La guerre d’Algérie : le difficile chemin d’un peuple vers son indépendance.

Au seuil des années 1950, l’agitation gagne brutalement les trois départements algériens du territoire français. L’autorité que la métropole exerce sur les populations indigènes est de plus en plus mal vécue. La persistance d’inégalités sociales déjà anciennes aggrave une situation troublée par le désastre indochinois.

Les colons installés en Afrique du Nord depuis la conquête de 1830 se crispent sur des privilèges que les partisans d’une réforme politique en Algérie leur disputent. Les familles débarquées de France au cours du XIX° siècle rejettent l’idée, pourtant défendue par certaines personnalités du Front Populaire dans les années 1930, d’une intégration des Algériens à la République : ces derniers recevraient la citoyenneté nationale assortie des droits qui lui sont traditionnellement attachés. Ce projet, réaliste et légitime, rassemble contre lui au lendemain de la Seconde Guerre mondiale les oppositions les plus résolues de la communauté européenne. Aucun gouvernement n’ose dans ces conditions s’attaquer à l’épineux dossier de l’égalité politique au Maghreb.

A ce motif de mécontentement et de déception s’ajoute une réalité économique douloureusement ressentie. Le partage des terres agricoles entre Français et tribus indigènes entretient une situation de malaise persistante. Repoussés au cœur des régions les plus arides du pays, Berbères ou Arabes survivent dans des conditions difficiles : sans instruction, mal soignés, beaucoup s’attachent au sentiment d’une vive humiliation. Les évènements survenus en Indochine quelques années plus tôt s’imposent aux yeux de nombreux Algériens comme le modèle à imiter et nourrissent un désir d’indépendance longtemps contenu

Dans la nuit du 1er Novembre 1954, les trois départements nord africains basculent dans la violence. Le Front de Libération National, organisation armée conduite par les partisans d’une Algérie maîtresse de son propre destin, coordonne plusieurs attentats sur l’ensemble du territoire. Les cibles n’ont pas été désignées au hasard : il s’agit de bâtiments administratifs, symboles d’une autorité républicaine désormais ouvertement combattue. Quelques personnes périssent au cours des actions, en majorité des Musulmans fonctionnaires, travaillant au service de la métropole. Néanmoins, un couple d’instituteurs, Guy et Jacqueline Monerot, tout juste mutés dans le bled, sont victimes du mitraillage de leur bus. Mme Monerot survit à ses blessures mais son époux n’a pas cette chance et décède peu après. Il semble aujourd’hui que le drame ne soit qu’un affreux concours de malheureuses circonstances puisque le FLN avait donné pour consigne d’épargner la vie des Européens. Les auteurs du tragique accident sont entendus par leur propre hiérarchie à la suite des faits et sanctionnés en conséquence.

Les évènements aussitôt connus à Paris, le gouvernement dépêche sur place un premier contingent de militaires, en majorité des appelés. La mission confiée à ses troupes (D’autres suivront dans les mois à venir) consiste principalement à maintenir le calme et la sécurité dans les grandes villes algériennes. Les services de gendarmerie se mobilisent à la recherche des partisans du FLN et fouillent méthodiquement les campagnes de l’arrière pays.

L’apaisement s’installe quelques temps au lendemain de la Toussaint 1954 mais il ne dure pas. De nouveaux troubles surviennent l’année suivante et produisent une véritable spirale de violences politiques. Le 20 Août 1955, de malheureuses émeutes, mal contrôlées des autorités coloniales, ensanglantent Philippeville, dans le constantinois. Prétextant soutenir le sultan du Maroc déposé par les Français, le FLN conduit d’importantes manifestations. L’excitation de la population musulmane est telle que les défilés tournent vite aux règlements de compte meurtriers. Des dizaines de personnes sont massacrées dans des conditions particulièrement atroces. Les tristes victimes appartiennent en général à l’élite arabe passée au service de la métropole. Mais cette fois, et c’est nouveau, la communauté européenne est visée puisque 71 ressortissants étrangers trouvent la mort dans les affrontements. S’installe un terrible climat de représailles : au désarroi des familles qui déplorent la perte d’un être cher succède l’affreux désir de vengeance que les meurtres collectifs provoquent habituellement. Des Musulmans partisans du FLN sont exécutés au cours d’expéditions punitives menées par les colons les plus résolus.

