1808 : Napoléon en Espagne.

Des années après le désastre de Waterloo, tandis qu’il se morfondait sur le petit îlot de Sainte Hélène, Napoléon devait reconnaître l’immense responsabilité que la guerre d’Espagne avait tenu dans sa chute :

« Cette guerre d’Espagne a été une véritable plaie, la cause première des malheurs de la France ».

Pourtant, en 1808, à quelques jours d’envoyer Murat sur Madrid, l’Empereur n’entretient guère de doute quant à la réussite de son entreprise militaire par delà les Pyrénées. Un « enfantillage », le propos lui appartient, que la Grande Armée, toute auréolée de ses victoires remportées aux quatre coins de l’Europe, devait accomplir sans beaucoup de difficulté. Excès de confiance ? Vraissemblablement. Mais aussi, et surtout, lourde erreur d’appréciation. Napoléon est, en un certain sens, victime des représentations de son temps. Pas davantage que la plupart de son entourage, il n’évalue dans leur juste mesure les données économiques et politiques de la péninsule ibérique.

Les penseurs du XVIII° siècle sont généralement mal informés des réalités espagnoles et décrivent un pays livré au fanatisme religieux, à l’obscurantisme, à l’ignorance. Certes, il existe dans tout cela quelques vérités sur lesquelles il faudra revenir plus loin. Mais certains intellectuels ont parfois la tentation d’assombrir le portrait plus que de raison. Qu’en est-il exactement ?
La Philiosophie des Lumières et ses idées ont fini par infiltrer la cour de Madrid où l’on connait aussi bien qu’ailleurs les pages d’un Voltaire et d’un Montesquieu. Des traductions circulent de mains en mains et ouvrent les élites du royaume à des perspectives politiques nouvelles.
On réfléchit également à l’artisanat, au commerce. Des sociétés apparaissent. Celle de Madrid, la Real Sociedad Economica de Madrid, est particulièrement célèbre. Ses recherches abordent, entre autre, le domaine de l’agronomie et encouragent le développement d’une agriculture plus moderne. La Monarchie n’est d’ailleurs pas en marge du mouvement : Charles III multiplie les créations d’accadémies littéraires ou artistiques : la Real Academia Espanola, la Real Academia de Bellas Artes de San Fernando, la Real Academia de Historia, la Real Jardin Botanico de Madrid....
Les transformations concernent également le monde scolaire. La disparition des Jésuites offre à l’Etat l’occasion d’imposer son contrôle sur les universités. A Séville, Pablo de Olavide introduit de profondes réformes éducatives. Aux méthodes de la scolastique médiévale sur lesquelles s’appuyait la formation des étudiants succède une autre manière d’envisager l’enseignement, de nouveaux programmes.

Les mesures du pouvoir révèlent que les préoccupations de la Couronne intéressent l’économie du royaume. L’assouplissement des régimes douaniers améliorent les échanges intérieurs. Les grands ports de la péninsule accueillent sur leurs quais les cargaisons venues de l’empire américain et du reste de l’Europe (Bilbao, Valence, Barcelone). Négoçiants hollandais et français s’installent volontiers dans les grandes villes du pays. D’autre part, l’apparition de manufactures royales (Les porcelaines du Retiro) en Castille dynamise les réseaux commerciaux.
Charles III entend corriger le dépeuplement chronique dont souffre certaines régions du territoire. Si l’Andalousie apparaît comme un espace où les densités de population atteignent des niveaux très élevés, l’Estrémadure fait toujours figure d’espace abandonné. L’implantation de municipalités attirent sur place de nombreux migrants, arrivés parfois de très loin (Empire germanique, par exemple).
Outre mer, quelques expéditions scientifiques aux Philippines, en Afrique ou en Amérique dévoilent les compétences et la curiosité de navigateurs espagnols. L’un d’eux, Celestino Mutis entretient d’ailleurs avec le célèbre Alexandre Von Humbolt des relations de franche camaraderie.

Les réalisations de la dynastie Bourbon et ses belles réussites en certains secteurs de l’activité économique ne doivent pas cependant occulter l’existence de difficultés récurentes. Difficultés financières d’abord (La misère demeure une réalité largement partagée de la société. Vagabonds, brigands ou marginaux errent sur les chemins de Castille ou d’Aragon en quête de larcins et de rapines à commettre).
Difficultés diplomatiques ensuite. L’Espagne peine à s’imposer sur la scène internationale. Enjeu essentiel du conflit que Louis XIV conduit de 1701 à 1714, la Monarchie ibérique subit l’influence du puissant voisin français. La signature de traités successifs (Les pactes de familles) pèse lourdement sur la politique internationale de Madrid. Les successeurs de Philippe V (Le petit-fils du Roi Soleil) s’engagent, bon gré, mal gré, aux côtés de Louis XV lorsque celui-ci se trouve pris dans la guerre de succession de Pologne (1733-1739), la guerre de succesion d’Autriche (1740-1748) ou la guerre de Sept Ans (1756-1763).
La Révolution et les évènements de l’été 1789 introduisent néanmoins une inflexion brutale des rapports. Charles IV, arrivé sur le trône l’année précédente, redoute que les principes de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen ne franchissent les Pyrénées. Les crispations et les inquiétudes du pouvoir aboutissent au contrôle scrupuleux des publications littéraires. En même temps qu’elles soumettent la presse à une censure rigoureuse, les autorités surveillent plus étroitement la Sociedades Economicas de Amigos del Pais.

La rupture franco- espagnole survient en Mars 1793. L’exécution de Louis XVI rassemble contre la jeune République des puissances européennes aux abois. Les Bourbons rejoignent les rangs de la coalition mais les opérations menées à la frontière tournent mal. A l’issue de quelques succès initiaux, les armées de Charles IV sont contraintes au repli. Les troupes de la Convention s’avancent en Catalogne et en Guipuzcoa. Le souverain n’a plus guère d’espoir quant à la victoire un temps espérée. La signature du traité de Bâle (Juillet 1795) détache la péninsule ibérique de l’alliance anglaise et aboutit aux accords de Ildefonso (1796) par lesquels Paris et Madrid rétablissent les vieilles solidarités dynastiques. L’Espagne y gagne un ennemi de taille, Londres. Elle y perd surtout ses marges de manoeuvre diplomatique et accepte de lier son destin à celui du puissant voisin pyrénéen. Aussi, lorque Napoléon prépare la diversion nécessaire à son débarquement sur le sol britannique, la flotte de Charles IV rejoint les bâtiments français de l’amiral Villeneuve. La bataille de Trafalgar (Octobre 1805) s’achève sur un tragique désastre et offre à l’Angleterre, malgré la disparition du prestigieux Nelson, la maîtrise définitive des mers.

