20 Avril 1889 : jour funeste pour l’humanité...

Quelle a pu être l’enfance du responsable direct de la seconde guerre mondiale et du génocide juif ? Bien des spécialistes se sont penchés sur la personnalité complexe d’Hitler. Beaucoup ont recherché les clés permettant de mieux saisir et comprendre les convictions terriblement meurtrières du dirigeant nazi. Aujourd’hui encore, historiens et psychiatres s’intéressent de près aux jeunes années du Führer parce qu’ils espèrent y découvrir l’évènement, l’anecdote, voire la blessure révélant les origines profondes de l’antisémitisme que celui-ci n’a jamais cessé de nourrir.

Cette démarche est parfois dangereuse. Un fait, qu’il soit anodin ou de portée considérable, ne détermine pas à lui seul le caractère d’un homme.

Concernant la haine qu’Hitler vouait au peuple juif, beaucoup de rumeurs ont circulé, les suppositions de tout ordre n’ont pas manqué.

On a, entre autre, avancé l’idée que le dictateur n’aurait jamais pardonné au médecin Bloch, de confession judaïque, la mort de sa mère, Clara, victime d’un cancer mal soignée en 1907.

On a cru que l’échec du personnage au concours d’entrée de l’académie des Beaux Arts de Vienne en 1907 et en 1908 lui aurait inspiré de violents sentiments antisémites parce qu’un examinateur juif occupait une place dans les jurys de délibération.

La réalité n’est pas si simple et ces deux exemples n’expliquent pas à eux seuls le génocide des années 1940.

Beaucoup d’encre a coulé sur les origines du dictateur. Ses adversaires ont toujours entretenu le doute quant à son ascendance. Du sang juif aurait-il coulé dans ses veines ? Rien n’a jamais été prouvé. La rumeur est née d’une incertitude concernant l’arbre généalogique familial. Le père d’Hitler était le fils naturel d’une domestique au service de riches bourgeois. Celle-ci fût-t-elle abusée par son employeur (que certains prétendent de confession judaïque.) ? Nul ne sait véritablement. Quand elle se maria, son époux Johann Hitler reconnut l’enfant illégitime et lui donna son patronyme.

Hitler n’a pas inventé l’antisémitisme. La violence déchaînée contre les populations juives est ancienne. Elle date du Moyen Age, elle ne s’étend pas uniquement à l’Allemagne. A la fin du XIX° siècle, les flambées d’hostilité sont fréquentes : elles impliquent aussi bien la Russie des Tsars touchée par des pogroms sanglants qu’une vieille démocratie comme la France à l’occasion de l’affaire Dreyfus. Les intellectuels ne cachent d’ailleurs pas leurs convictions racistes, tel Wagner particulièrement admiré du régime nazi.

Hitler évolue dans une époque où les journalistes affichent librement leurs idées antisémites, où l’opinion publique accuse facilement les communautés juives des maux dont souffrent les sociétés.

En revanche, le dirigeant du III° Reich est le premier à franchir le seuil des paroles : critiquer, condamner, rejeter ne suffit plus. L’homme prévoit l’élimination physique et entière des descendants de Moïse. Aux discours sectaires prononcés à Nuremberg en 1935, s’ajoute une affreuse haine que les nazis instrumentalisent avec talent.

Les images filmées des apparitions d’Hitler lors des grands congrès du parti renvoient à chaque fois l’extrême brutalité du personnage. Sa voix criarde, ses gestes minutieusement étudiés, son visage crispé, tout est violence chez lui.

Une violence que l’on a la tentation d’expliquer par l’amer souvenir d’une jeunesse difficile. Une fois encore, cette démarche mène si l’on n’y prendre garde à de dangereuses simplifications.

Certes, dès sa naissance, le 20 Avril 1889, à Braunau am Inn, à la frontière austro-allemande, Hitler n’est guère épargné par les aléas d’une vie familiale compliquée. La mort prématurée de ses trois frères (Gustav, Otto, Edmund) et de sa sœur aînée (Ida) affecte durablement ses premières années. (Seule Paula, sa cadette, lui survit jusqu’en 1960). A cette série de deuils tragiques, s’ajoute une présence paternelle terriblement pesante. Aloïs Hitler est un modeste douanier. Pour son dernier fils, il caresse l’ambition d’une carrière dans la fonction publique. Mais, c’est sans compter les aspirations d’un adolescent qu’une éducation trop rigide finit par révolter. Le garçon rêve de mener l’existence libéré d’un artiste. Admis au lycée, avec en poche d’excellents résultats, il n’est pourtant plus intéressé par les études. Vienne l’attire, il souhaite devenir peintre.