Les actions sanglantes de Philippeville sont d’une gravité exceptionnelle parce qu’elles témoignent de la dégradation inquiétante de la situation au Maghreb. Elles jettent d’autre part dans les bras des organisations indépendantistes les plus modérés des Algériens qui croyaient encore possible l’ouverture de négociations avec Paris.

A Matignon, le gouvernement se trouve confronté à une crise dont il évalue mal les enjeux et qu’il n’est pas préparé à régler. Le socialiste Guy Mollet installé à la présidence du conseil depuis Janvier 1956 méconnaît la réalité du terrain et construit sa politique sur deux mesures essentielles. Il durcit la répression que mène l’armée au lendemain des actions du FLN. La multiplication des arrestations, des interrogatoires brutaux complique la situation plus qu’elle ne l’apaise. Il rappelle aussi le gouverneur Jacques Soustelle, jugé trop conciliant avec les groupes indépendantistes. Mais le personnage dispose d’une certaine audience auprès de la communauté française d’Alger parce qu’il défend l’idée d’un maintien des trois départements nord africains dans la République. Son départ attise la colère des colons. Mollet doit alors renoncer à son candidat et nomme au poste Robert Lacoste proche des opinions de son prédécesseur.

Le FLN espère de Matignon des réformes. Le gouvernement les repousse à plus tard et n’envisage aucune négociation immédiate sur l’avenir du pays. La déception éprouvée relance les actions meurtrières des plus déterminés. Le 30 Septembre 1956, à Alger, deux bombes explosent dans les restaurants de la Cafétéria et du Milk Bar, tuant sur l’instant des dizaines de clients.

Le dramatique attentat précipite l’escalade des violences. Les autorités françaises envoient sur place le général Massu et lui confient les pleins pouvoirs. Le militaire dispose de tous les moyens nécessaires pour démanteler les réseaux du FLN. Le 7 Janvier 1957, se produisent les premières opérations de ce qu’il est convenu d’appeler « la bataille d’Alger ».

Investie du soutien total de Paris, l’armée se livre à une terrible répression. Dans l’ancienne Kasbah d’Alger où les responsables indépendantistes se terrent, les arrestations s’enchainent. Des centaines de personnes sont interrogées par les gradés dans des conditions scandaleuses, au mépris de toute dignité : l’utilisation de la torture arrache aux malheureux des aveux plus ou moins farfelus (Décharges électriques sur le corps, immersion prolongée dans une baignoire remplie d’eau, pendaison par les pouces ou les pieds, coups, viols, humiliations...). Trois mille Musulmans disparaissent dans des conditions demeurées obscures, sans doute abattus d’une balle dans la nuque pour le prix d’un silence obstiné. En métropole, de rares intellectuels ou députés osent dénoncer les méthodes inqualifiables de l’armée.

Les dirigeants politiques craignent que la révélation des faits au grand public n’entraîne une fracture nationale dont les effets seraient particulièrement désastreux dans un contexte comme celui de l’époque : les agissements de la division des parachutistes du général Massu sont donc couverts par la hiérarchie militaire.

La « bataille d’Alger » porte un coup terrible au FLN. Le mouvement perd une bonne partie de ses partisans et, victime des effets de la crise qu’il traverse, se divise en plusieurs tendances. Les règlements de compte entre dirigeants ensanglantent l’Algérie et rajoutent à la situation un peu plus de confusion.

Le 12 Septembre 1957, le petit village de Mélouza, dans le Constantinois est attaqué par une colonne du FLN. Soupçonnés de s’être donnés à une branche indépendantiste rivale, les habitants sont massacrés à coups de pioches et de pelles.

A Paris, le gouvernement pense venu le moment de négocier avec les plus modérés. Dans les rangs de l’Assemblée, la perspective d’une souveraineté algérienne se dessine. Les Français d’Afrique du Nord s’inquiètent : et si la République abandonnait le Maghreb ?

L’enlisement d’un conflit auquel personne n’est en mesure d’apporter une réponse réaliste aboutit finalement à la crise politique qui se profile depuis longtemps en métropole. Les colons acquièrent la conviction que la classe politique songe sérieusement au retrait des troupes. A terme, c’est bien l’abandon des trois départements arabes qui risque de se produire. Aussi, la communauté européenne recherche-t-elle une personnalité de premier plan, résolue à maintenir l’Algérie au sein du territoire républicain.