Difficultés économiques, recul international, revers militaires, les Bourbons affrontent également les pires déchirements familiaux. Au coeur des querelles, quatre personnages complexes, victimes de leurs passions et de leurs faiblesses, bien incapables de contenir les ambitions napoléoniennes quand l’Empereur porte son regard au delà des Pyrénées.
D’abord Charles IV. La postérité a conservé de son règne un piètre souvenir. Ce descendant de Louis XIV a souvent manqué d’energie politique. Un physique ingrat (Du moins Goya le montre-t-il sur le portrait qu’il réalise du roi et des siens en 1800- Une tête étrangement petite sur un corps de haute taille), un caractère parfois violent (Des témoignages rapportent qu’à l’occasion d’une collation, le souverain jette à la figure de son épouse une tasse de chocolat bouillant), un désintérêt évident pour les affaires de l’Etat (Charles passe la plupart de son temps à chasser en forêt ou à accomplir des travaux de sérurerie), rien ne semble devoir embellir la triste image du monarque.
La reine Marie- Louise de Parme ne parait pas davantage capable de relever le crédit des Bourbons. Affectée d’une laideur repoussante (La malheureuse femme conserve de ses ennuis dentaires- elle perd toute sa dentition très jeune- la bouche sans grâce d’une vieillarde), délaissée d’un mari qui n’a jamais éprouvé pour elle beaucoup de désir et pourtant très attentive à ses apparences (Elle fait venir de France ou d’ailleurs les robes à la mode ou passe de nombreuses heures à entretenir ses coiffures), la maîtresse de l’Escorial s’étourdit dans les plaisirs d’aventures passagères. Les favoris se succèdent dans la couche royale (Quelques nobles, des valets, des soldats de la garde....) et alimentent les commentaires de la Cour.
L’héritier du Trône est le prince des Asturies, Ferdinand. Le jeune homme voue à ses parents, et particulièrement son père, une haine féroce. Ses ambitions le portent à convoiter la Couronne et espérer que le règne paternel ne se prolongera pas trop. Sournois de tempéramment, il intrigue, et complote au milieu de compagnons dont il s’est attaché la fidélité. Malgré tout, ses craintes le gardent de franchir le pas ultime. Privé de volonté politique, et d’audace, Ferdinand attend son heure, dévoré d’amertume et d’aigreur.
Pour achever ce tragique tableau, Manuel Godoy. Le personnage arrive d’une famille sans fortune. Son père est un vieil officier. Son frère, Luis, a obtenu un temps les faveurs de la reine avant de devoir se retirer. Manuel dispose d’atouts physiques auxquels la voluptueuse Marie- Louise succombe d’ailleurs rapidement. Le nouveau favori découvre auprès de la souveraine (Il a pourtant seize ans de moins qu’elle) une maîtresse toute acquise à ses charmes. En 1840, elle lui écrit encore du fond de son exil :

« Ta mémoire et ta renommée ne finiront qu’avec le monde ».

Godoy songe naturellement à ses propres intérêts et contrôle l’accès au couple royal. La profonde admiration que le malheureux Charles IV lui conserve ouvre sous ses pas le chemin du pouvoir. Les charges et les distinctions honorifiques s’accumulent. En 1792, il devient duc d’Alcudia, conseiller d’Etat puis, suprême consécration, Premier Ministre. Le parvenu est au fait de sa puissance. Il ne se passe bientôt plus un jour sans que le monarque ne le visite dans ses appartements et l’aide le matin à se vêtir (Une marque d’amitié pour laquelle les Grands de l’aristocratie se déchireraient volontiers).

Naturellement, une telle ascension politique produit à la Cour de violentes jalousies. La noblesse n’a pas oublié les origines modestes du favori. Ferdinand est sans aucun doute le plus résolu à provoquer sa chute. Mais Godoy garde auprès de ses protecteurs un crédit complet. Sa position demeure trop solide pour que l’on puisse songer sérieusement à sa disgrâce.
Devenu Prince de La Paix en 1795, récompensé d’une terre royale lui apportant chaque année un million de réaux (40 millions de francs- or), l’homme conduit sa propre politique internationale. Au coeur d’une Europe agitée (Les évènements de 1789 ont boulversé l’ordre traditionnel du continent), il a saisi le bénéfice d’une alliance française (L’Angleterre demeure lointaine). La déconvenue de Trafalgar est certes ressentie comme une vive humiliation mais Godoy juge nécessaire le maintien des relations d’amitié avec Napoléon. Il espère surtout obtenir du puissant vainqueur d’Austerlitz la récompense qu’il convoite tant : une principauté, quelque part en Europe. Mais les négociations n’aboutissent pas, l’Empereur déploie bien peu d’empressement à satisfaire les espoirs du favori espagnol. Manuel est décu. Estimant être la malheureuse victime d’un marché de duppes, il noue quelques contacts avec la Russie et l’Angleterre. Une lettre parvient même jusqu’à Moscou. Le ministre y décrit sa colère pour un allié décidemment bien ingrat. Le coup est dangereux. Puis catastrophique lorsque Paris finit par obtenir une copie de la correspondance secrète. Godoy réalise qu’il s’est placé dans une position périlleuse. Il envoit, tout penaud, des excuses. Napoléon accepte de clore l’incident sans pour autant oublier. Une attitude surprenante si l’on pense aux intransigeances du souverain après les succès qu’il vient de remporter sur l’Autriche, la Russie et la Prusse. Les vaincus d’Austerlitz, de Iena ou de Friedland sont traités sans beaucoup de mansuétude et renoncent au contrôle de régions entières.

Indulgence gratuite ? Non. L’Empereur a plus que jamais besoin des bonnes grâces espagnoles. Ses ambitions le portent par delà les Pyrénées, au Portugal. Ce petit royaume de la péninsule ibérique, sur lequel règne la vieille dynastie des Bragance, conserve pour l’Angleterre son amitié traditionnelle. Depuis les débuts du XVIII° siècle, Lisbonne accueille sur ses quais les cargaisons arrivées d’Outre Manche et y expédie sa production de Porto. Quand Napoléon décrète l’interdiction du commerce avec la Grande Bretagne et impose sur les côtes européennes un blocus total, les négociants lusitaniens refusent de rompre avec Londres.
Paris se fâche et menace. Le pays met beaucoup de mauvaise volonté à se soumettre, il n’est en ce cas d’autre solution que celle des armes. Le général Junot reçoit le commandement d’une expédition militaire. L’affaire est vite conduite : en Novembre 1807, les troupes françaises investissent Lisbonne. Le souverain Jean VI et sa famille s’embarquent vers le Brésil.
Pour conclure l’entreprise, il a fallu obtenir des Bourbons l’autorisation de traverser l’Espagne. Godoy et ses maîtres se sont bien sûr empressés d’accepter. Mais tout service a un prix : Napoléon propose à Charles IV le partage du Portugal dont il réserve à son ministre une principauté.

Etrangère aux négociations diplomatiques du monarque, la population espagnole éprouve bien du mal à supporter la présence encombrante de troupes impériales sur son territoire. Les armées françaises s’étirent le long des routes, envahissent les villes, les villages et les places fortifiées de Castille. Entre civils et soldats, la cohabitation est délicate. Elle produit beaucoup de lassitude. Le mécontentement grandit, le sentiment se répand que Napoléon cherche, sous le prétxte d’opérations au Portugal, à établir sa domination sur la péninsule ibérique toute entière.
L’agitation gagne. A Madrid, des moines et des prêtres exhaltés attisent la colère et portent de violentes accusations à l’encontre du pouvoir. Comme souvent en de telles circonstances, on se cherche un coupable idéal. Qui d’autre pourrait mieux que Godoy endosser un rôle si ingrat ? Confronté aux rancoeurs de ses adversaires, mal aimé, jalousé pour sa réussite politique et son ascension, le ministre apparaît comme la cause essentielle des maux dont souffre le royaume. Ses machinations perpétuelles, ses complots, ses tractations secrètes porteraient la responsabilité de l’occupation napoléonienne autant qu’elles tromperaient les Bourbons.