Quand il expose ses projets à la famille, la colère d’Aloïs se déchaîne. Entre le jeune homme et son père la rupture est consommée. Elle sera définitive. Le garçon fugue plusieurs fois de la maison. Au retour de l’une de ses nombreuses escapades, la correction qu’il reçoit est telle qu’il en est presque assommé.

Bien des années plus tard, Hitler conserve de cette époque conflictuelle un souvenir amer et une rancune tenace pour un père qu’il n’a en fin de compte jamais aimé. Au lendemain de l’Anschluss, il ordonne la destruction du village natal paternel, Dollersheim, dont il fait un terrain de tir. Aussi la mort d’Aloïs en 1903 sonne-t-elle comme une délivrance attendue.

Orphelin, sans autre famille que sa sœur cadette, Hitler part à Vienne et se présente à deux reprises au concours d’entrée de l’académie des Beaux Arts. C’est un échec : ses réalisations sont médiocres et ne convainquent pas le jury. Le candidat recalé en éprouve une vive humiliation, le sentiment d’être incompris d’une société qu’il imagine noyautée par la communauté juive.

Pour survivre, il peint quelques cartes postales, réalise dans la rue des portraits et mène une vie de bohême. Il fréquente les cabarets et les foyers d’accueil pour les plus démunis.

Quand la guerre survient en 1914, il part s’installer à Munich. Ardent patriote, il lui semble naturel de s’engager comme volontaire sous les drapeaux. Il rejoint le front occidental avec le grade de caporal. Il y est blessé à deux reprises : en 1915, un éclat d’obus l’atteint à la cuisse. En 1918, il est victime d’une attaque au gaz, en Belgique, à Ypres, et doit être évacué de la zone des combats. Quand retentit l’heure de l’armistice, il est en convalescence dans un hôpital militaire.

Ses supérieurs notent plusieurs fois dans leurs rapports l’application et l’enthousiasme que le soldat Hitler déploie à remplir les missions dont on le charge. Il est ainsi décoré de la croix de guerre pour avoir transmis à sa hiérarchie dans des conditions particulièrement périlleuses un pli de la plus haute importance.

Au cours du conflit, ses convictions antisémites se dessinent de plus en plus nettement. Il essaie bien de convaincre ses camarades de régiment mais il est peu écouté.

Rendu à la vie civile, de retour à Munich, il découvre une Allemagne en proie à l’anarchie et au désespoir. La chute du Kaiser a installé dans le pays un climat politique troublé et instable. Des milliers d’anciens combattants reviennent de la guerre, aigris par la capitulation et surtout très marqués de la violence quotidienne qu’ils ont vécu quatre années durant. L’agitation générale, les graves dysfonctionnements de l’économie et les incertitudes de l’avenir rendent les comportements sociaux plus brutaux que par le passé.

Hitler exploite la situation à son profit. Il renonce définitivement à la carrière artistique qu’il avait imaginée. Il choisit une autre voie, plus mouvementée : celle de la politique. Il rejoint les déçus de la défaite, les laissés pour compte. Ses discours teinté d’antisémitisme et de nationalisme, son talent d’orateur, les attitudes mûrement réfléchies qu’il adopte à la tribune séduisent ses premiers partisans.

Il fonde un parti dont le nom résonne aujourd’hui encore comme un triste souvenir du passé allemand : le NSDAP.

Les premiers pas sont difficiles. Les Nazis font encore figure de marginaux et doivent affronter des organisations politiques puissantes et expérimentées : les Socialistes, le Zentrum, les Chrétiens- Démocrates.

Hitler recherche des appuis. Il les trouve en la personne de quelques personnalités militaires auréolées de leur participation à la guerre, telles le général Ludendorff. En 1923, il imagine le moment venu de s’imposer à ses adversaires par un coup de force. Le calcul est mauvais : l’ancien caporal médaillé a-t-il surestimé ses forces ? A-t-il sous-estimé la capacité du régime de Weimar à rassembler ses partisans autour de lui ? En tous les cas, le putsch de la brasserie de Munich en Novembre 1923 est un échec complet.

Hitler y perd sa liberté et une part de ses soutiens.

La grande chance du NSDAP se présentera quelques années plus tard. Ce sera l’affreuse dépression des années 1930 et l’explosion terrible du chômage qu’elle entraîne. Le futur chancelier saura parfaitement instrumentaliser les souffrances de son peuple pour s’imposer sur la scène politique. Il aura également su tirer les leçons de son coup d’Etat avorté : c’est par les voies de la légalité constitutionnelle qu’il finira par obtenir de Hindenburg le poste de premier ministre.

1933 sonne peut être comme une revanche pour Hitler. Le III° Reich annonce de tristes heures pour l’Allemagne et le monde…