Un homme rassemble autour de lui les espoirs de ceux qui craignent le désengagement prévisible des autorités : le général De Gaulle.

Depuis son échec de 1946, l’ancien résistant se tient à l’écart du pouvoir qu’il n’a pourtant jamais renoncé à récupérer. Son action efficace au service de forces anti- fascistes pendant la Seconde Guerre mondiale l’auréole d’un prestige encore intact. Pour les partisans résolus d’une Algérie française, il est l’ultime recours.

Le 13 Mai 1958, profitant d’un nouveau changement de gouvernement à Matignon, les militaires d’Alger organisent un coup d’Etat que la population juge salutaire. Les troupes s’emparent des principaux bâtiments administratifs de la ville et forment à la hâte un comité de Salut Public dont Massu prend la direction. Par les ondes de la radio, il lance un vibrant appel en métropole et demande au général de Gaulle son immédiate intervention. Le lendemain, son collègue Salan le rejoint dans la rébellion.

Chacun est suspendu à la réponse de celui que l’armée appelle de ses vœux. De sa retraite de Colombey Les Deux Eglise, de Gaulle affirme se tenir prêt « à assumer les pouvoirs de la République » sans davantage s’investir.

A Matignon, la nervosité gagne le gouvernement. L’insurrection prend de cours le personnel politique. Certains députés accepteraient volontiers le retour de De Gaulle mais beaucoup redoutent ses méthodes autoritaires. La perspective d’une dictature militaire en France paralyse.

Le vieux résistant de 1940, particulièrement discret jusqu’à ce jour, sent le moment venu pour lui de jouer le rôle que les généraux lui ont réservé. Au cours d’une interview, à la question d’un journaliste qui évoque l’éventualité d’un régime autoritaire à la tête du pays, l’homme répond : « Croit-on qu’à 67 ans, je vais commencer une carrière de dictateur ? ». Malgré tout, le président de la République, René Coty, seul responsable de la nomination d’un nouveau gouvernement, hésite encore.

En ce mois de Mai 1958, les évènements se précipitent. Depuis Alger, les meneurs de l’armée répandent une rumeur construite de toute pièce : dans un communiqué spécial, Massu laisse entendre qu’une division de parachutistes ralliés au Comité de Salut Public aurait sauté sur la Corse le 24 Mai et préparerait un débarquement en Provence pour ensuite marcher sur Paris. Le sceptre d’une guerre civile immobilise le pays et produit un climat de vives incertitudes. Cet ultime rebondissement, qui n’est en fait qu’une habile manœuvre de désinformation, décide l’Elysée. Le 1er Juin, Coty confie à De Gaulle le soin de former une nouvelle équipe dirigeante. Dès le 4 Juin, celui-ci se déplace à Alger où il lance à la population venue l’entendre : « je vous ai compris ! ». Ce jour là, les Français sont persuadés du maintien des trois départements nord africains au sein du territoire national.

Pourtant, les premières déceptions surviennent au cours de l’automne. De Gaulle, s’il n’a jamais caché son attachement à la colonisation telle qu’elle est menée depuis le siècle précédent, n’en a pas moins compris les nouvelles réalités de son époque. Les évènements tragiques qui ensanglantent le Maghreb depuis près de 5 ans sonnent comme un douloureux avertissement : communautés arabes et européennes ne pourront sans doute jamais partager un même territoire.

Au cours de 1959, l’homme multiplie les allusions indiquant que l’indépendance des trois départements nord africains se prépare. Les formules, qu’il distille dans ses discours, heurtent profondément l’armée et les colons. (« Droit des Algériens à l’autodétermination », « Une République algérienne »...)

Le rappel du général Massu en métropole met le feu aux poudres. Le vieux soldat, l’un des plus fermes opposants à la solution d’une Algérie maîtresse de son destin, dispose auprès de la population de la Kasbah une audience certaine. Du 24 Janvier au 1er Février 1960, des milliers de personnes dressent dans les rues quelques barricades. Les affrontements entre manifestants et forces de l’ordre se poursuivent une semaine entière et font couler le sang.