De sa résidence à Aranjuez où il est venu passer quelques jours, Charles IV sent la situation lui échapper. Incertain quant à son avenir immédiat, l’homme envisage de fuir à l’étranger. Marie- Louise et Godoy se rangent à cet avis. Ferdinand s’y oppose. Sans doute le prince a-t-il saisit combien les évènements lui sont favorables. Le roi parti, il s’imposerait naturellement sur le trône vacant. Il est d’ailleurs d’autant plus résolu à demeurer sur place qu’il sait à quel point les Espagnols conservent pour la dynastie un attachement sincère. Nul ne songerait à contester sa légitimité si, d’aventure, Charles IV franchissait la frontière.

Le 16 Mars 1808, coup de théâtre politique. Ferdinand, bien soutenu des milieux militaires, reçoit la Lieutenance Générale du royaume à l’issue d’une séance au Conseil. La décision du souverain place Godoy dans une position délicate. (Le ministre n’a aucune illusion quant aux sentiments que lui voue le plus acharné de ses ennemis). Néanmoins, Ferdinand se fait rassurant. Au malheureux favori venu lui présenter ses hommages, il déclare :

« Tu es mon ami.

Mais, en même temps qu’il donne au vieil amant de sa mère un baiser de réconciliation, il transmet ses ordres à un officier :

« Le Prince de la Paix est un traitre. Il veut entrainer mon père dans sa fuite. Empêchez-le d’agir.

La nuit suivante, quelques troupes marchent sur l’hôtel de Godoy. Les portes de la résidence volent en éclat, une horde de soldats surexcités se répand dans les bâtiments. Le protégé de Charles IV (Quoiqu’en cet instant, le roi ne puisse plus grand chose pour lui) est tiré de son sommeil. Il entend des cris terribles :

« Mort au traitre ! Vive le roi ! »

Il passe à la hâte un vêtement et gravit un petit escalier menant aux combles du palais. Il se refugie sous une couche épaisse de tapis. Les assaillants parcourent les couloirs, à sa recherche. On ne le trouve pas. Son épouse, une nièce de Marie- Louise, et un tout jeune enfant, complètement terrorisés se tiennent dans une pièce. On s’écarte respectueusement. Ce n’est pas aux Bourbons que l’on en veut mais bien davantage à celui par qui, on le pense, sont advenues les déconvenues du pays.

On informe Charles IV de l’affaire. Le souverain ne veut pas abandonner son vieux compagnon. Imaginant encore pouvoir le sauver, il publie en toute urgence un décret lui ôtant ses fonctions politiques. La nouvelle parvient à Madrid. Le peuple exulte et acclame Ferdinand.
Godoy, dissimulé dans le grenier de sa propriété pendant trente six heures, se risque à regagner les appartements où il loge. Il n’ a rien bu ni mangé depuis les jours précédents. Un soldat le reconnaît et donne aussitôt l’alerte. La nouvelle de l’arrestation se répand d’un bout à l’autre d’Aranjuez. La foule accourt. On encercle le malheureux, on l’insulte, on lui crache au visage, on le bouscule sans douceur. Le ministre si détesté échappe de peu au lynchage : une escorte dépéchée sur place le conduit entre les murs d’une écurie où sa sécurité immédiate semble plus assurée.
Ferdinand est prévenu des débordements. Il rejoind l’infortuné. Le prince trouve Godoy en bien mauvais état : le visage sanglant, une cuisse sévèrement entaillée, il se précipite aux genoux du Bourbon :

« Je demande grâce à Votre Majesté ».

Le tragique de la scène impressionne peut-être le nouveau Lieutenant Général. Il répond :

« Messieurs, prenez grand soin de cet homme. Il sera jugé selon la gravité de ses crimes. Que l’on veille à sa personne d’ici le procès ».

De sa retraite, Charles IV suit les péripéties de la crise. L’emprisonnement du favori le ronge d’amertume et de désespoir. Il choisit finalement de signer son abdication. Investi de la plenitude du pouvoir, Ferdinand reviendrait peut être à de meilleurs sentiments et accepterait d’épargner le favori.

A Paris, Napoléon observe les difficultés espagnoles. Que prévoit-il pour le royaume ? Aujourd’hui encore, les historiens ont du mal à cerner ses intentions du moment. Il n’est pas sûr que le souverain ait tout de suite songé à installer sur le Trône de Madrid un membre de sa propre famille. En Décembre 1807, il rencontre son frère Lucien. Les discussions portent sur le mariage de sa fille Charlotte avec le Prince des Asturies. Plus que de renverser les Bourbons, Napoléon envisage à cette époque une alliance matrimoniale. Mais les tractations échouent.
Deux mois plus tard, avant même que ne survienne l’affaire d’Aranjuez, Murat reçoit le commandement d’une expédition sur Madrid. Fin Février 1808, le général franchit la frontière et s’avance sur la capitale. Les ordres ne sont pas clairs. Faut-il maintenir en place et soutenir la dynastie regnante ? S’agit-il de prendre le pouvoir par la force et préparer l’arrivée des Bonaparte en Espagne ? Murat ignore tout des plans de son maître. Il espère, peut être un peu naïvement, recevoir la Couronne. Cela n’est pas si ridicule. Par le passé, plusieurs maréchaux et autres personnalités de l’armée impériale ont recu pour récompense une principauté, un duché, un royaume. Pourquoi l’Empereur n’agirait-il pas de la sorte ici ?

Officiellement, Ferdinand VII est toujours le maître du pays. Godoy attend, entre les murs de sa prison, le procès que le roi lui a promis. On organise d’ailleurs son transfert sur Madrid. L’entrée du favori déchu dans la ville est l’occasion d’une nouvelle humiliation : le prisonnier apparaît à la population en un bien triste état, chargé de fer, l’habit déchiré et tâché de sang. Le même jour, les troupes françaises sont en vue. Le défilé militaire fait forte impression. Murat ouvre la marche, grimpé sur une magnifique monture et vêtu de son meilleur uniforme. Néanmoins, les officiers passés, l’admiration des Madrilènes retombe : les soldats de la Grande Armée n’ont pas la belle allure de leur commandant. Mal accoutrés, perdus dans des habits trop amples ou usés, ils produisent à leur passage les quolibets méprisants des spectateurs.

Murat prend ses quartiers. Charles IV et Marie- Louise lui font parvenir un premier courrier. Le couple y décrit les tourments de Godoy, ses supplications, ses souffrances intolérables. La reine multiplie les lettres (Près d’une vengtaine en un mois). Murat accepte d’ intervenir et réclame que l’on adoucisse la détention du prisonnier. On organise son transfert dans une résidence plus confortable. Les Espagnols consentent finalement à le libérer. Remis aux Français, le favori grimpe à bord d’une berline et gagne Bayonne où Napoléon doit le rejoindre.

Le 24 Mars 1808, Ferdinand VII paraît dans Madrid. Murat n’a recu aucune instruction le concernant. Il envoie à Paris un message encourageant :

« Votre Majesté est attendue comme le Messie ....Votre Majesté peut disposer de l’Espagne comme Elle le voudra. Elle est adorée de la Nation ».

