Les affreuses coutumes du peuple aztèque.

Traversons l’Océan Atlantique, longeons un moment les côtes de la mer des caraïbes et débarquons dans la région du Mexique actuel. Au XVIème siècle, nous y aurions découvert une civilisation étrange mais tout aussi brillante que les cultures du bassin méditerranéen. A l’époque, un peuple divisé en plusieurs cités rivales se partage les riches terres de la plaine de Mexico : ce sont les Aztèques.

De ces hommes, nous n’avons retenu qu’une seule chose : la terrible coutume qui était la leur de sacrifier aux dieux des esclaves ou des prisonniers ramenés de la guerre. Certes les cérémonies religieuses de ces populations étaient d’une rare violence : le sang y coulait abondamment, les victimes y étaient nombreuses. Mais c’est oublier un peu vite, que les Aztèques maitrisaient parfaitement les sciences et qu’ ils n’avaient rien à envier à nos meilleurs architectes du Moyen-âge.

Quand ils sont arrivés en Amérique, les premiers Espagnols, la tête remplie des valeurs morales prodiguées par l’Eglise chrétienne, ont vu dans les habitants qu’ils rencontraient des gens d’une grande cruauté qui n’hésitaient pas à assassiner pour le plaisir d’une affreuse divinité une femme, un enfant ou un homme. Aujourd’hui, nous avons encore bien du mal à comprendre les motifs conduisant une société à pratiquer des rites religieux aussi effrayants. Nous condamnons par réflexe de tels comportements parce qu’ ils ne correspondent pas à nos schémas de pensée, à notre manière d’envisager le monde qui nous entoure.

Ce qui est scandaleux pour nous ne l’était pas aux yeux des Aztèques. Nous ne distinguons dans l’acte du sacrifice que les éléments qui frappent le plus notre imagination : le couteau, le cœur arraché, les gémissements de la victime, le sang qui jaillit de la plaie....

Au XVIème siècle, un Aztèque y voit tout autre chose : un prêtre donne la mort pour que la vie puisse se prolonger. Là est bien le paradoxe du rituel. La croyance aztèque veut en effet que le sang répandu permette au soleil de continuer sa course dans le ciel. Des rayons lumineux naissent les récoltes, la végétation sans lesquelles les hommes ne pourraient pas survivre.

Les cérémonies meurtrières se déroulent selon un mode identique. La victime ne subit jamais l’épreuve sans une longue préparation. Il est en effet à craindre qu’elle refuse le sort qui lui est réservé et se débatte au dernier moment. Les prêtres prennent donc le soin de plonger dans une demi-inconscience ceux qu’ils s’apprêtent à exécuter. Ils utilisent à cet effet de puissantes drogues. Parfois, ils font danser et chanter jusqu’à l’épuisement les futurs sacrifiés. Quand ils sont allongés sur l’autel, ces derniers offrent alors une résistance moindre. La mort est administrée selon un code très précis. Muni d’une lame prévue pour les fêtes religieuses, le prêtre pratique une large incision entre les côtes et récupère avec sa main le cœur de la victime. Il tranche rapidement les artères puis dépose l’organe encore palpitant dans un récipient destiné à cet effet pour que les dieux puissent s’en nourrir.

Les candidats au sacrifice sont quelques fois volontaires. Des parents offrent aussi leurs enfants surtout si ces derniers sont particulièrement beaux.

Le plus souvent, il s’agit d’esclaves achetés par un commerçant que celui-ci confie aux services des prêtres pour obtenir les faveurs d’une divinité précise.

Les prisonniers de guerre font aussi partie de ceux qui alimentent les cérémonies sacrificielles. Les cités aztèques sont régulièrement en conflit les unes avec les autres. Mais, les affrontements prennent une tournure parfois très étrange. C’est ce que l’on appelle "les guerres fleuries". Au cours de la bataille, les soldats ne cherchent pas à tuer, juste à capturer des ennemis. Ceux qui tombent aux mains de l’adversaire pendant les combats deviennent les futures victimes que la cité mettra à mort en l’ honneur d’une divinité.

