Pourquoi était-il très mal vu de s’habiller en jaune ou en vert au Moyen-Age ?

L’homme du Moyen-âge aime les couleurs. Il apprécie les vêtements colorés, les tissus lumineux. La couleur est partout : sur les habits, sur les blasons, à l’intérieur des églises. Mais ce n’est pas n’importe quelle couleur : les nuances ternes, fades, passées sont dépréciées parce qu’elles rappellent les tenues usées et sans luxe de la paysannerie. Une belle étoffe, une étoffe de valeur est nécessairement brillante, vive, teinte d’une couleur profonde. En cela, les goûts de nos lointains ancêtres sont bien différents des nôtres : si l’un d’eux revenait parmi nous aujourd’hui, il serait surpris des couleurs pâles et tristes de nos pantalons, nos chemises ou nos vestes. La société dans laquelle nous vivons est nettement moins colorée que le monde médiéval.

Un récent sondage réalisé auprès des populations de quelques pays occidentaux indique que la moitié des personnes interrogées affirment préférer le bleu. Ce fait est ancien puisque déjà au XIII° siècle, les hommes ont une attirance particulière pour cette couleur. A l’époque de l’Antiquité, pourtant, le bleu n’est pas spécialement populaire. Le rouge est bien davantage recherché : il illumine la toge des Césars romains ou des membres du Sénat.

En revanche, les hommes du Moyen-âge ont une répugnance très prononcée pour le jaune. La civilisation grecque en faisait une couleur sacrée, celle d’Apollon. Aux temps médiévaux, le jaune est devenu le symbole de la trahison, de la fausseté, de la félonie. Il ne viendrait à personne le goût déplacé de se parer de cette teinte chargée de valeurs négatives. Sur les peintures religieuses, Judas, celui qui vendit Jésus pour quelques pièces, est souvent drapé d’une étoffe jaune. Ce n’est pas par hasard. Les maisons de ceux qui ont été condamnés pour activité de faux- monnayage ou pour parjure (manquement à une parole donnée), sont repeintes de cette couleur afin que chacun puisse prendre la mesure de l’affreux péché commis par leur propriétaire.

Le vert n’est pas davantage tenu en estime par la société médiévale. Il est la couleur du désordre, de la démence. Cette teinte se retrouve parfois sur les armoiries d’une famille de chevaliers. En principe, cela signifie que l’un des membres du lignage est frappé par la folie.

Les bouffons, ces personnes dont la seule activité consiste à amuser le roi par leurs attitudes comiques voire scandaleuses, sont le plus souvent vêtus d’une tenue où le vert s’associe au jaune. Nous avons gardé aujourd’hui dans nos comportements quelques héritages culturels du Moyen- Age. Qui oserait se présenter dans une soirée, si ce n’est les plus excentriques, habillé d’un pantalon vert et d’une chemise jaune ? Heureusement, le ridicule ne tue pas.

Le rouge est aussi vu comme une couleur infâmante. Elle est réservée à ceux qui pratiquent une activité dévalorisée et qu’il faut donc pouvoir repérer rapidement parmi la population : les bourreaux, les prostitués. Les femmes convaincues d’adultère sont parfois condamnées à coudre sur leurs vêtements un écusson rouge vif dont le principe est d’étaler aux yeux du reste de la communauté le péché de celle qui le porte.

En revanche, le noir n’a pas cette valeur péjorative et négative qui est la sienne aujourd’hui. Dans notre société, il est la couleur de la peur, des ténèbres, du malheur, de la mort. A l’époque médiévale, les hommes y voient un signe de tempérance, de modestie, de mesure. Les moines portent des tenues de couleurs sombres qui indiquent la qualité d’humilité qu’ils doivent cultiver. Lors des deuils familiaux, les gens n’ont pas le réflexe de se vêtir de noir. Les femmes de la noblesse ont plutôt tendance à se parer de robes blanches ou rouges. Quant aux hommes, ils s’habillent plus volontiers de couleurs sombres : le violet, le gris, le bleu pâle. Ce n’est que beaucoup plus tard que s’installe la coutume des tenues de couleur noire pour les enterrements.

Aucune couleur n’est ni bonne ni mauvaise en soi. Tout dépend de l’image que l’on se fait d’elle, des valeurs- négatives ou positives- que l’on y attache.

Aujourd’hui, un enfant utilisant trop souvent les couleurs sombres quand il colorie suscite l’inquiétude, certes légitime, de ses parents. Au Moyen- Age, on y aurait vu une vertu de tempérance. En revanche, un homme des temps médiévaux se serait certainement scandalisé devant le magnifique soleil jaune ou arbre vert du dessin d’un petit garçon...