa disparition (561), le pays est une fois encore divisé. Les successeurs du roi défunt obtiennent chacun une part des domaines familiaux mais ils finissent par se déchirer au cours de conflits sanglants. La dynastie s’épuise dans ses luttes fratricides. Les descendants de Clovis sont rapidement incapables de gouverner le royaume. Beaucoup périssent assassinés, victimes de complot et atteignent à grand-peine l’âge adulte (Quelques uns laissent néanmoins d’eux un souvenir brillant, tel le célèbre Dagobert).

Au VIII° siècle, les Maires du Palais (A l’origine, ces personnages veillent à la bonne organisation des résidences royales) rassemblent entre leurs mains de plus en plus de pouvoirs politiques et contrôlent la personne des souverains. L’un d’eux, Pépin le Bref, renverse le dernier héritier mérovingien en 751 et s’impose comme le nouveau maître de la Gaule. La dynastie qu’il fonde se maintient jusqu’au X° siècle : les Carolingiens.

5)La société mérovingienne : entre culture chrétienne et culture barbare.

Les rois mérovingiens ont conservé certains usages barbares (Les vengeances familiales entretiennent un climat perpetuel de violences) mais ils sont aussi convertis au catholicisme. L’Eglise garde une influence essentielle sur la société. L’aristocratie franque prend l’habitude d’inscrire sur ses tombeaux des symboles chrétiens. Les évêques ont de nombreux rapports avec les souverains. Ils administrent les villes où siègent leurs cathédrales. Ils protègent les héritages de la culture latine.