L’homme, bien mieux préparé aux arts de la guerre qu’à la subtitilité diplimatique, saisit mal la situation. Le déploiement de ses troupes dans la capitale blesse l’orgueil espagnol. La fuite de Godoy, dont les Français portent la responsabilité, complique les rapports avec la population.
Aux Tuileries, Napoléon hésite encore. Certes, les nouvelles parvenues de la péninsule ibérique laissent imaginer que le royaume ne bougerait pas si les Bonaparte venaient à récupérer la Couronne. Pourtant, le comte de Tournon, tout juste arrivé de Madrid, avertit : tant que l’Empereur conserve son soutien au souverain Bourbon, rien n’est à craindre en Espagne. Mais que l’on songe à remplacer Ferdinand, le soulèvement serait immédiat et général.
Prédiction funeste, et pourtant très juste, à laquelle Napoléon refuse de croire. Les déchirements de la famille royale lui inspirent beaucoup de mépris. Aux yeux du conquérant corse, Charles IV est un personnage sans envergure, son fils n’a pas plus d’intelligence politique. Il sera finalement aisé de les forcer à abdiquer, l’un et l’autre. Début Avril, il prend le chemin de Bayonne. Il y arrive le 14 et s’installe au château de Marrac.

De l’autre côté des Pyrénées, l’ambassadeur de France rencontre Ferdinand VII et lui suggère de rejoindre l’Empereur afin d’obtenir la reconnaissance de sa Couronne. Il n’y a dans cette proposition aucune arrière pensée. Pas plus que Murat le diplomate ne saisit véritablement les plans de son maître. Ferdinand accepte le conseil. Quelques jours plus tard, il galoppe vers la frontière.
On informe Charles IV de l’entrevue. Le vieux roi redoute que l’allié français ne confirme le Prince des Asturies dans ses pouvoirs. Il quitte aussitôt son palais pour Bayonne, avec à l’esprit l’intention de dénoncer les conditions par lesquelles il a dû abdiquer. Marie- Louise est du voyage. Elle a appris que Godoy est en route, lui- aussi. Sans doute cela emporte-t-il sa décision d’accompagner son mari.

Ferdinand arrive le premier. Napoléon le reçoit poliment et partage en sa compagnie un excellent dîner. Néanmoins, aucune des paroles que l’invité espérait ne vient. L’Empereur ne daigne pas même l’appeler « Altesse ». L’Espagnol est décu. Quelques jours plus tard, comme il cherche à quitter la résidence avec son frère Carlos, venu lui aussi à Bayonne, un détachement de gendarmes intervient et le ramène dans ses appartements. Il réalise que l’on ne le laissera plus repartir. Il envoit un courrier à son oncle où il prévient :

« Je suis prisonnier. Méfie toi de ces maudits Français ».

Pas de chance. Les services impériaux interceptent la lettre. Le château de Marrac s’est transformé en une inextricable souricière. Rien ne peut plus empêcher la déchéance des Bourbons.
Charles IV et Marie- Louise arrivent le 30 Avril. Godoy est là depuis peu. Le vainqueur d’Austerlitz se porte à la rencontre du couple. Il embrasse chaleureusement la souveraine et propose son bras au roi quand vient le moment de gravir les escaliers du palais (Charles souffre de la goutte). Les conversations sont courtoises et polies. Mais Napoléon a déjà jugé ses invités : triste figure que ce descendant de Louis XIV ; ridicule presonnage que cette reine repoussante de laideur.
On invite Ferdinand à paraître devant ses parents. La réunion de famille tourne mal. Elle produit le plus désatreux des effets. Napoléon écrit d’ailleurs un peu plus tard à son fidèle Colaincourt :

« J’ai ici toute la famille d’Espagne. Ils sont très animés les uns contre les autres. La division entre eux est portée au dernier point. Tout cela pourrait bien se terminer par un changement de dynastie ».

Charles IV, debout, sa longue canne en main, menace : Ferdinand s’est assis sur un Trône qu’il ne lui revient pas d’occuper. S’il s’obstine à conserver une Couronne usurpée par la force, lui et ses compagnons seront traités en rebelles. Le prince bredouille quelques mots et jette un regard éperdu vers Napoléon. Celui-ci, observateur muet de la scène, n’a pas un mouvement. Visiblement, il soutient son vieil allié.
Comme pris en faute, le jeune homme semble céder. Il propose une réunion des Cortès, seuls autorisés à lui retirer ses pouvoirs. Les coutumes du pays ne prévoient pas que l’on puisse abdiquer en terre étrangère. La décision doit être prise en Espagne. On risque bien, sinon, de dénoncer une résolution acceptée sous la contrainte. L’argument est juste. Mais Charles IV s’emporte. Le geste rageur, il brandit sa canne sur le prince. Marie-Louise laisse déborder son dépit, de violentes insultes à la bouche.

« Tête de mûle, coeur de tigre ! » crie-t-elle à son fils.

Tandis que la famille royale donne à Napoléon le triste spectacle de ses déchirements, la colère gronde sur les rues de Madrid. Les nouvelles de Bayonne tardent à venir. Les esprits s’échauffent et l’on finit par douter du retour des souverains. L’infant Francisco reste seul au palais. Une décision arrivée de France complique la situation : l’Empereur réclame que le petit garçon rejoigne ses parents à la frontière. Cette fois, la mesure est comble. La population supporte depuis plusieurs semaines l’arrogance de l’occupant, les patrouilles quotidiennes de l’armée, l’attitude hautaine de Murat. Elle réalise maintenant que l’on cherche l’abdication des Bourbons. Nul n’a plus d’illusions quant aux intentions de Napoléon : préparer l’installation d’un monarque étranger sur le Trône. Un poète avait prévenu :

« Ecoute, Napoléon, si en fidèle allié tu as envoyé tes troupes, tu trouveras dans la nation amitié et bonne union. Si un autre objet te guide, tu règneras en Espagne, mais sur les Espagnols, non ! ». Jamais avertissement n’aura aussi vite été vérifié.

La mobilisation est générale. La fièvre gagne les pavés madrilènes. On prévoit l’organisation d’un complot. Le plan des conjurés : attirer les officiers français au spectacle d’une course de taureaux puis les massacrer au milieu de la foule. Des centaines de paysans sont appelés en renfort pour le coup et arrivent de leurs camapgnes. L’opération doit se produire le 3 Mai. Deux jours avant la date fixée, on prévient Murat de l’affaire. Les troupes sont maintenues dans les casernes. Va-t-on en rester là ? Des milliers de personnes se tiennent prêtes à agir. Il faut saisir l’occasion.

A l’aube du 2 Mai 1808, un événement met le feu aux poudres et déclenche l’insurrection. Aux abords du palais, la foule s’apperçoit que l’Infant Francisco prépare son départ. Un cri se répand aussitôt :

« Trahison ! Que l’Infant ne parte pas ! Mort aux Français !

Sans doute a-t-on passé des consignes aux manifestants. Quand paraît la voiture du prince, les émeutiers se précipitent sur l’attelage. On ouvre la portière du véhicule pour récupérer le petit passager. Il n’ y est pas. Au même instant, un homme crie depuis l’un des balcons du palais :

« Que nos lo llevan ! (« Ils nous l’enlèvent »).