Lors d’un entretien, en Avril 1961, De Gaulle se risque à franchir le pas ultime. Il parle d’un « état algérien souverain » et indique que les autorités républicaines ont récemment ouvert des négociations avec le GPRA (Gouvernement provisoire républicain algérien) issu des organisations du FLN.

Pour les gradés, c’en est trop. Un nouveau putsch, comme celui de mai 1958, peut encore sauver l’Algérie française. Cette fois, l’ennemi n’est plus la IV° République moribonde, mais l’Homme du 18 Juin.

Le 21 Avril 1961, aux petites heures de la matinée, à la tête d’un régiment de parachutistes, les généraux Salan et Jouhaud, entre autres, prennent le contrôle des bâtiments publics d’Alger. Le scénario de Mai 1958 semble se reproduire à l’identique. En métropole l’insurrection ne prend pourtant pas. La nouvelle à peine connue, les services de police interpellent rapidement les complices des meneurs, chargés de marcher sur Paris. Syndicats et ouvriers se mobilisent derrière les autorités et organisent de spectaculaires manifestations sur les pavés de la capitale. Les Français sont las d’un conflit qui s’enlise depuis sept ans et conduit aux désordres politiques.

Le 23 Avril 1961, le général De Gaulle apparaît à la télévision en uniforme et parle « d’un pouvoir insurrectionnel » auquel il ne reconnaît aucune forme de légitimité.

Deux jours plus tard, le gouvernement reprend le contrôle de la radio d’Alger, les troupes en état de rébellion se livrent aux autorités légales. Les généraux Salan et Jouhaud disparaissent en hâte et basculent dans l’OAS, groupe armé luttant pour le maintien de l’Algérie au sein du territoire national. Le putsch s’achève sur un désastre complet.

Mais le temps des violences n’est pas clos pour autant. Les négociations avec le GPRA sont longues et difficiles. Le FLN poursuit ses actions sanglantes mais celles-ci se déroulent à présent en métropole. Des commandos indépendantistes abattent au cours d’attentats meurtriers une vingtaine de policiers en fonction. Visé au cœur du territoire national, Le gouvernement répond par la fermeté. Le préfet de police de Paris, un certain Maurice Papon installe sur les rues de la capitale un couvre feu interdisant à toute personne d’origine algérienne de circuler la nuit sans autorisation. La communauté maghrébine y voit une atteinte grave à ses libertés. Le 17 Octobre 1961, vers 20h30, le FLN appelle les Algériens à manifester leur colère en défilant sur le Palais de l’Elysée.

De Gaulle estime qu’il s’agit là d’un acte de pression inadmissible sur le pouvoir. Aux forces de l’ordre mobilisées pour contenir les débordements du cortège, il donne les consignes les plus rigoureuses. Le préfet Papon indique à ses hommes : « Vous êtes couverts ».

Très rapidement, la situation dégénère. Des centaines de manifestants sont interpellés puis emmenés vers les principaux commissariats parisiens pour y être brutalisés à loisir.

D’autres sont passés par-dessus les ponts et jetés dans la Seine. On dénombre au total plus de 200 victimes et des abus scandaleux lors des arrestations.

Les jours suivants, la presse dénonce les dérapages inqualifiables mais aucune poursuite n’est menée contre les principaux responsables des violences.

Quatre mois plus tard, une nouvelle marche de protestation, encadrée cette fois par des organisations hostiles à la guerre en Algérie, se réclamant de la Gauche, tourne au drame. La brutalité de la charge des unités de CRS provoque le décès accidentel de huit personnes au métro Charonne. (8 Février 1962).

Le 19 Mars 1962, les négociations franco-algériennes aboutissent enfin à un cessez le feu. La veille, les autorités républicaines ont cédé au GPRA leurs pouvoirs sur les trois départements nord africains.

Officiellement le conflit s’achève, mais aux Maghreb, les affrontements se poursuivent au cours de l’été.

Dès le 26 Mars, les Européens d’Alger conduisent une manifestation symbolique, dénonçant les accords signés à Evian. Rue d’Isly, un bataillon de tirailleurs algériens, encadré par un jeune officier inexpérimenté, tire sur la foule. La fusillade se prolonge douze minutes et entraîne la mort d’une cinquantaine de personnes.

