Collège Robert Doisneau
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6 janvier 2006

1er Juillet 1916 : la journée la plus meurtrière de la première guerre mondiale.

Au cours de la première guerre mondiale, près de 5000 soldats trouvent la mort, chaque jour sur l’ensemble des fronts. Au terme des deux premières années de combats, la France déplore déjà la perte de 600000 hommes. En 1917, l’offensive tragique du Chemin des Dames coûte la vie à plus de 270000 fantassins. On pourrait multiplier à l’envie les données chiffrées : toutes indiqueraient que les tueries de 14-18 prennent une ampleur encore inconnue en ce début de XX° siècle.

Plusieurs dates que les mémoires ont retenu jalonnent les principales étapes des hostilités : le 2 Août 1914 (Début de la guerre), le 21 Février 1916 (Offensive allemande sur Verdun qui signale le début d’un terrible affrontement durant lequel plus de 500000 combattants disparaissent), le 11 Novembre 1918 (Armistice qui sonne la délivrance de millions de personnes, tant à l’arrière que dans les tranchées).

La journée du 1er Juillet 1916 mériterait tout autant que l’on se souvienne d’elle. Elle marque les premières heures de l’offensive franco-britannique sur les positions allemandes de la Somme, dans la région de Péronne. Mais elle est aussi l’un des moments les plus tragiques de la guerre : jamais, entre 1914 et 1918, autant de soldats ne sont tombés en vingt quatre heures sur un champ de bataille. Que s’est-il passé pour que ce début d’été 1916 devienne l’épisode de loin le plus sanglant- bien davantage que l’attaque sur Verdun ou sur le Chemin des Dames- de ce que les anciens combattants devaient par la suite appeler « la der des ders ».

En Juin 1916, alors que Français et Allemands se livrent des combats atroces sur les rives de la Meuse depuis de longs mois, le général britannique, Sir Douglas Haig prépare minutieusement une offensive de vaste ampleur sur la Somme. Son objectif, sur le papier, est simple : écraser les positions de l’ennemi sous un déluge de feu et d’acier puis envoyer à l’assaut ses troupes afin d’opérer sur le front une important brèche par laquelle pourrait ensuite s’engouffrer la cavalerie.

Fin Juin 1916, l’artillerie anglaise entre en action. Pendant une semaine, des centaines de milliers d’obus frappent les tranchées allemandes sans discontinuer. Le 1er Juillet, aux petites heures du matin, deux mines, placées par les sapeurs britanniques sous la première ligne adverse, explosent. La puissance des engins est telle que les objectifs visés par le dispositif meurtrier disparaissent.

A 7h30, l’infanterie se met en mouvement. Le général Haig est persuadé que les bombardements des jours précédents ont accompli la tâche à laquelle ils étaient destinés : anéantir la résistance de l’ennemi, permettre aux troupes britanniques de franchir sans encombre les lignes d’en face. C’est là une terrible erreur d’appréciation. Les tirs d’artillerie n’ont pas été assez précis et puissants : malgré quelques dégâts notoires, les tranchées allemandes demeurent dans leur ensemble intactes. Les fantassins du Kaiser redoutent une attaque imminente : ils ont eu le loisir de se préparer à repousser les bataillons de la Couronne d’Angleterre.

Les premiers à s’élancer à l’assaut sont des hommes venus de Terre- Neuve, une petite île du Nord de l’Atlantique, proche du Canada. Haig est tellement certain de sa victoire qu’il demande à ses soldats de marcher au pas, sans précipitation, fusil levé haut. Chaque combattant s’est en outre chargé d’un matériel encombrant et lourd : pinces coupantes pour sectionner les fils barbelés, pelles pour creuser des passages sous les chevaux de frise. Le tout atteint souvent une trentaine de kilos qu’il faut supporter sur ses épaules et qui, surtout, gêne considérablement les mouvements.

Entre les tranchées britanniques et les premières positions adverse il y’a environ 500 mètres à parcourir, sur un terrain fortement incliné, n’offrant aucune protection aux assaillants. Ceux-ci progressent donc sans pouvoir se dissimuler : pour les mitrailleuses allemandes, ils deviennent des cibles idéales, particulièrement vulnérables.

Impréparation des soldats britanniques qui sont surtout des volontaires sans expérience de la guerre, graves imprécisions de l’Etat- Major, excès d’optimisme du général Haig qui n’a pas su apprécier les réalités de la situation, tous les éléments sont réunis pour un affreux bain de sang qui se produit d’ailleurs dès les premières minutes de l’assaut.

En quelques instants, les rafales allemandes fauchent par dizaines les engagés de Terre- Neuve. En une demi-heure, 90% de leur régiment succombe. Dès cet instant, il apparaît que l’offensive mal organisée ne peut s’achever que sur un horrible désastre dont personne n’a su prédire le caractère inéluctable. Mais Haig, plutôt que d’envisager une retraite que la logique impose tout naturellement, s’acharne. Toute la journée du 1er Juillet, les vagues d’assaut se succèdent, les unes après les autres sans donner de meilleurs résultats. Des bataillons entiers sont anéantis sur place, avant même de s’être mis en marche. Les régiments de Néo- Zélandais, d’Irlandais venus d’Ulster payent le plus lourd tribut. Les Royal Dublin Fusilliers, volontaires eux aussi, essuient de très lourdes pertes au cours de la journée.

Au soir du 1er Juillet 1916, le bilan est inimaginable. Les quelques heures qui viennent de s’écouler sont- et seront jusqu’en 1918- les plus sanglantes de la guerre. Les Britanniques dénombrent des pertes s’élevant à près de 60000 hommes, dont au moins 20000 morts. Les Allemands sont eux aussi particulièrement éprouvés par les combats : 20000 d’entre eux ont été tués au cours de l’engagement auxquels il faut ajouter des milliers de blessés.

L’offensive de la Somme a débuté de la manière la plus tragique qu’il était possible d’imaginer. Mais elle se poursuit durant cinq mois entier pour obtenir en fin de compte des résultats très en dessous de ceux qu’espérait le général Haig. Les troupes britanniques, soutenues par leurs alliés français, réalisent une avancée d’à peine 10 kilomètres. Pour ce piètre bilan, près de 500000 vies, toutes nationalités confondues, auront été nécessaires.

Les opérations militaires ont profondément bouleversé la région : les villages à proximité du font n’ont pas résisté à l’action meurtrière de l’artillerie. La ville de Péronne, enjeu majeur de l’offensive, a subi les destructions des bombardements : les centaines d’obus qui se sont abattus sur les lieux ont mutilé durablement des quartiers entiers. Aujourd’hui, 90 ans plus tard, les plaies sont cicatrisées, les hommes ont reconstruit. La guerre 14-18 demeure pourtant présente dans les mémoires. Son souvenir s’est inscrit pour très longtemps dans le paysage apaisé. Un mémorial (Celui de Péronne), les milliers de tombes des grands cimetières militaires dédiés aux combattants rappellent que la Somme a aussi été, au même titre que Verdun, une région victime du premier conflit mondial.

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Un soldat britannique transportant un camarade blessé. Le général Haig.

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