L’affaire est remarquablement jouée. Une vague de colère parcourt les rangs. L’apparition de Francisco à l’une des fenêtres, et les baisers qu’il envoit à la populace (Un geste qu’on lui a demandé d’accomplir) galvanise les esprits.
Un officier de Murat, bien mal avisé vues les circonstances, se présente. On se saisit de lui, on le frappe, on le traîne. L’intervention d’un détachement le sauve de peu. Mais l’incident engagent les premières violences.
Les quartiers de la capitale se soulèvent les uns après les autres. Quelques soldats napoléoniens isolés sont pris à parti et massacrés. Les Madrilènes ont gagné les toits pour en détacher les tuiles. Une pluie serrée de projectiles s’abat sur les patrouilles françaises. Il y a beaucoup de victimes.
On instruit Murat des progrès de l’insurrection pendant que des émeutiers investissent les hôpitaux de la ville à la recherche de militaires convalescents. Toute la population semble avoir pris les armes. Des armes dérisoires au regard des moyens dont dispose l’occuppant : des couteaux, des gourdins, des piques. Pour les mieux équipés, un vieux fusil.
Les acteurs de la révolte ? De petites gens, sans fortune, arrivés des milieux les plus modestes : une majorité d’artisans, des vagabonds, des marginaux. Finalement bien peu de bourgeois. Le « Dos de mayo » est avant tout l’expression d’un mécontentement populaire.
Les femmes ne sont pas en reste. Tout autant que les hommes, on les trouve en première ligne des combats. Des noms demeurés à la postérité galvanisent les énergies.
D’une part celui de Manuela Malasana. Cette brodeuse de 15 ans logée au numéro 18 de la rue San Andreas participe aux évènements. Elle tombe entre les mains des Français. Elle porte sur elle une paire de ciseaux. Cela suffit à la condamner comme émeutière. Elle est fusillée peu après. Les Espagnols entretiennent autour de sa mémoire une légende glorieuse. Un quartier de Madrid, une station de métro portent aujourd’hui son nom.
Autre personnalité d’envergure, Clara Del Reye, tuée au cours des affrontements, à l’âge de 47 ans, avec, sans doute son mari et l’un de ses fils. Une plaque installée sur la facade de l’Eglise de la Buena Dicha lui est consacrée.

Les débordements se multiplient. Murat dispose pour ramener le calme de 30000 hommes. Dans l’immédiat, il s’agit de dégager la place du palais royal. Un peloton de grenadiers y met en batterie deux canons. On lance les sommations d’usage. La foule, portée au comble de l’exaspération, ne veut rien entendre. Une première salve tirée en l’air n’a pas d’ effet notable. Les émeutiers refusent de se disperser. Un deuxième tir fauche cette fois les rangs. La mitraille emporte de nombreux corps. Les pavés rougissent de sang. Une indescriptible panique gagne les esprits. Les survivants de la fusillade refluent sur la calle Mayor et les rues proches. Le massacre renforce plus qu’il ne brise la détermination des Madrilènes.

Murat rejoint la porte San Vincente. Son Etat- Major l’accompagne. Il donne ses ordres : quatre colonnes de soldats s’avancent sur la puerta Del Sol. C’est ici que les insurgés ont regroupé leurs forces. La bataille est violente. Les Madrilènes opposent aux Français toute la résistance dont ils sont capables. Les plus déterminés rejoignent les toits d’où ils déversent une pluie meurtrière de projectiles. D’autres infiltrent les caves et ouvrent le feu depuis les soupirails. La garde des Mamelouks subit de très lourdes pertes. Mais les charges successives de la cavalerie fendent la foule brutalement. L’engagement est tel que Daumesnil a deux chevaux tués sous lui.
Nul n’est épargné. Un coup de feu tiré des fenêtres d’un couvent abat un soldat. L’instant d’après, les grenadiers investissent le bâtiment et y massacrent tous les moines.

Un moment, les insurgés semblent sur le point de l’emporter. La population est parvenue à s’emparer du parc d’artillerie de Monteleone. Fusils et pistolets circulent de mains en mains. On installe en batterie les canons de la place. Les Français concentrent leurs offensives sur la position. Sans résultat, le terrain reste aux mains des Espagnols. Il faut songer au repli. Quand on l’informe de la situation, Murat fulmine. Il fait envoyer sur les lieux de nouveaux renforts. Cette fois, les émeutiers sont débordés. La cavalerie emporte la décision du combat. La foule se disperse dans la confusion générale.
La venue d’un officier espagnol porteur de propositions de négoçiations appaise un moment la fusillade. Du côté de la rébellion, les discussions s’engagent. Quelques résolus repoussent toute idée d’accomodement et exigent la poursuite des opérations. D’ailleurs un coup de feu anonyme, tiré d’on ne sait trop où, signale la reprise des hostilités.
Vers une heure de l’après midi, les troupes s’emparent du parc de Monteleone. Des accrochages sporadiques se produisent encore dans les quartiers centraux de Madrid mais les forces napoléonienne rétablissent le calme. En début de soirée, le soulèvement est brisé.

Des délégués espagnols tentent d’appaiser les esprits. Les pourparlers s’engagent avec les autorités françaises. Mais ils n’évitent pas la répression. Murat décrète sur la ville l’ordre martial. Des centaines de personnes, arrêtées en pleine rue parce qu’elles portent une arme ou plus simplement des traces de poudres sur les vêtements, sont déférées devant les commissions militaires de l’occupant. Les procédures se multiplient et s’achèvent pour la plupart sur des condamnations à mort. On fusille à peu près n’importe qui. Un barbier malchanceux tombe sur une patrouille de surveillance. Il part raser un client. Les instruments qu’il a emportés avec lui suffisent à justifier son interpellation.
Les accusés n’ont aucun moyen de se défendre. Les interrogatoires se résument à une simple vérification d’identité. Les sentences sont appliquées sur l’instant. Les exécutions se succèdent toute la journée du 3 Mai. Les insurgés prennent le chemin du Prado, du Retiro, de l’Eglise du Buen Suceso et du convent Jésus, sur la montagne du Principe Pio où attendent les pelotons. Présent sur les lieux, Goya a laissé de ces scènes sanglantes un témoignange tragique. Les toiles du peintre évoquent dans toute sa dimention le tragique de la répression.
Aujourd’hui encore, toutes les victimes n’ont pas été dénombrées. Les archives municipales de Madrid fournissent une liste partielle des disparus (Au combat ou les jours suivants). Les bilans ne sont pas évident à établir : 900 soldats et 60 officiers Français auraient perdu la vie à l’issue des affrontements. Du côté espagnol, les chiffres sont moins certains : sans doute plusieurs centaines de morts.

La nouvelle du soulèvement parvient à Bayonne le 5 Mai 1808. Napoléon confie à son entourage :

« A tout peuple conquis, il faut une sédition. L’alerte de madrid n’est rien. Il est regretable que Barcelone ne se soit pas soulevée. On aurait balayé là aussi les mauvais sujets.

Charles IV et les siens sont également informés des évènements. Le souverain se laisse abuser par la colère feinte de Napoléon (L’Empereur lui adresse quelques reproches). Le Bourbon proteste de sa bonne foi. Il fait convoquer son fils. Le prince tente comme il le peut de se disculper des accusations que le roi et la reine portent contre lui. Non, il ne sait rien de ce qui se passe à Madrid. Il n’a pas comploté, ni transmis d’ ordres. La fureur de Marie- Louise se déverse abondamment : insultes, menaces, elle n’épargne au jeune homme aucune humiliation. Napoléon observe la scène sans un mot. Mais, a propos de la souveraine, il écrit plus tard :

« Quelle femme ! Quelle mère ! Elle me fait horreur !