S’estimant trahis et abandonnés du gouvernement, des milliers de Français choisissent de quitter à la hâte l’ancienne colonie. Beaucoup redoutent les règlements de compte et la vindicte algérienne qui s’étendent déjà à travers le territoire. Des familles, encombrées de bagages et des seules richesses qu’elles ont pu ramener, débarquent à Marseille ou atterrissent sur Orly. Le tragique dénuement dans lequel se débattent les réfugiés n’éveille au sein de l’opinion publique qu’un tiède intérêt : la population métropolitaine se préoccupe davantage des grandes vacances scolaires qui viennent de commencer.

La proclamation de l’indépendance, le 3 Juillet 1962, n’achève toujours pas l’ère des brutalités en Algérie. L’heure de la paix n’est pas venue. Les élites arabes payent très cher leur collaboration avec les colons : des centaines d’exécutions sommaires et d’odieux massacres ensanglantent le pays. Parmi les victimes, les Harkis. Ces militaires ou fonctionnaires passés au service de la République vivent particulièrement mal l’évacuation hâtive du Maghreb par les autorités françaises. N’ayant aucun espoir sur le sort que leurs compatriotes préparent pour eux, beaucoup demandent à s’embarquer pour la métropole. Cruelle désillusion. Le gouvernement considère d’un assez mauvais œil l’arrivée mal organisée de milliers de Musulmans dans l’hexagone. De Gaulle craint tout spécialement que l’intégration d’une communauté étrangère n’entraîne à terme la disparition d’une part de l’identité culturelle française. Les Harkis reçoivent donc la consigne de rester sur place, et comble de l’absurde, doivent remettre leurs armes aux autorités.

Isolés et livrés en pâture à un peuple déchaîné, près de 50000 personnes périssent dans d’atroces conditions l’indépendance à peine signée. Près de cent mille autres trouvent leur salut auprès d’officiers français qui ne peuvent se résoudre à laisser sur place ceux qui ont accepté les principes de la colonisation et qui à présent payent au prix fort leurs choix politiques. Parvenus en métropole au terme d’un voyage incertain et périlleux, les rescapés découvrent qu’ils ne sont pas les bienvenus. Confinés entre les barbelés de camps misérables où la mort emporte les plus faibles, ces derniers vivent l’existence de parias que la société souhaite oublier parce qu’ils rappellent les heures douloureuse de la décolonisation.

Le conflit achevé, vient l’heure des bilans. Les comptes réalisés par les historiens de la période soulignent à quel point la guerre d’Algérie fût meurtrière.

Du côté Français, 16000 soldats ont péri au cours des engagements militaires. A ces données s’ajoutent les 2000 victimes de la légion étrangère, le millier de disparus, les 1300 blessés qui n’ont pas survécu à leurs plaies et les 9000 combattants emportés au cours d’accidents obscurs...

Du côté algérien, 270000 partisans du FLN ont trouvé la mort pendant les huit années qu’ont duré les opérations. Le territoire nord africain souffre pour longtemps du stigmate des évènements : 8000 villages détruits par les deux camps, 2 millions d’hectares de forêts incendiés, des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants déplacés.

Attentats et règlements de compte portent la responsabilité de 4000 décès supplémentaires et rallongent une liste déjà tragique.

Quarante cinq ans après, la guerre d’Algérie résonne encore comme une douloureuse blessure du passé. Les Français ont aujourd’hui bien du mal à envisager sereinement cette période troublée et peu glorieuse de leur histoire. A l’humiliation ressentie s’ajoute le malaise que la communauté nationale éprouve à la seule évocation des méthodes condamnables employées par l’armée au moment de la « bataille d’Alger ». Le temps n’est pas si lointain où les manuels scolaires ne consacraient qu’un court paragraphe à l’étude du conflit. Aujourd’hui, un dossier plus fourni, des témoignages, des photographies parfois crues expliquent aux élèves de 3eme ce que fût réellement la tragédie de tout un peuple à la recherche de son indépendance. Cela serait-il le signe d’un renouveau dans la manière d’appréhender la guerre d’Algérie, d’en parler aux jeunes générations ? Souhaitons-le...