Au cours de chaque cérémonie, en moyenne, c’est une dizaine de personnes qui sont exécutées. Mais il arrive parfois que ce chiffre soit bien plus important.

En 1486, à Tenochitlan, la plus puissante des cités aztèques que l’on situe dans l’ actuelle vallée de Mexico, une fête de plusieurs jours est organisée par le souverain Ahuizotl à l’occasion de la rénovation du temple. Les sources indiquent que près de 80000 personnes sont assassinées au cours des festivités. Dans la réalité, ce nombre n’est sans doute pas aussi important. Mais les historiens estiment qu’ en quelques jours, c’est 20000 hommes ou femmes qui périssent. Les prêtres travaillent de longues heures, se relayent à leur macabre tâche. Des témoignages racontent qu’ il y a tant de personnes à tuer qu’une longue file de condamnés se forme sur les marches qui conduisent au sommet du temple où l’on pratique les sacrifices. Le sang ruisselle en cascade du haut de la pyramide et des centaines de corps, jetés de l’autel, s’entassent au bas de l’ édifice.

Les cadavres sont récupérés pour être consommés. C’est là un autre aspect de la cérémonie. Les hauts dignitaires du régime (le souverain, la noblesse, les prêtres) se réunissent pour un grand banquet. Chacun se partage la dépouille de la victime. Ce sont surtout les membres inférieurs et supérieurs qui ont la faveur des convives. Ces affreux repas ne peuvent susciter en nous que répulsion et sentiment de dégoût parce que nos valeurs culturelles condamnent absolument la pratique du cannibalisme. Mais, une fois encore, les Aztèques ne perçoivent rien dans leur attitude qui puisse heurter. Participer au banquet rituel est avant tout un acte religieux sévèrement codifié. La viande humaine n’est jamais relevée par les épices traditionnelles. Elle est mangée telle quelle. Les morceaux ne sont pas distribués au hasard. L’une des jambes revient de coutume au souverain. En avalant la chair de ceux qui viennent d’être sacrifiés, les convives pensent qu’ ils s’ approprient une part de l’énergie de la victime, qu’ils deviennent de cette manière plus forts. On retrouve encore ici le même principe : la mort d’un homme permet à ses compagnons de vivre, de poursuivre le cycle éternel de l’existence. La mise à mort est source de renaissance.

Bien évidemment, à peine débarqués, les Espagnols, horrifiés, interdisent les cérémonies sanglantes. Les temples sont détruits, les idoles brisées. L’ Eglise catholique accomplit un gros travail d’évangélisation des populations. Des monastères, des couvents fleurissent un peu partout au Mexique. Les Aztèques, contraints, finissent par adopter les nouvelles coutumes religieuses apportées d’Occident. Les prêtres pourchassés continuent un temps leurs rites macabres dans le plus grand secret puis ils disparaissent. La fin des sacrifices humains, salutaire pour nos conceptions intellectuelles, conduit finalement à la destruction de la société aztèque parce qu’ elle y perd ses repères anciens et structurants.

Quand ils enseignent le christianisme aux peuples indiens qui ne comprennent d’ailleurs pas toujours le message qu’on leur délivre, les théologiens gardent une même attitude intellectuelle : pour convertir plus efficacement, il est nécessaire de mettre en valeur les aspects communs aux deux religions. Les moines soulignent donc avec le plus grand soin que, selon les croyances chrétiennes, un homme s’est aussi sacrifié pour ses semblables, Jésus-Christ. Chaque Dimanche, à la messe, l’assemblée des fidèles revit l’épreuve consentie et consomme, de manière très symbolique certes, le corps de celui qui a été désigné pour supporter les péchés du monde. Entre le catholicisme monothéiste et le polythéisme aztèque, il semble n’y avoir absolument aucune similitude. Mis à part peut-être cette même idée que la mort d’un homme est nécessaire à la survie ou au salut de toute une société...