L’ affaire du 2 Mai précipite l’entrevue de Bayonne. Comme si on l’avait pris en faute, Ferdinand renonce à la Couronne. Charles IV décide de ne pas la conserver pour lui même et charge son allié français de placer sur le Trône un candidat de son choix. Il reçoit en compensation de son acte politique la résidence de Chambord et une rente de 6 millions. On garantit à Godoy une retraite heureuse et on règle le sort des infants : il est convenu que les petits princes suivront leurs parents en exil.
Quelques jours après, le frère ainé de l’Empereur, Joseph, abandonne son royaume de Naples (Donné à Murat en récompense de ses services) et franchit les Pyrénées pour Madrid. Le nouveau maître de la péninsule ibérique dévoile beaucoup de bonne volonté mais il s’apprête à régner sur un peuple humilié et en révolte. Comme l’avait prédit un peu auparavant ce poète, les Espagnols n’accepteront jamais l’installation des Bonaparte sur leur pays. Cela, Napoléon ne l’a pas compris. Le signal d’un soulèvement cette fois étendu à l’ensemble du territoire retentit.
Les nouvelles de la répression se répandent d’une ville à une autre. Fin Mai, Saragosse, Barcelone, Séville sont en état d’insurrection. On signale dans les Asturies plusieurs soulèvements. L’Andalousie, la Catalogne s’agitent également. Joseph a pris la route de Madrid. Le trajet est difficile. Des régions entières échappent à l’autorité du nouveau roi. Le frère de l’Empereur atteind finalement la capitale à la fin du mois de Juillet 1808. Dix jours plus tard, l’humiliation que le général Dupont essuie à Baylen le contraint à évacuer la ville (Le 19, les troupes espagnoles sont parvenues à encercler une armée française trop avancée en Andalousie. La rédition du vaincu résonne pour les peuples européens comme un espoir immense. L’invicibilité militaire de Napoléon paraît avoir vécu).

D’autres inquiétudes parviennent du Portugal où les Anglais de Welington ont débarqué quelques temps auparavant. Un premier affrontement dans le secteur de Lisbonne, à Vimeiro (Août 1808), tourne au désavantage de Junot. Les forces impériales engagent les opérations de repli. La situation est suffisamment grave pour nécessiter l’intervention de Napoléon en personne. Le conquérant corse franchit les Pyrénées à l’Automne (Les négociations délicates d’Erfurt avec la Russie lui laissent un temps les mains libres. Alexandre s’engage à maintenir la neutralité autrichienne sur le Rhin. On s’apperçoit en fait très rapidement que le Tsar joue un double jeu et qu’il encourage en sous main Vienne à reprendre les histilités. En Avril 1809, une nouvelle coalition conclue entre la Grande- Bretagne et l’Autriche déclenche les opérations militaires à l’Est).

Arrivé dans la péninsule ibérique, l’Empereur s’ouvre la route de Madrid par une série de victoires décisives : Burgos, le col de Somosierra (Où les lanciers polonais emportent les positions ennemies à l’issues de charges intrépides), Tuelda....
Le 4 Décembre, la Grande Armée investit la capitale. Joseph retrouve sa Couronne. Au Portugal, le succès obtenu à La Corogne (Janvier 1809) contraint les troupes anglaises à rembarquer pour la Grande- Bretagne.

L’invasion française produit de profonds désordres en Espagne. L’abdication de Charles IV créé un vide politique dangereux. Certes, Joseph se présente en successeur légitime des Bourbons et récupère le pouvoir. Pourtant, de nombreuses régions du territoire ne reconnaissent à son autorité aucun fondement institutionnel. Les circonstances exceptionnelles du moment confrontent les Espagnols à une interrogation essentielle : la faillite de la Monarchie justifie-t-elle que le peuple puisse assumer, en attendant le retour de Ferdinand VII, la réalité du gouvernement ?
Les traditions, héritées d’un très long passé, reposent sur le contrat que le souverain passe le jour de son avènement avec les sujets du royaume. Placé à la tête de ses états (La Castille, l’Aragon, la Catalogne, etc... dont il repecte les coutumes particulières à chacun), le roi s’appuie sur des assemblées représentatives (Les Cortès) dont il ne saurait interdire les réunions. Entre la Couronne et les députés choisis pour siéger aux Cortès, les négociations sont parfois difficiles (Surtout en matière fiscale quand se pose la nécessité d’une contribution extraordinaire). Mais elles témoignent du rapport que le Trône entretient avec les Espagnols : le souverain est le dépositaire des pouvoirs qui lui sont confiés pour la durée de son règne.

Demeurées vacantes, puisque les Bourbons ont fui à l’étranger, les fonctions gouvernementales échoient naturellement aux corps constitués du pays. Les premières Juntes apparaissent dans diverses villes et provinces d’Andalousie, d’Estrémadure, de Catalogne, de Galice, de Castille,etc....Ces assemblées héritées de la période médiévale que le roi convoquait selon les besoins du moment rassemblent un personnel très varié d’une région à l’autre. Leur importance numérique n’est pas non plus la même selon le cas que l’on considère. Membres de la Noblesse ou du Clergé (Evêques, abbés, moines...), bourgeoisie commerçante ou urbaine, élites de la paysannerie ou de métiers, il est difficile d’établir une typologie véritablement claire des multiples juntes surgies sur le territoire (Mais aussi, il faut le souligner, dans les colonies américaines). Officiellement, chaque assemblée assume le pouvoir au nom de Ferdinand VII, à titre intérimaire.
Néanmoins, les difficultés sont nombreuses. La lutte conduite contre l’occupant français nécessite que les décisions politiques et militaires soient prises à l’échelle du pays et non plus dans un cadre strictement provincial.
Le 25 Septembre 1808, les députés d’une Junte Centrale se réunissent pour la première fois à Séville. Les élus ont fort à faire. Non seulement, il leur revient de conduire le gouvernement (et d’accomplir la libération du territoire) et de prendre pour cela les mesures les plus urgentes (Réorganisation de l’armée, de la fisaclité, des finances). Mais il faut aussi réfléchir à l’avenir de l’Espagne, une fois Napoléon chassé. La question est essentielle ; elle produit des débats passionnés. Pour les admirateurs de la Révolution Française et des libertés que 1789 a engendrées (Ceux que l’on pourrait qualifier de Libéraux), la Monarchie espagnole doit entreprendre de profondes réformes institutionnelles. L’élaboration d’une Constitution apparaît comme l’acte fondateur d’un pacte nouveau entre le roi et son peuple. Constitution imitée de ce qui a pu exister de l’autre côté des Pyrénées mais avec des spécificités proprement nationales.
Les partisans de l’Absolutisme traditionnel restent encore nombreux (A son retour, en 1814, Ferdinand VII, s’appuira sur eux).

La session extraordinaire des Cortès de Cadix en Septembre 1810, (à l’initiative de la Junte centrale) aboutit à la promulgation d’une constitution libérale deux ans plus tard. Les travaux ouvrent une ère nouvelle en Espagne. Les textes prévoient la disparition des taxes et des impôts seigneuriaux. Les justices féodales et l’Inquisition sont abolies. Les pouvoirs du souverain sont limités à ceux de l’exécutif tandis que les Cortès obtiennent le droit de débattre en matière législative et ou fiscale. De nouveaux redécoupages administratifs modifient la carte du territoire. On évoque aussi les nécessités d’une réforme agraire dans les campagnes.

L’arrivée de Ferdinand après la défaîte définitive de la Grande Armée marque la restauration des principes anciens à travers la péninsule ibérique. Le monarque bourbon supprime d’autant plus facilement la Constitution de Cadix que les populations éprouvent un attachement très tiède aux valeurs du libéralisme (L’opposition est très vive dans les milieux ecclésiastiques). Ce libéralisme importé de l’étranger et entaché du souvenir napoléonien (Joseph avait lui-même fait voter une Constitution au cours de son règne éphémère).

Etranger aux débats politiques de la Junte Centrale puis des Cortès (Débats dont il ne saisit pas forcemment tous les enjeux), le peuple s’engage corps et âme dans la lutte contre l’occuppant. Si les troupes régulières du gouvernement replié à Séville affrontent les Fançais en ordre de bataille, les populations privilégient d’autres méthodes de combat : la guerilla ou « petite guerre ». Les Espagnols n’ont pas inventé la guerilla, celle-ci existe depuis les temps de l’antiquité. Mais ils l’étendent à l’ensemble du territoire. Les soldats napoléoniens découvrent un ennemi insaisissable, dissimulé au coeur du relief, dans les forêts, dans les montagnes.

Qui sont les combattants de la guerilla ? Surtout et essentiellement de petites gens arrivées d’horrizons très modestes : des paysans, des artisans, des bergers mais aussi des marginaux, des vagabonds, des déracinés. Chacun se bat pour des motifs qui lui sont personnels : la patrie en danger, l’indépendance menacée (Du moins les mieux renseignés) ou plus simplement le village, la demeure familiale.
La vacance du pouvoir en de nombreuses régions favorise les initiatives individuelles. La faillite de l’autorité monarchique et l’avancée inexorable des armées impériales encouragent les campagnes à s’organiser pour mieux se défendre. Des bandes de guerilleros, mal préparées, mal armées, mais terriblement déterminées surgissent ici et là. Ce sont les « partidas » dont le souvenir marque pour longtemps la conscience espagnole. Beaucoup reçoivent le soutien de la petite noblesse locale ou du Clergé.

A la tête de chaque Partida, le cabecilla, un chef charismatique, acclamé par ses compagnons parce qu’il dispose d’éloquance, d’instruction, d’astuce ou d’intelligence. De ces personnages mal connus et insaisissable, peu de renseignements. Si ce n’est le surnom de quelques uns passé à la postérité : El Pastor (Le berger), El Estudiante (L’étudiant), El Medico (Le médecin), El Manco (Le manchot). Et leurs exploits.
Les combattants espagnols ne sont sans doute pas des professionnels de la guerre. Néanmoins, chaque bande s’appuie sur une hiérarchie précise et imitée des armées régulières.

Les moyens à disposition sont réduits : peu de fusils ou de pistolets. Des poignards et autres couteaux, des outils que l’on a transformé en matériel militaire. Bien que démunis, mal pourvus, les guerrilleros sont pourtant particulièrement efficaces. Ils surgissent au détour d’un chemin, d’une forêt puis disparaissent aussi vite qu’ils apparaissent. Leurs objectifs : des soldats isolés ou perdus, des convois sans protection. La tactique produit un effet remarquable : les Français éprouvent rapidement le sentiment d’une insécurité permanante. Nul n’est plus certain de ses arrière. Le danger survient à tout instant. Un buisson, un amas de rocher, une clairière, tout devient prétexte à se méfier. Le moindre déplacement de troupes prend des allures d’expéditions incertaines, particulièrement sur l’axe Irun- Madrid : le 4 février 1812, 3000 gendarmes napoléoniens et deux canons accompagnent jusque dans la capitale une soixantaine de véhicules.

Souvent recherchées et poursuivies par l’occupant, les Partidas bénéficient du soutient discret de la population. Quand le soir tombe, les combattants espagnols savent pouvoir compter sur l’aide d’un village acceuillant. On offre aux résistants de quoi se nourrir, se reposer ou se soigner. Une sollicitude d’autant plus importante que les guerilleros sont équipés du minimum : une tenue demeurée fameuse (Un foulard noué sur la tête, un chapeau à larges bords, une chemise de tissu grossier, un pantalon de velour), la musette où l’on glisse un morceau de pain, un peu de tabac, de chocolat, quelques affaires de rechange (Et que l’on câle sous sa nuque en guise d’oreiller, la nuit), la bourse de munitions et de poudre.

Les Espagnols multiplient les coups de main. Certains succès emportés sur les Français marquent pour longtemps la mémoire collective. Tel le fameux affrontement du 6 Juin 1808, à El Bruch de Arriba, en Catalogne. Ce jour-là, une colonne de Napolitains commandés par le général Schwartz est brutalement assaillie à la sorie d’un chemin. Les maquisards sont plusieurs centaines ; Quelques déserteurs et des Suisses participent à l’embuscade. La fusillade est très violente mais les guerilleros finissent par décrocher. Ils se replient sur deux villages voisins. Les soldats engagent la poursuite et investissent les lieux. Ils se heurtent à la détermination de nouveaux renforts venus secourir les fuyards. Le tocsin retentit à cet instant et se répand de bourgades en hameaux. La panique s’empare des troupes napoléoniennes. Craigant se laisser prendre dans un guet appens généralisé, Schwartz préfère rompre le contact et se retirer. L’affaire n’est pas isolée. Elle révèle surtout les tactiques habituelles de la guerilla : des actions limitées, une capacité à se déplacer rapidement ou propager un foyer insurrectionnel.

Dans un camps comme dans l’autre, la terreur est à l’ordre du jour. Aux exactions espagnoles commises à l’encontre de militaires isolés et perdus répond la répression française sur les populations. Les témoignages de quelques officiers de la Grande Armée évoquent le caractère particulièrement tragique de la guerre. Le général Hugo rapporte dans ses mémoires les représailles conduites après l’assassinat de trois malheureuses victimes :

« C’est en vain que ces malheureux avaient demandé qu’avant de les faire mourir on leur accordât les secours de la religion. Loin d’avoir égard à leur prière, on les fusilla sans pitié à la vue de mon détachement et on les jeta à moitié morts dans le ruisseau de la Dehesa pour achever de les faire périr. Cette action atroce, commise de sang froid sur un malade et des non combattants pénétra tout le monde de la plus vive indignation. Elle exigeait de vigoureuses représailles pour produire un effet utile à la cause de l’humanité et je fis prendre dans les douze prisonniers les trois qui appartenaient à la bande assassine, je les fis conduire au bord de l’Adaja et les y fis fusiller, aussi sans confession, malgré leurs prières et celles que le chapitre, ayant à sa tête l’Evêque d’Avila, homme respectable et mona mi, vint m’adresser solennellement sur les lieux même de l’exécution ».

Mêmes scènes tragiques en Navarre où l’on apprend le meurtre de quatre soldats. Les responsables appartiennent à la Partidas de Cruchaga. La général Abbé réplique par la pendaison de vingt otages choisis parmi les civils. Quelques jours après, les Espagnols massacrent neuf grenadiers dont ils mutilent les cadavres pour mieux frapper les esprits. Trente- six détenus, parmi lesquels les parents de guerilleros, sont aussitôt fusillés.
La spirale sanglante se prolonge. Aux tueries perpétrées par l’un ou l’autre adversaire, s’ajoutent les déportations de prisonniers en France. Néanmoins les agissements d’un Kellerman, persuadé que la répression exercée sur les proches des Cabecilla les plus actifs aura en fin de compte raison de la détermination populaire, n’apporte aucun résultat véritablement efficace.

Les violences de la guerilla frappent les Espagnols eux- même. D’un village à un autre, les règlements de compte sont parfois nombreux. Les premières victimes, ceux que l’on appelle les « Afrancesados », dans un sens litteral les « Francisés ». Il s’agit de partisans favorables à l’occupant, parfois sans grande conviction. Beaucoup espèrent les réformes libérales que le roi Joseph promet d’appliquer. Les « traitres », ce terme apparaît souvent dans le discours des résistants, payent cet engagement très cher et subissent les terribles vengeances de leurs compatriotes.

Quelques chefs de bandes arrivés d’horrizons obscurs, marginaux, vagabonds ou brigands recherchés, profitent du climat d’anarchie que l’insurrection produit pour multiplier les exactions sur le population. Extorsions, vols, assassinats, pillages, les motifs de plainte sont nombreux. Plusieurs témoignages rapportent les comportements brutaux de Cabecilla bien plus intéressés par leurs profits que la lutte contre l’armée napoléonienne. En Catalogne, Francesc Sauci et sa troupe exigent des habitants de la région toute une série de contributions illégitimes. Plusieurs jeunes femmes sont emmenées en captivité pour garantir le versement des sommes. La situation conduit la junte locale à ordonner la dissolution du petit groupe. Des doléances parviennent aussi des Asturies où des guerilleros, réfugiés dans la montagne, s’attaquent régulièrement aux villages. En Navarre, le meneur Echeverria marque les esprits de ses agissements sanglants et violents.

Entre la guerilla et le monde du banditisme, il n’est pas toujours évident d’établir une distinction précise. Le phénomène atteind d’ailleurs un tel degré que plus aucune route n’est véritablement certaine. Les Français comptent parmi les premières cibles des guet appens organisés le long des chemins. L’axe Madrid- Bayonne via Burgos est sans doute le plus dangereux pour l’occupant. Mais les diligences et leurs passagers sont aussi à l’occasion rançaonnés. Un voyage dans l’Espagne de 1808- 1813 prend les allures d’un odysée dont nul ne peut jurer se tirer sain et sauf.

La situation inquiète les autorités. L’apparition d’unités miliciennes traduit la volonté des pouvoirs de maintenir l’ordre public à travers le pays. Des colonnes de paramilitaires patrouillent sur les sentiers de montagnes et de forêts, à la recherche de crimminels responsables ou particulièrement impliqués. Néanmoins, l’encadrement de la guerilla demeure problématique tant la tâche à accomplir paraît immense.
Le développement massif des partidas pose d’ailleurs au gouvernement retranché à Séville un redoutable souci. L’initiative des élites locales (Un noble, un prêtre, un homme plus instruit, plus astucieux que ses compagnons) pour organiser la résistance entretient dans la population le sentiment que la Junte centrale, repliée en Andalousie, est finalement bien lointaine. Les chefs de la guerilla prennent seuls leurs décisions, déterminent eux- mêmes les coups de main à réaliser. Les responsables politiques du pays y voient le risque de comportements pouvant aboutir aux dérapages d’une anarchie généralisée.
Certes, le gouvernement, dont les armées régulières ont subi toute une série d’échec au retour de Napoléon, sait ce qu’il doit aux actions efficaces des guerilleros. Mais, un décret du mois d’Avril 1809 précise dans quelles conditions les populations civiles peuvent prendre les armes et se battre :

« Tous les habitants des provinces occupées par les troupes françaises, qui sont en état de porter des armes, sont autorisés à s’armer, même avec des armes défendues, pour attaquer et dépouiller toutes les fois que l’occasion s’en présentera, des soldats français soit en particulier, soit en masee, s’emparer des vivres et des effets qui leur sont destinés, en un mot leur faire tout le mal et causer tous les dommages possibles ».

Quelle part de la victoire est-il aujourd’hui légitime d’accorder aux combattants de la résistance ? Certes, le départ précipité de Napoléon quand parviennent les nouvelles inquiétantes du Rhin (En 1809, l’Autriche croit l’heure venue d’abattre l’empire du conquérant corse) a pesé pour beaucoup dans la victoire des Espagnols. Certes, le retour des troupes anglaises, débaraquées au Portugal, et le génie militaire d’un Welington expliquent le repli de la Grande Armée sur les Pyrénées (La défaîte de Vitoria en Juin 1813 achève la libération du territoire et ouvre la France à l’invasion étrangère. Quelques semaines plus tard, les Britanniques marchent sur Pau et Toulouse).
Mais ce serait commettre une erreur d’appréciation que d’ignorer le rôle essentiel des guerrilleros au cours du conflit. Le talent stratégique qu’ils déployèrent lorsque les circonstances du moment l’exigeaient mirent souvent les Français en difficulté. L’occupant n’eût pas seulement à affronter les forces régulières du gouvernement espagnol. Il lui fallut aussi veiller constamment à ses arrières et consacrer une large partie de ses effectifs à des opérations de police et de maintien de l’ordre. Les vainqueurs d’Austerlitz, de Iena ou de Friedland, habitués aux batailles en terrain découvert, ne purent jamais vraiment contrôler les routes et les forêts d’Espagne. Pour la première fois depuis ses victoires aux quatre coins de l’Europe, Napoléon dût affronter un adversaire aussi mobile et déterminé qu’il était insaisissable. Les troupes françaises s’épuisèrent à éteindre l’immense mouvement de révolte que l’Empereur provoqua lorsqu’il exigea des Bourbons leur abdication.

Bien des éléments restent à découvrir sur les combattants improvisés de la guerre. Beaucoup n’ont laissé derrière aucune trace. Venus d’un monde où l’écrit demeurait le privilège d’une minorité, la plupart disparurent dans l’anonymat. Les travaux à venir jetteront-ils peut être une lumière nouvelle sur les Partidas de 1808.
L’invasion française marque durablement la conscience nationale espagnole. Elle ouvre surtout un cycle de violences et de d’agitations que Ferdinand VII aura à contenir quand ses partisans le porteront sur le trône.
L’empire napoléonien abattu, la péninsule ibérique subira pendant de longues décennies encore les incertitudes politiques de la Monarchie. Soulèvements de généraux ambitieux, complots des milieux libéraux et des nostaliques de la Constitution de Cadix, conflits dynastiques (Les guerres carlistes surviennent des querelles familiales entre Don carlos et sa nièce), abdication (Celle d’Isabelle II en 1868), installation d’une république sans lendemain, le pays achèvera son XIX° siècle au coeur de désordres récurrents. Ses désordres qui finiront par annoncer le grand orage de 1936-1939.....